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8.Classes sociales

Dernières modifications : 08.06.2011, 11:31

Quelques articles


La notion de "classes sociales "a-t-elle encore quelque pertinence? :
http://dsedh.free.fr/transcriptions/mauger91.htm
Dialogue avec Alain Accardo, Jean-Marie Harribey :
http://harribey.u-bordeaux4.fr/ledire/accardo2.pdf
Quand on nous dit que les classes populaires votent FN... :
http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm
L'élite et son "pragmatisme" :
http://www.monde-diplomatique.fr/1995/04/LESGARDS/1395


8.1.Notion de classes sociales

Dernières modifications : 02.03.2007, 14:41

Comment peut-on définir une classe sociale ?

Quelques pistes : revenus (salaires, pensions, patrimoine, actifs financiers), conditions de travail (pénibilité, contrat, transport, niveau de précarité subi, etc.), logement (périphérie, centre, accessibilité, mobilité, loyers, état du logement, location / propriétaire), capital culturel (savoir-faire, scolarité, culture, langues, loisirs…), représentativité (élus politiques, médias, poste à responsabilité, etc.), situation familiale (mono-parentalité, enfants, patrimoine familiale, lieu de naissance, …).

Comme des études le soulignent, il faut aussi prendre en compte la façon dont les gens se perçoivent dans le classement. Ainsi, il arrive que des personnes très riches, pour ne pas exhiber leur situation privilégiée disent appartenir à la classe moyenne. De même, chez les classes populaires, on retrouve cette volonté de « fuir » virtuellement sa classe « objective », pour monter un peu dans la hiérarchie sociale. C’est un véritable enjeu symbolique et de pouvoir. Ainsi, la casse du sentiment collectif, identitaire autour de l’ouvrier, analysé dans l’article « Trop de minimas ? » (Voir l'article : 4.Trop de minimas sociaux ?), s’explique justement par une volonté délibérée d’affaiblir le sentiment d’appartenance à une classe, même d’éliminer purement et simplement la notion même de classe, pour affaiblir la contestation et détruire les acquis sociaux.

« Les luttes politiques ont des enjeux intellectuels, des principes de vision et de division. Comme disaient les Grecs, ce sont des catégories, des principes de classement. Ce que l'on appelle des luttes de classes sont en fait des luttes de classement. Changer ces principes de classement n'est pas simplement faire un acte intellectuel, c'est aussi faire un acte politique dans la mesure où les principes de classement font des classes, qui sont mobilisables. » (Pierre Bourdieu, CONFERENCE : LE CHAMP POLITIQUE, Grandes conférences de Lyon, université Lumière-Lyon, jeudi 11 février 1999. dans « Propos sur le champ politique », p67)


« Toute théorie de l'univers social, si résolument objectiviste soit-elle, doit intégrer dans son système explicatif la représentation que les agents se font du monde social et, plus précisément la contribution qu'ils apportent à la construction de la vision de ce monde et par là, à la construction même de ce monde. Autrement dit elle doit prendre en compte le travail symbolique de fabrication des groupes, travail de représentation (à tous les sens du terme) que les agents sociaux ne cessent d'accomplir pour imposer leur vision du monde ou la vision de leur propre position dans ce monde, de leur identité sociale. L'espace social, en effet n'est pas seulement un objet de perception dans lequel les individus ou les institutions sont caractérisés de façon fixe par la combinaison d'un certain nombre de propriétés et par l'occupation d'une position déterminée dans un système de classement; il est aussi un enjeu de luttes entre les agents pour imposer leur construction et leur représentation du monde social, leurs catégories de perception et de classement et par là pour agir sur le monde social. » (Pierre Bourdieu, Espace social et champ politique, Zürich, octobre 1985. dans « Propos sur le champ politique », p96-97)


8.1.1.Au niveau des revenus

Dernières modifications : 24.02.2007, 18:47

La mesure des inégalités globales de richesse n'est pas crédible, et n’a que peu de rapport avec la réalité.

(Les extraits ci-dessous sont tirés d'Alternatives économiques, janvier 2007, p56-57-58)

« Premier point noir : les revenus du patrimoine. Pendant une dizaine d'années, la France a publié des données sur les revenus n'incluant pas ou seulement une très faible partie de ce type de revenus.[...] Deuxième point noir: la méconnaissance des ressources de certaines populations. Au bas de la pyramide, les étudiants, les personnes vivant en collectivité et les sans domicile sont exclus de l'enquête sur les revenus, ce sous-estime la population à faibles ressources. En même temps, les données fiscales minimisent très largement les revenus des travailleurs indépendants. [...] Plus-value (gains lors de la revente d'actions) est considéré comme une variation de la valeur des actifs et non d'un flux de revenus. Il en est de même pour les biens immobiliers. Cette pratique déforme donc de plus en plus la réalité des revenus, dans un contexte où la valeur des actifs patrimoniaux progresse beaucoup plus vite que les salaires. » (A partir d'Alternatives économiques, janvier 2007, p63-64)


Revenus, pris dans Alternatives économiques, janvier 2007
Revenus, pris dans Alternatives économiques, janvier 2007


Les classe dominantes : « Le Cerc, le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, considère comme riches les personnes qui appartiennent aux 10 % les plus aisés. »


Les classes moyennes : « Chacun met ce qu’il veut dans les « classes moyennes », en fonction de sa vision de la société… et de son intérêt. . C’est ainsi que Louis Chauvel, constatant le flou du terme « classes moyennes », souligne que « le même mot tend à définir des groupes sociaux dont le niveau de revenu peut varier du simple au quadruple ». Tous ceux qui se situent au-delà des 30 % les plus démunis et en dessous des 30 % les plus riches, on rassemble 40 % de la population et des revenus qui s’étendent de 980 à 1 300 euros pour les personnes seules, de 1 800 à 2 500 euros pour les couples, et de 2 500 à 3 400 euros pour les familles avec deux enfants en bas âge. »


Les classes populaires : « Le seuil de pauvreté équivaut à la moitié du niveau de vie médian (par unité de consommation). Comme ce niveau est de 1 314 euros mensuels (en 2004, dernière année connue), le seuil de pauvreté est à 657 euros. A ce niveau, 3,6 millions de personnes (6,2 % de la population) peuvent être considérées comme pauvres. Mais si l’on considère que le seuil de pauvreté équivaut à 60 % du revenu médian – c’est généralement le cas dans les études européennes –, ce seuil passe à 788 euros par mois. 6,9 millions de personnes sont alors parmi les pauvres (11,7 % de la population). Du simple au double, pour une différence de niveaux de vie de 130 euros. Ce qui montre que, dans ces bas niveaux de vie, il y a beaucoup de monde.»


Il faut aussi prendre en compte ce paradoxe :

« En euros constants (inflation déduite), le seuil de pauvreté de 2004 est quasiment équivalent au revenu médian de 1970 : les pauvres d’aujourd’hui sont aussi « riches » que les classes moyennes d’il y a trente-cinq ans. Au passage, c’est ce type de comparaison qui conduit les générations plus anciennes, qui ont connu des temps où le pays était moins riche, à relativiser aujourd’hui le phénomène. Reste que la pauvreté étant d’abord une question relative, il est logique de prendre le niveau de vie médian comme base de calcul, ce qui fait que la progression de celui-ci tire le seuil de pauvreté vers le haut : pour que le taux de pauvreté diminue, il faut donc que le niveau de vie des plus pauvres augmente plus vite que le niveau de vie médian. C’est ce qui s’est passé depuis 1996, puisque (en se basant sur un seuil de pauvreté de 60 %) la France est passée d’un taux de pauvreté de 13,5 % à 11,7 %. Même si cela fait encore beaucoup de monde et si la baisse est (trop) faible, elle est indéniable. »


8.1.2.Etanchéité des classes

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:27

Ce qui nourrit le classement, ce sont les inégalités entre classes et le fait que ce soit invariable (déterminismes sociaux). On cultive l’entre soi, on se marie beaucoup moins avec quelqu’un d’une autre classe par exemple. On parle d’ « ascenseur social en panne » ou même de « descenseur social ».

