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8.4.2.Mettre au ban de la société

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:15

« La banlieue est une caractéristique française. Non pas, bien entendu, la réalité sociourbaine ainsi désignée : celle-là est universelle on le vérifiera en lisant les encadrés littéraires qui parsèment les pages de ce numéro et qui évoquent de semblables situations à Berlin, Rome, Sâo Paulo ou Johannesburg. Mais bien le terme lui-même, «banlieue», et les connotations dévalorisantes, dégradantes, discriminantes, voire criminalisantes, qui lui demeurent attachées. Car, au départ, dans une France aux grandes cités murées et fortifiées, la banlieue est le « lieu du ban », (au sens que l'on retrouve dans l'expression "mettre au ban de la société" et qui signifie : rejeter et dénoncer au mépris public) un espace hors les murs vers lequel les autorités bannissent ceux dont la dangerosité réelle ou supposée conduit à leur interdire de résider dans l'enceinte de la ville. Où ils sont, littéralement, interdits de séjour.
Dès le début donc, «banlieue » est un mot négatif, funeste, pour ainsi dire maudit. Il désigne le territoire de l'exclusion, de la relégation, de la marginalisation dans lequel s'entassent les expulsés, trouvent refuge les hors la loi et où s'épanouissent naturellement les violences, les trafics et les délinquances de tous ordres. Cet héritage sémantique si lourd, inscrit dans l'inconscient de la langue (2), le mot « banlieue » en porte, encore aujourd'hui, le poids infamant. Même si, entre-temps, l'endroit s'est beaucoup transformé. Et si ses frontières ont beaucoup bougé. Par exemple, à Paris, une partie de ce qui fut longtemps banlieue (en gros, l'anneau constitué par les arrondissements allant du 12e au 20e, dont les quartiers populaires et ouvriers de l'Est et du Nord) a été intégrée à l'intérieur de la ville lorsque la superficie de celle-ci a été étendue au milieu du XIX, siècle (3). »
(2) Dans un souci de nettoyage des connotations négatives qui lui sont historiquement accolées, le mot "banlieue" a été exclu de la terminologie administrative française. Il ne correspond à aucune réalité géographique concrète, ni à aucun découpage précis du territoire. A Paris, il a été pudiquement remplacé par l'expression "région parisienne" - "banlieue" relève du langage parlé et de celui des médias.
(3) Paris s'est étendu, en 1860, jusqu'aux fortifications, qui construites en 1844, ont été démolies à partir de 1919. (Une révolte française, par Ignacio Ramonet, Editorial, Manière de Voir 89, Banlieues, Octobre-Novembre 2006, p4)


LES CLASSES POPULAIRES RELEGUEES A LA PERIPHERIE


« Si la part des couches populaires, ouvriers et employés, est restée stable en moyenne, elle a en revanche beaucoup évolué selon le type de territoire. La relégation de ces catégories des centres des grandes agglomérations vers les territoires périurbains et ruraux favorise l'émergence d'une « France périphérique ». Fruit d'une réalité sociale, celle de la désintégration sociale des couches populaires, ces « territoires périphériques » présentent tous la caractéristique d'être à l'écart des villes-centres, des secteurs économiques les plus en pointe et des zones foncières les plus attractives. […] Le retour ou le maintien des cadres en centre-ville est directement lié à un véritable choix résidentiel de ces derniers grâce à leur niveau de revenus. En revanche, la migration des couches populaires vers les grandes périphéries urbaines et rurales apparaît comme un choix contraint. Souvent présenté comme une promotion, parce qu'il s'accompagne dans la plupart des cas d'un projet d'accession à la propriété, le parcours résidentiel des couches populaires est en réalité déterminé par la pénurie de logements sociaux en centre-ville, par les logiques foncières et par la faiblesse des ressources. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé, p20-21)


Les banlieues concentrent tous les maux dont souffrent les catégories populaires.

« [La] déstabilisation salariale n'a pas eu que des effets économiques : elle a également bouleversé les repères des jeunesses populaires. En effet, elle réintroduit une indétermination quant à l'avenir, qui, en interdisant aux individus de faire des projets à long terme (immobiliers, matrimoniaux, de loisir), les enferme dans le présent et dans une débrouille quotidienne perméable aux petites déviances.(...)
Les cités et les quartiers sont dégradés, et la seule perspective est de les fuir. Cette image déformée nie la capacité des personnes à investir et transformer le réel. Avec d'autres.» (Manière de Voir 89, Banlieues, Octobre Novembre 2006)


Voir l'article : 9.Inégalités et pauvreté