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8.5.1.Partenaires sociaux

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:22

« Soit l'expression « partenaires sociaux » [...]. Au bridge, en double de tennis, le partenaire est celui ou celle avec qui on fait la paire. D'après Le petit Robert, un partenaire est « une personne avec laquelle quelqu'un est allié contre d'autres joueurs ». Le principal du collège La Courtille à Saint-Denis, interrogé par Le Figaro (16-17 octobre 2004), emploie donc le mot à juste titre en préconisant « un partenariat étroit avec la police et la justice » pour rétablir l'ordre dans les cours de récréation. Mais s'agissant de « négociations » entre patronat et syndicats, la formulation « discussions entre partenaires sociaux », si banale qu'elle ne retient pas la moindre attention, contourne un non-dit, à savoir que patronat et états-majors syndicaux oeuvrent ensemble au maintien de la paix sociale, qu'ils sont – pour reprendre l'une de ces images sportives que la LQR affectionne – du même côté du filet.» (Eric Hazan, « LQR la propagande au quotidien », p28)


Dans For People!s Movements (1977), Frances Fox Piven et Richard Cloward ont contesté cette vision positive de l'action militante organisée. Ils avancent en effet, en se fondant sur une étude de quatre mouvements américains (ceux des chômeurs, des ouvriers de l'industrie, des droits civiques et pour les droits sociaux), que c'est lorsque ces mouvements étaient inorganisés, et mobilisaient des stratégies de perturbation sociale et de confrontation avec les autorités, qu'ils ont remporté leurs principales batailles. À l'inverse, leur passage au stade organisé, souvent après l'obtention de ces premiers succès, a été marqué par une perte de combativité qui s'est rapidement révélée défavorable à la cause défendue. [...]
Pour Piven et Cloward, « les leaders et les organisateurs des classes modestes facilitent involontairement, en fin de compte, les efforts des élites pour canaliser les masses insurgées dans la "politique normale". (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p95)


Poser les mouvements sociaux en ferments démocratiques à condition qu'ils s'abstiennent de tout recours à la violence et se cantonnent à des enjeux restreints, c'est aussi tenter de domestiquer, en lui définissant une « bonne forme » pacifique et limitée, une action collective toujours potentiellement menaçante - tout en disqualifiant politiquement, dans le même mouvement, les formes contestataires qui, parce qu'elles sont le fait de groupes qui ne peuvent ou ne veulent pas s'inscrire dans ce registre pacifié, entendent résister ou protester à la mesure de la violence qu'ils estiment subir. (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p190-191)