« Cette ségrégation prend aussi corps dans les mentalités : dans une société où échouer peut conduire à la précarité et à l'exclusion, il convient de fuir ceux qui sont socialement moins favorisés que vous tout en essayant d'approcher ceux qui sont sur la marche immédiatement supérieure. Cette manière de penser, résultat d'une société anxiogène et profondément inégalitaire, trouve de plus en d'échos parmi la population, toutes classes sociales confondues. Cette culture de " l'entre-soi " est depuis longtemps très largement répandue dans les classes sociales privilégiées qui restent entre elles en monopolisant les beaux quartiers et les meilleures écoles. » (Festival Attac Images Mouvementées, http://www.redir.fr/gbui)


« Les inégalités socioculturelles s'accentuent dans les centres des grandes métropoles. Les pratiques d'évitement, de contournement de la carte scolaire se renforcent, tout comme l'augmentation du nombre d'élèves scolarisés dans l'enseignement privé. Cette évolution est particulièrement visible dans les anciens quartiers populaires qui s'embourgeoisent, où la distance socioculturelle entre nouveaux venus et anciens habitants est la plus forte. Si les couches supérieures mettent en avant un discours de « mixité sociale », ce sont aussi celles qui pratiquent le plus la mise à distance scolaire. […]
LA CARTE SCOLAIRE. Pour la scolarité de leurs enfants, les professions libérales optent souvent pour le secteur privé, alors que les enseignants et les cadres sélectionnent prioritairement (mais pas exclusivement) le secteur public. Pour les familles populaires, le libre choix de l'école reste en fait très largement théorique. Ce sont précisément les défenseurs de la République qui contournent le plus la carte scolaire. Un parent enseignant sur cinq choisit ainsi un établissement en dehors de son secteur d'attribution, contre un sur dix chez les parents d'autres catégories et seulement un parent sur vingt dans les ménages d'ouvriers et d'agriculteurs ! »(« Atlas des nouvelles fractures sociales en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé, 2004)


Que deviennent les enfants de, Atlas des nouvelles fractures sociales
Que deviennent les enfants de, Atlas des nouvelles fractures sociales



L'étanchéité se mesure essentiellement par les inégalités


Voir l'article : 9.2.Il faut s'adapter ... aux inégalités

8.1.3.Précautions

Dernières modifications : 24.02.2007, 19:37

« Dans le numéro unique de la revue situationniste de la section italienne, un long texte analyse l’attachement purement formel des bureaucraties dites communistes et des groupuscules qui s’y rapportent, à la classe ouvrière : “L’ouvriérisme est d’abord un pseudo-marxisme sans justifications, une vulgarisation économiste équivalente à la fétichisation bourgeoise de la Science de l’économie . Mais l’ouvriérisme est aussi une pratique mystificatrice”. En Italie, particulièrement, l’ouvriérisme est lié à la fois au christianisme (le sacrifice de la tâche du militant est présente ailleurs mais les ramifications italiennes sont plus profondes) et au Parti communiste (lui-même aux ordres de la bureaucratie soviétique). » (Section italienne de l’Internationale situationniste, Ecrits complets, 1969-1972 (Paris, Contre-Moule, 1988), p.95, cité dans La critique situationniste ou la praxis du dépassement de l’art, Thomas Genty, 1998, http://infokiosques.net/spip.php?article=120 )


Les points de vue objectiviste et économiste sont réducteurs


« On sait qu'une des thèses de Marx fait de la lutte des classes le moteur du développement historique. Dans certains de ses textes (les plus sollicités par la tradition marxiste), les classes sociales sont définies par leur position dans les rapports de production économique: dans la société capitaliste, les travailleurs vendent leur force de travail tandis que les capitalistes prospèrent sur l'exploitation de leur labeur, dont ils extorquent la plus-value. Si la sociologie marxienne est beaucoup plus complexe que ce à quoi l'a réduite sa vulgate, il n'en reste pas moins que nombre de ses héritiers revendiqués, en accordant un rôle central à la dimension économique, ont favorisé le développement d'une vision réductrice des mouvements contestataires. Ainsi repère-t-on, chez des analystes marxistes comme dans certains milieux militants, la tentation de rabattre systématiquement les phénomènes de conflictualité sociale sur cet antagonisme. D'où « ces débats sans fin et sans solution sur la "position de classe" des cadres » qu'évoque Boltanski (1982, p. 51), ou les innombrables pages que la littérature militante des années 1970 a consacrées à l'identification de la « position de classe » de tel ou tel groupe en lutte (travailleurs immigrés, homosexuels, prisonniers, etc.) : le groupe se situe-t-il du « bon côté » de la lutte des classes, et son combat est-il porteur d'une véritable dimension révolutionnaire, ou bien s'agit-il d'une lutte « petite-bourgeoise » risquant de détourner le « vrai prolétariat » de sa mission historique de destruction du capitalisme ? Les populations les plus marginalisées, plus exploitées encore que le prolétariat, sont-elles à même de porter un projet révolutionnaire ou, à l'inverse, et comme Marx (1997 [1852]) l'avait écrit du sous-prolétariat, sont-elles au service des intérêts de la bourgeoisie? Ces débats ont disparu des cercles militants à mesure que le marxisme perdait en influence. L'enjeu n'est pas ici de s'en féliciter ni de le regretter, même si l'on peut remarquer qu'aucune autre théorie n'est jusqu'ici parvenue à pallier le déclin du marxisme en proposant une grille de lecture du monde social aussi mobilisatrice. On souhaite seulement pointer une faiblesse de la vulgate marxiste qui est sa conception économiciste et objectiviste des classes sociales. Économicisme, tout d'abord, qui conduit à envisager les classes et les rapports de domination qu'elles entretiennent les unes avec les autres essentiellement sous l'angle économique, alors que, comme l'a montré Pierre Bourdieu (2001), les dominations sont également d'ordre culturel, politique, symbolique, etc. Par voie de conséquence, cette vulgate apparaît mal à l'aise lorsqu'il lui faut aborder des luttes (féministes, homosexuelles ou régionales, par exemple) qui se laissent difficilement appréhender dans des termes économiques. Objectivisme, ensuite, par la tentation de donner aux classes des définitions et des frontières strictes, tirées de leur position dans les rapports de production. Cet objectivisme passe sous silence le travail historique de regroupement et de délimitation auquel se livrent les acteurs, et qui contribue à façonner leur expérience de la position qu'ils occupent dans le monde social. Ainsi, comme l'ont montré les travaux de Thompson (1988 [1963]) ou de Boltanski (1982), une classe ou un groupe social ne sont pas un donné stable produit par des mécanismes économiques, mais le résultat d'un travail d'unification, de mobilisation et de représentation (notamment par la création d'organisations dotées de porte-parole) dont les membres de la classe ou du groupe sont eux-mêmes les principaux acteurs. De ce point de vue, la classe n'est plus tant un déterminant de la lutte (en imposant à ceux qui en font partie la défense de leurs « intérêts de classe ») que son enjeu et son produit. » (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p26-27-28)


Dans nos sociétés complexes, où les individus partagent simultanément plusieurs identités (Breton, catholique, cheminot, homosexuel, etc.) et peuvent appartenir a une pluralité d'organisations (club de sport, syndicat, parti politique, etc.), sur quelle identité et quelle structuration préalables la mobilisation se fondera-t-elle, et pourquoi sur celles-ci plutôt que sur telles autres ?(Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p115)


