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8.1.Notion de classes sociales

Dernières modifications : 02.03.2007, 14:41

Comment peut-on définir une classe sociale ?

Quelques pistes : revenus (salaires, pensions, patrimoine, actifs financiers), conditions de travail (pénibilité, contrat, transport, niveau de précarité subi, etc.), logement (périphérie, centre, accessibilité, mobilité, loyers, état du logement, location / propriétaire), capital culturel (savoir-faire, scolarité, culture, langues, loisirs…), représentativité (élus politiques, médias, poste à responsabilité, etc.), situation familiale (mono-parentalité, enfants, patrimoine familiale, lieu de naissance, …).

Comme des études le soulignent, il faut aussi prendre en compte la façon dont les gens se perçoivent dans le classement. Ainsi, il arrive que des personnes très riches, pour ne pas exhiber leur situation privilégiée disent appartenir à la classe moyenne. De même, chez les classes populaires, on retrouve cette volonté de « fuir » virtuellement sa classe « objective », pour monter un peu dans la hiérarchie sociale. C’est un véritable enjeu symbolique et de pouvoir. Ainsi, la casse du sentiment collectif, identitaire autour de l’ouvrier, analysé dans l’article « Trop de minimas ? » (Voir l'article : 4.Trop de minimas sociaux ?), s’explique justement par une volonté délibérée d’affaiblir le sentiment d’appartenance à une classe, même d’éliminer purement et simplement la notion même de classe, pour affaiblir la contestation et détruire les acquis sociaux.

« Les luttes politiques ont des enjeux intellectuels, des principes de vision et de division. Comme disaient les Grecs, ce sont des catégories, des principes de classement. Ce que l'on appelle des luttes de classes sont en fait des luttes de classement. Changer ces principes de classement n'est pas simplement faire un acte intellectuel, c'est aussi faire un acte politique dans la mesure où les principes de classement font des classes, qui sont mobilisables. » (Pierre Bourdieu, CONFERENCE : LE CHAMP POLITIQUE, Grandes conférences de Lyon, université Lumière-Lyon, jeudi 11 février 1999. dans « Propos sur le champ politique », p67)


« Toute théorie de l'univers social, si résolument objectiviste soit-elle, doit intégrer dans son système explicatif la représentation que les agents se font du monde social et, plus précisément la contribution qu'ils apportent à la construction de la vision de ce monde et par là, à la construction même de ce monde. Autrement dit elle doit prendre en compte le travail symbolique de fabrication des groupes, travail de représentation (à tous les sens du terme) que les agents sociaux ne cessent d'accomplir pour imposer leur vision du monde ou la vision de leur propre position dans ce monde, de leur identité sociale. L'espace social, en effet n'est pas seulement un objet de perception dans lequel les individus ou les institutions sont caractérisés de façon fixe par la combinaison d'un certain nombre de propriétés et par l'occupation d'une position déterminée dans un système de classement; il est aussi un enjeu de luttes entre les agents pour imposer leur construction et leur représentation du monde social, leurs catégories de perception et de classement et par là pour agir sur le monde social. » (Pierre Bourdieu, Espace social et champ politique, Zürich, octobre 1985. dans « Propos sur le champ politique », p96-97)