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8.4.Mythe de la classe moyenne

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:05

« Selon la vulgate néolibérale, nous vivons dans une société post-industrielle. Faire disparaître l'industrie a bien des avantages : en renvoyant l'usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard des archaïsmes, on accrédite le mythe d'une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins. » (Eric Hazan, « LQR la propagande au quotidien », p33)


« La définition de l'INSEE s'appuie principalement sur l'aspect répétitif des tâches et la dépendance à la hiérarchie pour identifier les ouvriers et employés.
LES EMPLOYÉS : 29 % de l'emploi, dont plus d'un tiers dons le secteur public. - Dons le service public : agents de l'Etat, aides-soignants, agents de police, gendarmes (de grade inférieur à adjudant), sergents et sous-officiers de grade équivalent des armées, pompiers. - Dans le secteur privé : standardistes, secrétaires, dactylos, employés administratifs, vendeurs, serveurs (bar, restaurant, etc.), employés de commerce, caissiers.
LES OUVRIERS : 24% de l'emploi. Ouvriers du bâtiment, ouvriers qualifiés de l'industrie, jardiniers, chauffeurs routiers, magasiniers, ouvriers non qualifiés du bâtiment et de l'industrie, ouvriers agricoles, marins-pêcheurs. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé)


« UNE FRANCE TOUJOURS POPULAIRE. Oubliées, les couches populaires, ouvriers et employés, n'en sont pas moins majoritaires et représentent près de 60 % de la population active, soit à peu près la même part qu'en 1954. La part des ouvriers a en effet baissé mais elle a été largement compensée par l'augmentation de celle des employés. Partageant sensiblement les mêmes conditions de travail, le même niveau de revenu, ces derniers font partie d'un ensemble socioculturel qui structure toujours la société française.
LA FIN DES CLASSES MOYENNES. Pendant les trente Glorieuses, l'accroissement du niveau de vie, le fléchissement de l'écart des salaires entre cadres et ouvriers, et les perspectives individuelles de promotion sociale portées par le développement des niveaux de qualification avaient créé les conditions de l'émergence de la classe moyenne. Cette mythique « classe moyenne » - et le processus d'homogénéisation sociale dont elle est porteuse est aujourd'hui violemment remise en cause par deux décennies de chômage, de sous-emploi et surtout de blocage de l'ascenseur social
LES EMPLOYÉS PRÉCARISÉS. Premières victimes de ce décrochage : les classes populaires, ouvriers mais aussi employés. Ces derniers, cols blancs que l'on croyait définitivement acquis à la « classe moyenne », subissent un processus de régression sociale qui tend à les rapprocher des ouvriers. L'explosion des emplois non qualifiés dans les services confirme cette tendance. Les niveaux de revenus rapprochent aussi ouvriers et employés, dont les salaires sont inférieurs de 25 % au salaire moyen. Ce salariat d'exécution, dont les conditions de travail et de vie se confondent souvent, constitue de fait une nouvelle « classe populaire ».
CONFLITS DE CLASSE. Contrairement à la classe ouvrière, ces classes populaires ne revendiquent aucune « appartenance de classe », ce qui contribue à son invisibilité sociale. Cette invisibilité est renforcée par un « brouillage de classe » entretenu par les couches supérieures. Les cadres, qui n'ont cessé de creuser l'écart, refusent en effet toute affiliation à la bourgeoisie, préférant le confort d'une appartenance à une vague classe moyenne. L'accentuation des inégalités sociales et culturelles entre classes populaires et classes supérieures, et la résurgence d'un conflit de classes sont ainsi occultés par le mythe d'une classe moyenne homogène. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé)


« Du fait même de leur position intermédiaire dans le continuum des classes sociales, les classes moyennes sont à la fois et indissociablement dominantes et dominées, à un degré variable suivant la fraction considérée. [...] Les classes moyennes ont toujours fourni aux classes supérieures les auxiliaires indispensables à l’imposition et à l’entretien de leur domination. [...] JMH : Vous écrivez (p. 56) : « Que serait la logique du grand capital sans l’intervention zélée, compétente et convaincue de ces myriades d’auxiliaires salariés qui, à des échelons divers, encadrent, dirigent, surveillent, contrôlent, entretiennent, expertisent, conseillent et optimisent le fonctionnement de la mécanique à broyer de l’humain, contribuant ainsi à la "banalisation du mal" dont parlait Hannah Arendt. »
[...] Aux artisans, commerçants, enseignants et professions libérales, sont venus s’ajouter d’autres groupes, en particulier des cadres de tous niveaux, dont les carrières ont aux yeux des classes moyennes le même attrait que les carrières militaires et ecclésiastiques à une époque antérieure.[...] on comprend qu’aux yeux des classes populaires, le modèle par excellence de la réussite sociale soit non pas celui de la grande bourgeoisie dont elles ignorent à peu près tout, mais celui de cette petite bourgeoisie salariée ou non qui a accédé à l’"american way of life" et qui, par tous les moyens de la publicité et du tapage médiatique se donne à elle-même en même temps qu’aux autres le spectacle de son excellence autoproclamée et du bonheur dans la consommation. [...] Les classes moyennes sont désormais trop compromises dans le fonctionnement des structures, trop ligotées par les institutions et trop intéressées à la stabilité de l’ordre social pour qu’on puisse raisonnablement espérer y voir se multiplier des démarches radicales.[...] On ne pourrait que souscrire à cette analyse si ne persistait chez beaucoup d’entre nous, hommes et femmes de gauche, envers et contre tous les pessimismes de l’intelligence, cet optimisme de la volonté dont parlait Gramsci, comme une flamme vivace qui refuse de s’éteindre et qui interdit, même dans les pires circonstances historiques, de désespérer du genre humain.[...] Ce qui a fait la force du capitalisme aux yeux des classes moyennes, c’est sa capacité infinie d’enrichissement. Ce qui causera peut-être sa perte, c’est son effrayante pauvreté morale. Peut-être le petit-bourgeois obsédé de réussite matérielle et de distinction nobiliaire finira-t-il par se fatiguer de courir après des ombres, par prendre la mesure exacte du caractère proprement dérisoire des accomplissements et des consolations que le système lui propose, du caractère injustifiable et intolérable des inégalités monstrueuses dont il lui faut s’accommoder, du caractère indigne de sa connivence avec les puissants de ce monde. [...] Je pense évidemment à l’énorme masse du prolétariat ouvrier et paysan des pays pauvres dont l’éveil lent et douloureux à la lutte des classes mondialisée pose précisément aux classes moyennes des pays riches la question décisive, que beaucoup voudraient ne pas entendre, de savoir dans quel camp elles se situent : celui des minorités profiteuses et jouisseuses, fédérées sous une bannière étoilée, ou celui de l’immense armée des traîne-misère qui se cherchent un étendard.» (Dialogue avec Alain Accardo, Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/ledire/accardo2.pdf)


Non-qualifiés, une nouvelle classe sociale ? faibles rémunérations (1/3 du salaire moyen des cadres), postes d'exécution (précarité, intérim, temps partiel subi, contrats aidés), postes plus pénibles physiquement, pression des clients, horaires variables, éloignés de la vie politique, moins d'activités, hors grille Insee, n'ont pas l'impression d'appartenir à un ensemble unifié, situations familiales moins équilibrées. (A partir d'Alternatives économiques, janvier 2007, p69)