Des mouvements en développement dans les années 1970, comme le féminisme, les luttes homosexuelles, l'écologie ou le régionalisme, correspondent effectivement à ce portrait par leur volonté de défense d'identités marginales ou dominées, leur intérêt pour le corps ou encore leur distance à l'égard du domaine politique et de ses enjeux. Cette grille de lecture, en France développée par Touraine, a connu un très vif succès, notamment au sein des médias où tant la « nouveauté » prêtée aux NMS ("Nouveaux mouvements sociaux") que leur composition sociale « petite bourgeoise » s'accordaient bien aux attentes des journalistes qui en ont fait la promotion. Elle n'en présente pas moins de nombreuses difficultés. La première, et la plus évidente, tient au fait que la plupart des NMS ne sont en réalité pas totalement « nouveaux »: des mouvements féministes ou écologistes existaient dès le XIXe siècle et partageaient déjà, au coeur de la société industrielle, ces traits considérés par les analystes des NMS comme spécifiques aux mobilisations des sociétés « postindustrielles » (Brand 1990; Pichardo 1997).
La deuxième tient à l'évolutionnisme qui imprègne certaines formulations de la théorie, et qui conduit à postuler que les NMS et leurs enjeux identitaires ou moraux auraient désormais, et définitivement, pris la relève des anciens mouvements « matérialistes » dont le mouvement ouvrier serait le paradigme. Une étude attentive de la réalité contestataire prouve que les NMS n'ont en aucun cas remplacé les luttes « matérialistes ». L'analyse des revendications de 4 500 manifestations de la France contemporaine réalisée par 0.Fillieule indique sans ambiguïté que « les mobilisations "matérialistes" restent en effet très largement dominantes avec l'emploi, le revenu et le niveau de vie, les problèmes liés à l'école » (Fillieule 1997, p. 197), tandis que les causes dites « postmatérialistes » (concernant les moeurs, l'environnement, etc.) n'occupent qu'une place minoritaire et ne présentent le plus souvent que des effectifs restreints. [...] il n'est pas de mobilisation collective, même la plus « matérialiste » qui soit, qui ne puisse se targuer d'une composante morale au moins implicite (sous forme, par exemple, d'une conception plus ou moins élaborée de ce qu'est une juste répartition des richesses) ni d'être porteuse d'une dimension identitaire minimale (la définition de son identité de classe, on l'a vu en évoquant le travail de Thompson (1988), a représenté un enjeu essentiel du mouvement ouvrier). [...] En invoquant la nouveauté des NMS, les sociologues de ce courant se seraient engagés dans une entreprise à la fois politique et intellectuelle de « disqualification des formes traditionnelles (et ouvrières) d'engagement » (Annie Collovald p. 183). D'où, également, l'importance que revêtait, pour certains tenants de ce courant, l'attribution ou le refus du statut valorisé de « vrai » mouvement social à certaines luttes selon qu'elles leur paraissaient ou non s'engager dans la voie (libérale) de la « modernité ».(Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p30-31-32-33)


Les dispositions sociales des individus ne témoignent pas seulement d'une origine, mais également d'une trajectoire particulière au sein du monde social. C'est ce que montre l'étude que Bernard Pudal (1989) a consacrée aux dirigeants du PCF. Dans un parti qui s'est historiquement défini comme celui de la classe ouvrière et qui a veillé à recruter ses dirigeants au sein de celle-ci, les individus qui sont parvenus à y occuper des postes importants étaient le plus souvent des « miraculés sociaux », ayant connu une réussite scolaire inespérée en regard de leur origine modeste. Cette relative réussite sociale, en les amenant à côtoyer (spécialement à l'école) des membres de la petite bourgeoisie prompts à stigmatiser leur origine ouvrière, a été vécue sur le mode de l'ambivalence et du porte-à-faux. L'engagement communiste leur a permis de résoudre cette tension en proclamant la dignité et la fierté de cette identité ouvrière stigmatisée, tout en accédant à des postes d'intellectuels d'organisation. L'engagement communiste procède ainsi d'une « fidèle infidélité » à la classe d'origine en ce que devenir un permanent du PCF, un professionnel de la représentation politique de la classe ouvrière, est précisément devenu le moyen d'échapper au monde du travail ouvrier sans pour autant le vivre sur le mode du reniement.(Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p76-77)


8.2.Classes dominantes

Dernières modifications : 27.02.2007, 17:58

On parle de classes dominantes, dirigeantes, possédantes, il me semble que la première formule englobe les deux suivantes. L’inconvénient quand on parle de classes dominantes, c’est qu’on est bien obligé de parler de personnes, qui de part leur statut sont dans cette position de domination. Implicitement, elles sont alors considérées comme responsables de la domination en question. Et suivant la frontière de ce classement, elles seront jugées plus ou moins responsables ou pas du tout. Ceux qui peuvent faire jouer cette frontière ont donc un pouvoir énorme. On voit bien le danger du classement, de ce jugement arbitraire, pseudo-objectif, ne prenant pas en compte la spécificité des cas, en opposant des blocs entre eux. A mon sens, cela participe à la construction d'un ennemi commun, comme on peut le voir actuellement par rapport au « choc de civilisations ». Voir l'article : 12.1.La construction de l'ennemi. Il faut donc être vigilant par rapport à l’instrumentalisation des classements, mais il ne faut pas non plus se voiler la face. Il y a des évidences qu’il faut admettre : un petit nombre de personnes « éclairées » décident pour leurs intérêts de classe, contre la majorité des citoyens.

« Si les classes sociales sont disparues du discours, je ne pense pas qu’elles soient pour autant disparues dans la réalité du monde social tel qu’on peut empiriquement tenter de l’étudier. En termes de visibilité, je pense que, s’il est vrai que les classes populaires, ou la classe ouvrière, sont devenues de plus en plus invisibles pour de multiples raisons, - y compris de bonnes raisons, empiriques- , on ne peut pas en dire autant des classes dominantes, de la bourgeoisie. Ça fait obscène, je sais bien, de dire « la bourgeoisie », je le fais exprès.... La bourgeoisie est une classe mobilisée, particulièrement visible dans l’espace social. Elle est dotée d’une idéologie propre, la pensée néo-libérale telle que l’ont construite les prophètes de la Société du Mont-Pèlerin [Think Thanks ultralibéral] Voir l'article : 8.3.6."Think Tanks", reprise dans le consensus de Washington, notamment… Elle est dotée d’organisations de combat dans le champ politique : le Medef quand même, ça existe et ça se voit! Monsieur Seillière est un porte-parole digne de la classe qu’il incarne à mon avis au mieux, de multiples façons, économiquement, mais aussi culturellement, dans sa manière d’être…il est une incarnation aussi parfaite que Georges Marchais pouvait l’être des classes populaires, peut-être même plus réussie. Donc la bourgeoisie existe idéologiquement, elle existent organisationnellement, elle existe dans le champ politique où elle a de multiples relais, y compris – elle les a conquis - les partis « social-démocrate » qui se sont ralliés finalement à cette idéologie de la bourgeoisie offensive d’aujourd’hui. Elle existe internationalement: on pourrait dire qu’il y a une internationale de la bourgeoisie alors que celle des ouvriers a fait long feu. Bref en termes de visibilité, il y a une classe qui reste parfaitement visible, extrêmement organisée, très prégnante, très très offensive. Alors en face de cela il y a une réelle invisibilité politique, symbolique des classes populaires.» (Gérard Mauger - http://dsedh.free.fr/transcriptions/mauger91.htm)



Fichier sonore : "Comment on a tué la classe ouvrière" (2.20Mo), par Frédérique Pressmann (musique de Terry Dame) , janvier 2003, pris sur http://www.arteradio.com


>>> Le « consensus de Washington » :
http://conte.u-bordeaux4.fr/Enseig/Lic-ecod/docs_pdf/Webconswash.pdf

8.2.1.Le vote du 29 mai 2005

Dernières modifications : 02.03.2007, 16:55

Le 29 mai à la place de la Bastille
Le 29 mai à la place de la Bastille

Le 29 mai 2005, <b>55%</b> des français vote NON au projet de constitution européenne.
Le 29 mai 2005, 55% des français vote NON au projet de constitution européenne.

