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8.3.1.Précautions

Dernières modifications : 24.02.2007, 20:17

"[Il faut pourtant] veiller à éviter deux écueils traditionnels: d'une part celui de la dénonciation virulente et moralisatrice des seuls «dysfonctionnements » du système, de l'autre celui de la réduction vulgaire, idéologique et fantasmatique de cette collusion organique à la théorie du grand complot, déclinée sur tous les tons par les courants populistes. Il serait, en effet, particulièrement délicat et laborieux de condenser la somme des pamphlets, témoignages et autres études parfois bien peu académiques ayant dévoilé, au fil du temps, les pratiques d'un personnel politique rongé de l'intérieur par l'argent corrupteur, les «magouilles» ou encore le chantage. Accusé, avec plus ou moins de véhémence et de sérieux, d'entretenir avec les représentants des milieux économiques des «liaisons dangereuses» et «contre nature», le pouvoir politique est toujours, du moins dans certains discours, soupçonné de verser dans la vénalité et la servilité la plus immorale. Si ces dénonciations ont au moins un mérite, celui de briser le mythe officiel de l'autonomie de l'Etat, elles pèchent cependant par leurs excès langagiers, leur poujadisme et leur propension à envisager la critique des relations entre pouvoir politique et économique sous le seul spectre idéologique de la conspiration. Cette dernière grille de lecture, traversée par l'imaginaire du mensonge et de la manipulation, fait en réalité écran à une véritable étude critique, scientifique et systématique de la connivence organique entre agents de la classe dominante. Obnubilés par la recherche d'indices censés rendre compte de leur théorie - celle de l'existence de complots ourdis par d'improbables et fantomatiques puissances maléfiques - les accusateurs des manœuvres secrètes font l'impasse sur l'essentiel, à savoir l'analyse documentée de ces réseaux d'influence et de connivence entre pouvoir politique et milieux d'affaires." (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p17)