Téléchargement | Historique
-+
imprimer cette page exporter la page en PDF

8.4.1.Les classes populaires invisibles

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:39

LES CLASSES POPULAIRES APHONES : INVISIBILITE ET REPRESENTATION
Invisibilité des classes populaires dans les représentations (parlement, médias, politique), dans les statistiques. C'est ce que Bourdieu a appellé la violence symbolique.

Invisibles


« La France invisible, ce sont des populations qui, malgré leur nombre, sont masquées, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, les études sociologiques, ou se retrouvent enfermées dans des catégorisations dépassées qui occultent leurs conditions d'existence. » (La France Invisible, 2006)


« En marge de toutes les catégories précitées, se baladent les personnes au chômage qui ne sont pas inscrites du tout. Le découragement s'installe et joue son rôle. Beaucoup de chômeurs abandonnent un pointage [à l'ANPE] qui ne leur rapporte rien si ce n'est des tracasseries et désagréments administratifs. Inscrits, les chômeurs sont convoqués sans cesse à des réunions toujours plus fastidieuses et sans rapport avec un quelconque emploi stable. Ils jettent l'éponge. La définition est même reconnue officiellement par l'INSEE : « Les chômeurs découragés sont les personnes qui déclarent ne plus rechercher d'emploi parce que la perspective d'y parvenir leur paraît trop faible ». (Chômage, des secrets bien gardés, Fabienne Brutus, 2006, p23-p24)


Non représentées


« Alors que les employés et les ouvriers représentent plus de la moitié de la population active, seuls 5,5% des députés proviennent de leurs rangs (certains ont arrêté depuis longtemps). Les élus d’origine ouvrière ne représentent même que 0,5 % des députés, contre 30 % de la population active ! » (http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=166)


Origine sociale de députés
Origine sociale de députés


« Quand on se reporte aux travaux de l’INSEE, c’est-à-dire ceux qui travaillent vraiment sur les statistiques électorales et notamment sur les bureaux de vote et non pas sur des réponses à des sondages, on s’aperçoit d’abord que plus de 10% de la population française n’est pas inscrite sur les listes électorales, c’est-à-dire ne peut pas aller voter. Et que parmi ceux qui ne votent pas, ce sont plutôt les groupes les plus faibles. Ce sont par exemple les chômeurs à 31% et les ouvriers sans qualification : 32%.» (Annie Collovald , http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


« Si on prend en compte les différentes formes de la mobilisation électorales, c’est-à-dire les inscriptions sur les listes électorales, les abstentions, les votes blancs ou nuls et le vote, on s’aperçoit que là où se trouvent les ouvriers les employés, les chômeurs, ce n’est pas dans le vote mais c’est dans l’abstention. Le premier des partis ouvrier, ce n’est pas le Front National, c’est l’abstention. C’est là où les plus faibles économiquement et culturellement se retrouvent donc en premier. » (Annie Collovald , http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


« La France devient une démocratie de l'abstention, depuis la fin des années 1980. Le 16 juin 2002, un record historique est battu : seuls 60,3 % des inscrits se rendent aux urnes. Jamais, depuis l'instauration du suffrage universel en 1848, les Français n'ont aussi peu participé à une élection législative. Si l'on prend en compte ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, c'est en réalité jusqu'à un Français sur deux qui ne participe plus aujourd'hui à la désignation de l'Assemblée nationale. À l'instar des États-Unis, ce recul de la participation est particulièrement fort en milieu populaire. Ce qui a conduit Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen à enquêter pendant cinq ans dans un quartier de la banlieue nord de Paris, la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis. Ils ont mesuré combien la démobilisation électorale est profonde et se joue dès la phase de l'inscription : la moitié des adultes de nationalité française n'est pas inscrite au bureau de vote de la cité. Plus globalement, cette étude pionnière met en évidence l'impact sur les identités et les comportements politiques de trente ans de chômage de masse, de précarisation du travail, d'affaiblissement des liens sociaux et de ghettoïsation des cités populaires. Exemplaire d'une sociologie électorale d'un nouveau genre qui articule analyse de données quantitatives et observation intensive de territoires, ce livre dresse un constat très largement ignoré, y compris des spécialistes et des pouvoirs publics : aujourd'hui, en France, la ségrégation sociale et spatiale se double d'une authentique ségrégation électorale. » (Céline Braconnier, Jean-Yves Dormagen, http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/suite_idees/ )


« Qu'en est-il de l’offre politique ? S’il y a bien un problème, c’est là qu’il se situe. Et par exemple, s’interroger sur le fait qu’entre la gauche et la droite, il existe une forme d’accord, lié donc à des conceptions néolibérales du monde, et qui fait que, quand on a à voter maintenant, on ne sait plus trop bien pour qui faire son choix. Ca serait plutôt en fait un problème de droite et un problème de gauche. Si la gauche était sans doute un peu plus claire, et notamment donc en direction des groupes les plus fragiles, il y a de fortes chances pour qu’ils aillent voter à nouveau, et donc ça abaisserait le score du Front National. » (Annie Collovald, http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


Voir l'article : 11.4.3.Convergence droite/gauche

"Ouvriers et employés interdits de « débats » : Le sociologue Sébastien Rouquette a analysé la composition socio-professionnelle des plateaux de près de 400 débats télévisés diffusés, entre 1958 et 2000. (Sébastien Rouquette, L'impopulaire Télévision populaire. Logiques sociales, professionnelle et normatives des palabres télévisées (1958-200), Paris, L'Harmattan, 2001.). Quels individus les animateurs sélectionnent-ils avant de nous les présenter comme des " citoyens ordinaires"? En 1989-1990, les plateaux de débats télévisés ne comptaient que 10 % d'ouvriers et d'employés invités à s'exprimer, alors que ces deux groupes représentaient plus de 60% de la population active. Les classes populaires étaient donc six fois moins présentes dans les débats médiatiques dits "démocratiques" que dans l'ensemble de ta société. Pour tes cadres et professions intellectuelles supérieures, la situation est un peu différente: 53% des invités appartenaient à ce groupe, qui ne totalisait alors que. 10% de la population active. Mieux : la moitié de ces bourgeois éclairés qu'on nous présente comme des " citoyens ordinaires" étaient... journalistes ou artistes. Depuis, ces proportions n'ont guère évolué..." (Informer sur l’information, Acrimed, p18)


« Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé: « Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd'hui, ils dînent avec des industriels. » En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public ». (Serge Halimi, Nouveaux Chiens de Garde)


Voir l'article : 11.4.1.Médias