Un exemple récent, le vote du 29 mai 2005 en France contre le projet de traité constitutionnel européen est indiscutablement un vote de classe. Employés et ouvriers ont voté à 69-79% pour le Non, les chômeurs ont voté NON à 71% tandis que les professions libérales et cadres supérieurs ont voté à 65% pour le Oui. (source : http://www.ipsos.fr/canalipsos/poll/8074.asp)

« Si l'on s'attarde à la répartition du vote par catégorie de revenu : le Non est largement majoritaire dans toutes les tranches, sauf la plus aisée : 60% dans les foyers dont le revenu net mensuel est inférieur à 1000€, 65% dans la catégorie 1000-2000€, 58% entre 2000 et 3000€, contre 37% (63% pour le Oui) dans les foyers dont le revenu mensuel est supérieur à 3000€. […]Les commentaires d'hier sur les résultats du scrutin ont enfin évoqué l'affrontement d'un Non rural contre un Oui urbain. Là encore, le sondage dément catégoriquement : si le Non est effectivement fort en milieu rural (57%), et dans les communes de moins de 20 000 habitants (60%), il l'est également dans les villes de 20 à 100 000 habitants (55%), et même dans les villes de "plus de 100 000 habitants (55%). Il n'y a finalement qu'en agglomération parisienne où le Oui est majoritaire (55%). » (http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1545.asp)


Vidéo, France 2, envoyé spécial sur le 29 mai 2005:
http://www.dailymotion.com/video/xmnm6_le-jour-ou-la-france-a-dit-non

Après la victoire, le répondeur de « Là-bas si j’y suis » :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=697

Un article parmis tant d'autres : "Un pays sans miroir" de Mona Chollet:
http://www.peripheries.net/article56.html

Voir l'article : 8.4.1.Les classes populaires invisibles
Voir l'article : 11.4.1.Médias

8.2.2.La "petite bulle"

Dernières modifications : 03.03.2007, 00:44

Le Parisien au lendemain du référendum, interroge des étudiants de l'Essec, une grande école de commerce près de Paris. Dans cette école, le "oui avait triomphé, recueillant 85% des suffrages". Un témoignage poignant, non ne riez pas : "Que ce soient mes amis ou ma famille, tout le monde sans exception votait la même chose. Du coup, j'ai cru que le oui allait l'emporter à l'arraché; Il faut croire que mon entourage n'est pas très représentatif. Hier, j'ai eu la désagréable impression de vivre dans une petite bulle", confesse Elodie 21 ans.

Le 29 mai 2005, des étudiants de l'ESSEC ne comprennent pas le NON, le Parisien
Le 29 mai 2005, des étudiants de l'ESSEC ne comprennent pas le NON, le Parisien


8.2.3.Le ghetto de riches

Dernières modifications : 07.10.2007, 14:13


Monique Pinçon-Charlot : "C'est pas facile de travailler sur les privilégiés parce qu'ils ont tous pour devise, ben vous le voyez aujourd'hui."
Giv Anquetil, journaliste : "Vivre caché."
MPC : "Oui et en plus c'est pas évident pour des sociologues qui se pensent être l'élite, des chercheurs du CNRS qui se pensent l'élite de notre pays, de se retrouver en situation d'enquête en situation de dominés. Finalement, les grands bourgeois, les aristocrates fortunés, à force de mettre leur argent dans les services de gestion des grandes fortunes, des banques d'affaire privée, de mettre leurs enfants dans des écoles spécifiques, privées ou publiques, d'habiter les beaux quartiers, d'habiter dans des stations balnéaires où le peuple ne va pas, d'être dans des palaces, finalement on ne les voit pas. On finit par ignorer complètement leur existence. Même les chercheurs du CNRS ne connaissent pas bien les beaux quartiers, ce qui est quand même incroyable. "
GA : "Oui parce que quand on est sociologue, on va a priori voir les victimes pas les dominants."
MPC : "Oui mais s'il y a des dominés il y a des dominants. S'il y a des victimes, il faut bien qu'il y ait des gens qui tiennent les reines du pouvoir économique, qui aboutit à ce qu'il y ait autant de démunis dans notre pays, et donc il me semble que c'est bien de la responsabilité des sociologues du CNRS [de] précisément ne pas laisser à l'abri de l'investigation sociologique les gens qui cumulent toutes ces formes de capitaux."


Extrait de "Ballade au Sarkosistan" [Neuilly sur Seine], sur "La-Bas si j'y suis", émission du 21 octobre 2005, Reportage de Giv Anquetil. Découverte de Neuilly avec les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot. Hors la loi SRU (solidarité, rénovation urbaine) qui prévoit 20% de logement sociaux, Neuilly compte moins de 3% de HLM:
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=763

« Michel Pinçon : "La haute société a un privilège parmis tant d'autres, qui est de vivre dans des espaces qui lui correspondent, qui sont les siens. Or, c'est quelque chose qui est quand même de l'ordre du privilège, parce que la plupart des autres catégories sociales vivent dans des espaces mélangés, perturbés par des gens qui ne leur ressemblent pas, ... qui posent des problèmes. Dans tous les sens, ça va cette histoire là." (Les ghettos du Gotha, ou comment les riches défendent leurs espaces, 30:25, Là-bas si j'y suis du 19 septembre 2007, http://w3.la-bas.org/article.php3?id_article=1236


Après la victoire de Nicolas Sarkozy le 3 mai 2007, on assiste à l'affirmation d'une droite "décomplexée" qui affiche ouvertement son positionnement de classe. Les journaux adorent.

Le Point spécial riches, juillet 2007
Le Point spécial riches, juillet 2007


Peut-être y voyez-vous une certaine ressemblance avec ça :

Sarkozy sur le yacht de son ami Bolloré
Sarkozy sur le yacht de son ami Bolloré


« Mais les publications destinées à un public populaire, comme Gala ou Point de vue, font porter leur attention sur la jet-set et les people, vedettes du monde sportif, de la télévision, du show-business, laissant à la presse économique ou aux pages entreprises des grands quotidiens la publication de portraits ou d’informations sur les personnalités de la vie des affaires. Cette discrétion n’est pas innocente, elle préserve de l’animosité de classe, de la prise de conscience de l’ampleur des inégalités et de leur caractère héréditaire.» (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, directeurs de recherche au CNRS, Plus de riches, toujours plus riches,
http://www.humanite.fr/2007-08-06_Politique_Plus-de-riches-toujours-plus-riches )


Les hauts revenus, Le Monde, 11 juillet 2007
Les hauts revenus, Le Monde, 11 juillet 2007


« Les 500 plus grandes fortunes professionnelles de France pèsent 15% du PIB. Le total des 500 plus grandes fortunes professionnelles de France est passé en un an de 200 à 280 milliards d'euros et pèse désormais 15% du PIB contre 6% il y a dix ans, selon le classement 2007 établi par le magazine Challenges. Au cours de la décennie 1997-2007, le patrimoine professionnel des 500 plus grosse fortunes a triplé et a progressé trois fois plus vite que la richesse nationale, note le magazine.» ( Le moniteur, 12.07.2007, http://www.lemoniteur-expert.com/btp/gestion/500_plus_grandes_fortunes_professionnelles.htm )


8.2.4.L'arrogance des élites

Dernières modifications : 03.03.2007, 00:46

LE MEPRIS DU PEUPLE, L’ARROGANCE ET LA PEDAGOGIE DES ELITES
Les Français pensent mal. Les élites savent ce qui est bon pour le peuple, même si c’est difficile pour lui. Le courage d'un dirigeant se mesure à l'opposition de ses sujets.

Voir l'article : 11.4.Travail idéologique, symbolique

« L’éducation secondaire et surtout supérieure réintroduisent dans l'organisation mentale et idéologique des sociétés développées la notion d'inégalité. Les "éduqués supérieurs" après un temps d'hésitation et de fausse conscience, finissent par se croire réellement supérieurs. Dans les pays avancés émergent une nouvelle classe, pesant, en simplifiant, 20% de la structure sociale sur le plan numérique, et 50 % sur le plan monétaire. Cette nouvelle classe a de plus en plus de mal à supporter le suffrage universel.[…] Les 20% d'en haut contrôlent idéologiquement les 60% du milieu. (...) [Alors] le processus électoral n'a aucune importance pratique ; et le taux d'abstention s'élève irrésistiblement. » (Extrait de Emmanuel Todd dans "Après l'empire" Gallimard, pp27-28-29, http://www.redir.fr/guti)


« Il y a bien sûr aussi beaucoup de partisans du oui, c’est le cas de la majorité des éditorialistes. Mais c’est le propre de la majorité des élites françaises, comme au sein de tous les pays européens d’ailleurs. Ce qui ne signifie pas qu’il y ait une domestication de la pensée ; ils bénéficient simplement d’une meilleure information que les autres et suivent de plus près les débats – c’est leur métier. » (Alain Duhamel, janvier 2005, site www.expression-publique.com, extrait tiré de Oui-ouistes, PLPL, février 2005, http://www.homme-moderne.org/plpl/n23/23.pdf )


" Il y a tout d'abord la reproduction pure et simple, c'est à dire le fait qu'une bonne partie du personnel politique provient simplement des milieux d'élite; mais il y a aussi, et cela de façon croissante, l'éternelle récupération des opposants, les sociaux démocrates autour de la première guerre mondiale et, aujourd'hui, les écologistes et les restes du mouvement communiste. Parfois, on ne peut qu'être saisi d'admiration ou d'effroi devant la force de reproduction du système. Plus de 150 ans se sont écoulés depuis que les mécanismes de base de la domination de classe ont été mis à jour, lors de la naissance du mouvement socialiste. Et ils, c'est à dire les membres de la classe dominante, sont toujours là, aussi peu nombreux qu'arrogants et sûrs de leur pouvoir." (Préface de Jean Bricmont, « Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p10)



« Vive la crise ! », c’est le titre d’une émission de télévision diffusée sur France 2 en février 1984 et relayée par un supplément du quotidien Libération. Durant cette émission, Yves Montand présente un scénario catastrophe pour proposer ensuite l’ébauche de solutions d’avenir. Les solutions présentées sont : des syndicats qui acceptent la diminution du salaire, un entrepreneur-communicateur, Philippe de Villiers, qui mobilise toute une région pour des spectacles son et lumière... bref un avenir idéal pour un certain nombre d’hommes politiques et d’intellectuels... La crise permet de casser les « acquis sociaux » , d’opposer les dominés entre eux, d’accuser les « privilèges » des fonctionnaires, de les rendre responsables du chômage. C’est le début du discours sur la nécessaire réforme fondée sur le primat économiste. (A écouter l’émission « Là-bas si j’y suis » du 6 janvier 2006 avec Serge Halimi et Pierre Rimbert http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=824 )


Extrait de « Vive la crise », Yves Montand : « Et si jusqu’à présent, des 30 glorieuses à la croissance, on n’a pu vivre cette crise à crédit. Et bien maintenant, il va falloir payer. Cessons donc de rêver parce qu’effectivement c’est grave. »



« C’est à présent un journaliste du Nouvel Observateur qui les gourmande à la télévision : « Je pense que, malheureusement, il faut leur dire : oui, les problèmes sociaux, votre petit confort personnel, eh bien ! aujourd’hui, ça doit passer en second ». (Serge Raffy, i-télévision, 29 mars 2005.). Et ses commensaux s’alarment avec lui des « peurs » de l’opinion, de l’« irrationalité » de « citoyens en fureur », de l’« éternel rassemblement gaulois de la rogne et de la grogne ». Quand le président de la République soupira « Je ne vous comprends pas », il parlait un peu pour tous ceux-là qui, avec lui, appréhendent « dans l’air » quelque chose d’insaisissable. (Médias en tenu de campagne européenne, Serge Halimi, http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HALIMI/12168)


"Le 23 décembre 2006, Luc [Ferry], qui préside le Conseil d'analyse de la société [LCI], raconte comment le problème de la "misère du monde" lui a explosé au visage.
Ferry : "Un jour je me suis rendu compte que la personne qui ouvrait la porte de ma voiture quand j'atais ministre, eh bien il lui fallait exactement quatre ans et demi de salaire plein, c'est-à-dire sans dépenser un centime, pour acheter la voiture dans laquelle je roulais. A mon avis, un tel décalage est explosif.
Les audaces révolutionnaires n'ont qu'un temps : Luc se secoue et se carsses les cheveux.
Ferry : "Bon bien sûr, il y a quelque chose d'exaspérant à imaginer que l'on touche 300 ou 400 Smic par mois. Mais, en même temps, l'idée qu'on pourrait prendre aux rcihes - le côté Robin des bois ..."
Jacque Julliard [directeur délégué au Nouvel Observateur], indigné par cette idée : "Non c'est pas ..."
Ferry : Non c'est pas ... Je ne vous attribue pas ça, Jacques. En même temps, vous savez qu'à l'extrême gauche, au parti communiste, tout ça ce sont des mythes : alors on va prendre aux riches pour donner aux pauvres, c'est complètement idiot. Parce que vous prenez aux riches et vous donnez trois fois rien aux pauvres, parce qu'il y a beaucoup plus de pauvres que de riches. Donc ce n'est pas du tout une opération rentable. Ca n'a pas de sens." (transcription tirée du Plan B, février 2007, p14)



Extraits tirés de Oui-ouistes, PLPL, février 2005
http://www.homme-moderne.org/plpl/n23/23.pdf :

« Ce qui n’était pas prévu, c’est que les peuples puissent refuser ce que proposent les gouvernements.» (Michel Rocard, International Herald Tribune, 28.7.92)


« Fallait-il faire un référendum ? Je ne l’ai jamais pensé. Tout ce qu’a de bon la volonté générale, c’est la représentation populaire qui le canalise et le cristallise. La collectivité, elle, est plus sensible au caprice et surtout à la peur. Les partisans du ‘‘non’’ au référendum sont plus émotifs, plus passionnels, plus mobilisés. » (Jean Daniel, Le Nouvel Observateur, 27.8.92)


« C’est une grosse erreur d’organiser un référendum. […] Je ne crois pas que les Français, individuellement, puissent avoir une opinion sur le traité. C’est trop compliqué. » (Antoine Pinay, Le Figaro, 9.9.92)


« Le non « va consister à flatter les passions qui font une France réactive, conservatrice, étatiste, égalitariste, passions négatives et réactives, passions qui nous isolent et sur lesquelles on ne peut guère construire que du ressentiment. » (François Éwald, Les Échos, 5.10.04)


Liens


>>> A lire absolument, l’édito méprisant, haineux de Serge July dans Libération au lendemain du 29 mai 2005 :
http://lmsi.net/article.php3?id_article=402

>>> voir aussi le traitement médiatique partisan lors du référendum :
http://www.acrimed.org/rubrique316.html

>>> Les mécanismes de reproduction de l’élite, Délits d’initiés sur le marché universitaire américain :
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/FANTASIA/11696

>>> Elites médiatiques : de l’art de consacrer et légitimer la domination, Henri Maler :
http://www.acrimed.org/article2244.html

>>> Stratagème de la droite américaine, mobiliser le peuple contre les intellectuels :
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/HALIMI/13441

8.3.Stratégies de dominations

Dernières modifications : 24.02.2007, 20:16

CONNIVENCE ENTRE ETAT, CAPITAL ET MEDIAS
Les affinités plus ou moins électives entre le secteur privé et l'administration d'Etat en France ont été étudiées dans « La noblesse d'Etat » de Pierre Bourdieu.

« Il n'existe qu'assez peu d'enquêtes approfondies sur l'élite. Les véritables hommes de pouvoir n'aiment pas parler ouvertement de leur pouvoir et encore moins se prêter à une investigation sociologique. Ils sont en général trop occupés pour cela, explique Mills. En réalité, éviter de mettre au grand jour ce sur quoi repose et comment s'exerce le pouvoir fait partie du fonctionnement même du pouvoir. » (Luc Van Campenhoudt, Introduction à l'analyse des phénomènes sociaux, cité dans « Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p24)


« L'analyse serrée qui va suivre devra montrer comment, suivant l'entrelacement des directoires économique, politique et journalistique, s'établit une « véritable division du travail de domination » (BOURDIEU Pierre, La noblesse d'Etat. Paris, Minuit, 1991, p.373). Cette entreprise de contrôle, on le verra, s'appuie d'abord et avant tout sur l'Etat et les médias, deux institutions par ailleurs censées incarner le bien commun et l'intérêt général. Et c'est précisément dans la croyance sociale en l'apparente neutralité de ces appareils, directement intégrés au système capitaliste, que résident les conditions mêmes de leur efficacité. En dévoilant les complicités des groupes de presse et dirigeants politiques avec les forces économiques dominantes, il s'agit bien de prendre la mesure de la connivence organique entre Etat, médias et capital et de tirer, par la même occasion, le portrait de cette classe dominante aux commandes de la mondialisation. » (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p20)


" Les réseaux mis à jour par Geoffrey Geuens permettent de comprendre bien des choses. Les propriétaires des moyens de production ne se contentent pas d'engranger des bénéfices, un peu comme le font les «petits porteurs»; s'ils se contentaient de faire cela, il y a sans doute longtemps qu'ils auraient été expropriés. Dans une société démocratique, ils ne peuvent pas non plus mettre l'Etat ou les médias «à leur service» de la même façon que le ferait un despote. Une grande partie de la difficulté qu'il y a à comprendre la société dans laquelle nous vivons, c'est que nous avons tendance à comprendre le pouvoir de l'Etat sous la forme de l'Etat absolutiste, ou dictatorial et, de façon similaire, à comprendre le pouvoir des médias sous la forme de la propagande grossière, telle qu'elle existait, par exemple, dans l'Allemagne nazie." (Préface de Jean Bricmont, « Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p9)


8.3.1.Précautions

Dernières modifications : 24.02.2007, 20:17

"[Il faut pourtant] veiller à éviter deux écueils traditionnels: d'une part celui de la dénonciation virulente et moralisatrice des seuls «dysfonctionnements » du système, de l'autre celui de la réduction vulgaire, idéologique et fantasmatique de cette collusion organique à la théorie du grand complot, déclinée sur tous les tons par les courants populistes. Il serait, en effet, particulièrement délicat et laborieux de condenser la somme des pamphlets, témoignages et autres études parfois bien peu académiques ayant dévoilé, au fil du temps, les pratiques d'un personnel politique rongé de l'intérieur par l'argent corrupteur, les «magouilles» ou encore le chantage. Accusé, avec plus ou moins de véhémence et de sérieux, d'entretenir avec les représentants des milieux économiques des «liaisons dangereuses» et «contre nature», le pouvoir politique est toujours, du moins dans certains discours, soupçonné de verser dans la vénalité et la servilité la plus immorale. Si ces dénonciations ont au moins un mérite, celui de briser le mythe officiel de l'autonomie de l'Etat, elles pèchent cependant par leurs excès langagiers, leur poujadisme et leur propension à envisager la critique des relations entre pouvoir politique et économique sous le seul spectre idéologique de la conspiration. Cette dernière grille de lecture, traversée par l'imaginaire du mensonge et de la manipulation, fait en réalité écran à une véritable étude critique, scientifique et systématique de la connivence organique entre agents de la classe dominante. Obnubilés par la recherche d'indices censés rendre compte de leur théorie - celle de l'existence de complots ourdis par d'improbables et fantomatiques puissances maléfiques - les accusateurs des manœuvres secrètes font l'impasse sur l'essentiel, à savoir l'analyse documentée de ces réseaux d'influence et de connivence entre pouvoir politique et milieux d'affaires." (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p17)


8.3.2.Lieux de pouvoirs anti-démocratiques

Dernières modifications : 24.02.2007, 20:19

" Depuis les cabinets ministériels jusqu'aux directoires de la presse en passant par les clubs privés de l'élite, les instituts de recherches, les conseils d'administration des multinationales ou encore les cercles de réflexion, il ne manque pas de lieux témoignant de cette étroite collusion du capital, de l'Etat et des médias. » (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p17)


« Quelques-unes des plus puissantes multinationales françaises du CAC 40 sont, en effet, aujourd'hui dirigées par d'anciens membres de cabinets ministériels ayant réussi sans trop de difficulté leur reconversion dans le monde des affaires. [Aventis, Pechiney, Societe Général, Suez, Crédit Lyonnais, TotalFinaElf, BnpParibas, Lafarge, LVMH, Saint-Gobain, PSA Peugeot-Citroën, PPR – Pinalut Printemps Redoute, Rallye, Vivendi Universal, Alteida, Havas Advertising, etc.] » (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p201-202)


"[...] le monopole des puissances industrielles et financières sur le pouvoir d'Etat peut prendre différentes formes. Il s'agira tantôt d'un réseau relativement restreint d'oligopoles fournissant bon nombre des décideurs politiques, tantôt des transferts de hauts fonctionnaires européens, américains ou de chefs de gouvernements passés dans le monde des affaires, tantôt enfin de ces structures patronales ayant noué, au fil du temps, des relations pour le moins privilégiées avec les représentants de l'Etat." (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p18)


« En complément à leurs ancrages nationaux, les capitaux industriels et financiers se sont donc organisés au niveau international, créant dans le même temps les « intellectuels organiques » qui donnent à la classe dominante homogénéité et conscience de sa propre fonction, que ce soit sur le plan économique mais également idéologique et politique. Avec la contradiction que l'on sait, celle qui permet à la bourgeoisie d'exister en tant que classe en niant simultanément la réalité des classes sociales. » (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p25)


« Cette noblesse d'État, qui prêche le dépérissement de l'État et le règne sans partage du marché et du consommateur, substitut commercial du citoyen, a fait main basse sur l'État; elle a fait du bien public, un bien privé, de la chose publique, de la République, sa chose. Ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des « experts », style Banque mondiale ou FMI, qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan, « les marchés financiers», et qui n’entendent pas négocier, mais «expliquer»; il faut rompre avec la nouvelle foi en l'inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme; il faut inventer les nouvelles formes d'un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment (ce peut être la tâche des experts), mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser. » (Contre-feux, Pierre Bourdieu, 1998)


8.3.3.Connivences

Dernières modifications : 21.09.2007, 20:59

Pierre Bourdieu : « Je pense qu'il y a une complicité - complicité est un mot trop fort, Halimi parle de connivence - entre les très grands journalistes politiques, ceux qui sont connus par la télévision, etc., et les hommes politiques; connivence qui repose sur une familiarité réelle : ce sont des gens qui se voient constamment. Si vous lisez - ce n'est pas une lecture très amusante, mais enfin... - le journal de Jacques Julliard (il est directeur d'études à l'École des hautes études, mais il est surtout journaliste au Nouvel Observateur), vous verrez que ces journalistes font une place énorme à des rencontres, des conversations, avec les hommes politiques ou les autres journalistes politiques. Il s'ensuit que les uns et les autres s'imprègnent mutuellement d'idées qui circulent circulairement - c'est ce que j'appelle la doxa politique, c'est-à-dire un ensemble d'idées reçues qui sont en deçà même de la croyance, par exemple, actuellement la vision néo-libérale. Les mêmes qui véhiculaient cette représentation disent brusquement comment à Davos, on en a découvert les limites. On découvre brusquement que c'était une idéologie, mais elle imprégnait tout l'univers sur le mode de l'évidence, de ce qui ne se discute même pas. Et ces connivences reposant sur la familiarité, connivences très parisiennes - de là le sentiment de coupure qu'ont souvent les provinciaux, et qui s'exprime dans les moments de crise comme en 1995 - sont je pense, un des facteurs de la fermeture du monde politique. Et les journalistes qui se pensent comme des observateurs du champ politique sont en fait des agents du champ politique - il faudrait englober aussi les sondeurs -, par les questions qu'ils posent et par les questions qu'ils ne posent pas. Je prends un exemple simple: le Club de la Presse d'Europe 1 est l'équivalent du caucus américain, c'est un lieu où s'élaborent les candidatures politiques importantes. Et être invité à certaines émissions de télévision ou de radio, c'est être consacré comme politiquement important. » (Pierre Bourdieu, ENTRETIEN AVEC PHILIPPE FRITSC, Lyon, 11 février 1999, dans propos sur le champ politique, p36-37)


Sarkozy + Seillères = amour
Sarkozy + Seillères = amour


July + Sarkozy = pour la vie
July + Sarkozy = pour la vie


Cartographie des réseaux


Le site Internet theyrule.net livre, grâce à une interface graphique et interactive époustouflante, une vision inédite des connexions existant entre dirigeants de grandes entreprises américaines
http://www.terra-economica.info/Un-reseau-de-bonnes-compagnies.html

LE GOUVERNEMENT MONDIAL, Etats Post-nationaux, Réseaux d'influence, Biocratie, Bureau d'Etudes
http://utangente.free.fr/index2.html

Contre lobbying et cartographie
http://www.serialmapper.com/archive/2006/12/11/contre-lobbying-et-cartographie.html

8.3.4.Mécanismes du pouvoir

Dernières modifications : 24.02.2007, 20:24

" Si l'on veut comprendre la capacité de la classe dominante à se maintenir au pouvoir, il faut prendre en compte un grand nombre de facteurs, et je voudrais ici n'en mentionner que deux, dont l'importance est souvent sous estimée dans le mouvement alter-mondialiste. Le premier c'est que le capitalisme ne s'est pas développé en vase clos, à l'intérieur de l'Europe, mais a été, pratiquement dès le départ, en contact avec cet immense "hinterland" qu'on appelle aujourd'hui le tiers monde. L'économie est un système complexe et personne ne peut vraiment calculer la contribution que cet "hinterland" a eue sur notre développement. Néanmoins, sans remonter au pillage de l'or et de l'argent latino américain ni à l'esclavage, que seraient nos sociétés sans le pétrole bon marché, l'existence d'une main d’œuvre taillable et corvéable à merci, à la fois ici (les immigrés) et là bas, ainsi que sans cette forme d'aide du Sud au Nord qu'on appelle le service de la dette? Que seraient les rapports de classe sans l'immense armée de réserve constituée par les populations paysannes du tiers monde constamment en vole de prolétarisation? Difficile de répondre, mais difficile aussi de dire que les différences par rapport à la situation actuelle ne seraient pas profondes. On pourrait même soutenir que le paradoxe du 20è siècle, c'est que les révolutions ne se sont pas produites dans les pays capitalistes développés parce que les bénéfices que ceux ci retirent de l'impérialisme ont rendu de telles révolutions politiquement impossibles, alors qu'elles se sont produites dans des pays techniquement arriérés où le poids du féodalisme et du colonialisme rendaient le développement d'un véritable socialisme tout aussi impossible. Quoi qu'il en soit, tout mouvement aspirant à un changement social véritable doit promouvoir une vue lucide du rapport Nord Sud « réellement existant ». Loin d'être un rapport de coopération, il s'agit d'un rapport d'exploitation impitoyable qui se perpétue grâce à toute une série de moyens de pression économiques et politiques mais qui est, in fine, basé sur un rapport de force militaire. C'est pourquoi le mouvement alter mondialiste ne peut pas faire l'économie d'un véritable anti-impérialisme qui lie les luttes au «Nord» à une solidarité politique avec les pays du tiers monde, un peu comme lors des luttes anti-coloniales, solidarité qui sera plus efficace à terme que les sempiternelles leçons sur les droits de l'homme qui sont devenues la spécialité d'un bon nombre d'ONG et d'intellectuels.
L'autre aspect qui perpétue la domination de classe, c'est l'extrême efficacité de la «bourgeoisie» sur le plan de la bataille des idées. Le militant noir sud africain Steve Biko disait que l'arme la plus importante entre les mains de l'oppresseur est l'esprit des opprimés. En cela, il rejoignait le philosophe écossais David Hume qui faisait remarquer, déjà au 18è siècle, que le gouvernement se base seulement sur l'opinion; et que cela s'applique aux gouvernements les plus despotiques comme aux plus libres. La chute du Chah d'Iran, de l'apartheid et des régimes d'Europe de l'Est illustre cette vérité: un gouvernement peut avoir à sa disposition toutes les armes qu'il veut, si ses soldats et ses officiers, ou même l'immense majorité de sa population, refusent de lui obéir, il est en fait désarmé. D'où l'importance pour toute classe dominante d'exercer un contrôle sur «l'esprit et le coeur» de sa population. Cela est d'ailleurs compris aux Etats Unis mieux qu'ailleurs et y a mené au développement extraordinaire de l'industrie des relations publiques et des médias, dont la fonction est, comme le dit un de ses principaux fondateurs, Edward Bernays, « d'enrégimenter l'esprit du public aussi sûrement qu'une armée enrégimente les corps de ses soldats » (CHOMSKY Noam, Profit over people, New York, Seven Stories Press, 1999, p.93)." (Préface de Jean Bricmont, « Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p10-11)


8.3.5."Dictature" des experts, lobby

Dernières modifications : 16.09.2007, 14:36

"Lester Thurow estime avec justesse que "les règles du commerce sont écrites par ceux qui contrôlent l'accès au plus grand marché du monde"." (La mondialisation , Jean-Pierre Paulet , 2005, p33)


Elaborer les lois qui vous sont favorables, voilà l’enjeu.
Voir l'article : 6.3.Contourner les démocraties

Voir la vidéo Lundi investigation : les lobbies au coeur de la république
http://www.kewego.fr/video/iLyROoaft2Gq.html

« La dictature des experts effrayait Max Weber; elle trouve en Frederick Taylor son théoricien le plus enthousiaste. Au nom de la « science » de l'« efficacité maximale », une nouvelle classe d'ingénieurs doit, selon lui, obliger les travailleurs à « faire exactement ce qu'on leur dit du matin jusqu'au soir ». L'ouvrier, assimilé au « bœuf », « déplacé comme un pion sur un échiquier », « trop stupide pour se former tout seul », est entièrement dépossédé de son métier - « Les mieux placés pour exécuter le travail sont incapables de comprendre sa technique » - et livré au pouvoir sans partage des spécialistes. L'employeur ne dépend plus du savoir-faire de ses salariés ; le prix de leur labeur lui garantit son mode d'usage le plus efficient. Avec le taylorisme, le délire technologique et la subordination de la société à « l'organisation scientifique de la production » atteignent leur apogée: « Dans le passé, l'homme a été prioritaire. À l'avenir, le système devra l'être (Frederick Taylor). » (Serge Halimi, Le grand bond en arrière, p39-40)


Voir l'article : 10.2.5.Distanciation, parcellisation, indépendances des domaines
Voir l'article : 11.4.3.Convergence droite/gauche

« Je pense que le travail des lobbies c'est un travail peut-être plus d'influence sur ceux qui sont chargés du monopole de la parole légitime dans l'espace public. [...] Le rôle des lobbies, c'est peut-être plus de faire passer un discours dans les médias et de convaincre l'opinion publique que oui, il est nécessaire de mener telle ou telle réforme.»

« Je crois que le lobbying, c'est un élément qui vient, peut-être renforcé les mécanismes, mais que globalement le monde politique est disposé a être sur la même longueur d'onde que le monde des affaires.»

extraits de « Là-bas si j’y suis » sur les lobbies à Bruxelles « Lobby Planet » :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=850
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=851


Christian Daviot, collaborateur de Bernard Carayon : Lorsque l'on menace des parlementaires de leur supprimer des subventions pour des festivals, c'est du lobbying. Voilà."
Bernard Carayon, député UMP du Tarn :"C'est plus que du lobbying, c'est anti-républicain. Lorsque s'exerce du chantage, on n'est plus dans l'influence, on n'est plus dans l'argumentation, on est dans un rapport de force. Ca évidemment c'est inacceptable. Mais lors du débat au parlement, nous aurons l'occasion évidemment d'aclairer l'opinion public sur les conditions de ce débat.[...] Les enjeux financiers sont considérables, et ils justifient pour certains des méthodes que la morale réprouve." (procédés de pression scandaleux utilisés par certains lobbyistes (projet de loi DADvSI), vidéo : http://www.odebi.org/docs/chantage.wmv )


« La France et les Pays-Bas ayant massivement voté contre la constitution européenne, il est utile d’attirer l’attention sur un conflit qui expose le caractère profondément antidémocratique de l’Union européenne ainsi que son rôle de tirelire pour l’enrichissement personnel des industriels et de tremplin servant à lancer les attaques contre la classe ouvrière. [...] Dans un discours prononcé par Kallas à la Nottingham Business School devant l’European Foundation for Management, il fit savoir qu’il existait quelque 15 000 professionnels du lobbying à Bruxelles et environ 2 600 groupes d’intérêt qui y disposent de bureaux permanents. Il estima que les activités de lobbying généraient entre 60 et 90 millions d’euros de revenus annuels pour les lobbyistes. Comme il n’existe ni directive ni tenue de registre obligatoire, personne ne le sait vraiment. (...)« La commission [européenne] finance des lobbies pour que des lobbyistes professionnels exercent des pressions sur elle. » [...]Bruxelles fait concurrence à Washington pour le titre de capitale mondiale du lobbying. (...) Leur objectif principal est la Commission européenne car elle seule est habilitée à proposer et à élaborer une nouvelle législation pour le Parlement européen. (...)L’ensemble du processus parlementaire est devenu tributaire des lobbyistes pour la rédaction des résolutions et des amendements au point que Chris Davies, un libéral-démocrate britannique député au Parlement européen, a expliqué lors d’un séminaire de formation de lobbyistes, « J’ai besoin de lobbyistes. Je compte sur les lobbyistes ». L’on peut se faire une idée de la perversion de l’ensemble de la culture politique en se référant au rapport rédigé par le CEO et qui reprend les paroles de Davies : « En raison de l’intensité du travail et de la complexité des sujets qui sont à l’ordre du jour au Parlement européen, Davies expliquait qu’il était avide de recevoir des entreprises des amendements spécifiques concernant les propositions de loi. Davies soumet ces amendements au vote du Parlement européen et nombre d’entre elles deviennent loi européenne ». Le « tourniquet des carrières » est un phénomène ordinaire, vu que les membres du Parlement européen ainsi que les eurocrates ne cessent de prendre des fonctions lucratives dans les affaires de lobbying à Bruxelles. L’exemple le plus notoire est certainement au Royaume-Uni celui de Sir Leon Brittan, ancien commissaire européen au commerce extérieur. Il finit par devenir conseiller aux affaires relatives à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au sein de la firme d’avocats Herbert Smith, vice-président de la banque d’affaires internationale UBS Warburg, membre du conseil d’administration d’Unilever et président du comité LOTIS de l’International financial services London (IFSL), un groupe de pression représentant les services financiers au Royaume-Uni. » (Union européenne : les lobbyistes politiques contre toute transparence, par Jean Shaoul, 6 juin 2005. http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2420)


« Libération : Croyez-vous en un complot ?
Jean Ziegler : Non, mais je constate que les collusions entre les grandes firmes et le pouvoir politique se multiplient. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est ainsi infiltrée par les compagnies pharmaceutiques pour tenter d'édulcorer toute avancée normative. Les Scandinaves avaient demandé en 2001 que les délégués de l'OMS révèlent leurs éventuels liens avec des sociétés pharmaceutiques ? Les Etats-Unis ont fait pression et refusé une telle motion, au nom de «la souveraineté des Etats». On vit dans le règne de l'avidité pure, l'impérialisme du vide, «le but sans but», comme disait Kant. En 2003, les 500 plus puissantes transnationales privées contrôlaient 52% du produit mondial brut. Leur unique but est la maximisation du profit. Le pouvoir de l'oligarchie financière internationale est le plus puissant jamais enregistré dans l'histoire. Dans ces sociétés qu'Edgar Morin qualifie d'«idéologiquement phosphorescentes», les chaînes de l'aliénation ne nous enserrent plus les chevilles, mais les têtes. Mais, dans le Sud, l'aliénation se paie en vies humaines... via la faim ou la dette, véritables armes de destruction massive. » (Jean Ziegler, 2005, http://bombadabom.free.fr/economie_politique/_textes/JeanZiegler.pdf)


8.3.6."Think Tanks"

Dernières modifications : 08.06.2011, 11:31

Une classe active, combattive, militante, mobilisée.

Voir aussi :
>>> http://www.collectif29mai.be/spip/IMG/_article_PDF/article_52.pdf
>>> http://management.journaldunet.com/dossiers/040435thinktanks/index.shtml

« THINK TANKS : Réservoirs à pensée ou boites à idées. À mi-chemin entre le centre de recherche universitaire et la boite de com' pour cabinets ministériels, les think tanks officiels financent des recherches, organisent des séminaires, pondent des rapports... Ce sont les lieux où s'élaborent les politiques libérales de demain et où s'écrivent les discours d'accompagnement pour faire passer la pilule. La gauche critique américaine a mis en place des think tanks alternatifs dès les années 1960 pour mener la contre-offensive idéologique avec des techniques aussi rodées que celles de ses adversaires. L'lnstitute for Policy Studies de Washington, fondé dans la foulée du mouvement contre la guerre du Vietnam, emploie aujourd'hui près d'une trentaine de chercheurs permanents, publie plusieurs livres par an, organise des dizaines de conférences, anime simultanément plusieurs dizaines de projets, mène des dizaines de campagnes... En France, après le mouvement de décembre 1995, des universitaires et des syndicalistes se sont regroupés pour former la Fondation Copernic. » (Guérilla Kit, Morjane Baba, p142)


Convertir les élites économiques à la philosophie libérale


« Les partisans de “l’individu avant tout”, ont eu une idée géniale : celle de mettre en place ce que l’on appelle les “think tanks". Grâce à ses “réservoirs de pensée”, la pensée économique et politique de Hayek s’est imposée comme fondement idéologique de l’ordre libéral. Leur objectif était et est encore très simple : convertir les élites économiques à la philosophie néolibérale. » (http://www.collectif29mai.be/spip/article.php3?id_article=52)


« Une explication pour ce triomphe du néolibéralisme et pour les désastres économique, politique, social et écologique qui l'accompagnent est que les neolibéraux ont acheté et payé pour leur propre "Grande Transformation" nocive et régressive. Ils ont compris ce que les progressistes n'ont pas compris, que les idées ont des effets. Commençant par un petit groupe embryonnaire a l'Université de Chicago avec pour noyau l'économiste philosophe Friedrich von Hayek et ses étudiants comme Milton Friedman, les néolibéraux et leurs fondateurs ont créé un réseau international énorme de fondations, instituts, centres de recherche, publications, chercheurs, écrivains et experts en relations publiques pour développer, bien présenter et attirer sans arrêt l'attention sur leurs idées et leur doctrine. » (http://www.france.attac.org/spip.php?article407)


« Inspirés par les think tanks américains, les penseurs de la deuxième gauche française réunis autour de la Fondation Saint-Simon ou des institutions britanniques comparables ont toujours cherché à associer intellectuels, médias, hauts fonctionnaires et milieux d'affaires. Conseiller de nombreux grands patrons tout en se proclamant de gauche. En même temps qu'elle avait recours à des financements privés, la fondation et ses auteurs furent donc l'enfant chéri des journalistes et des éditeurs (les éditions du Seuil et Calmann-Lévy en particulier). » (Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004, p526)


« Plus récemment, de 2000 à 2003, ExxonMobil a versé 8 millions de dollars à une quarantaine de think tanks pour réfuter la thèse du réchauffement de la planète... Quand la « recherche » est à ce point mercenaire, comment la distinguer du simple lobbying ? » (Essor sur la pensée mercenaire, Serge Halimi, http://www.monde-diplomatique.fr/2007/01/HALIMI/14339)


Nouvel Ordre Mondial


« Depuis la Commission trilatérale jusqu'au Groupe Bilderberg en passant par la Fondation Ditchley ou encore Chatham House, ces différentes officines du Nouvel Ordre Mondial, particulièrement select, sont, depuis plusieurs dizaines d'années pour certaines d'entre elles, les lieux de réunion consacrés par l'élite du pouvoir. Véritables structures parallèles de réunion, constituant la toile de fond des rencontres annuelles de la Banque Mondiale, du FMI, de l'OMC, de l'OCDE ou encore du G8, ces clubs privés participent, en coulisses, de la réglementation de l'agenda politique, économique et militaire. » (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p19-20)


« Jacques Rancière tire donc un signal d’alarme et montre combien, selon lui, les adversaires de la démocratie mêlent depuis plusieurs décennies leurs voix à la défense du libéralisme économique triomphant. Il revient ainsi sur le rapport dirigé par Michel Crozier et Samuel Huntington en 1972, remis à l’un des premiers think tank ultralibéraux, la Commission trilatérale, rassemblant politiciens, hommes d’affaires et experts. Ce « club de réflexion » est souvent crédité d’avoir élaboré là, bien avant la fin du bloc soviétique, les idées du futur « nouvel ordre mondial ». Ce rapport - déjà - avait pour titre The crisis of Democracy [la Crise de la démocratie] et mettait en garde les « décideurs » contre cette « démocratie [qui] signifie l’accroissement irrésistible des demandes qui fait pression sur les gouvernements, entraîne le déclin de l’autorité et rend les individus et les groupes rétifs à la discipline et aux sacrifices requis par l’intérêt commun ». Pour le philosophe, il est clair que cette logorrhée de craintes vis-à-vis du peuple trahit la conception du pouvoir des oligarchies en place : pour celles-ci, « le bon gouvernement démocratique est celui qui est capable de maîtriser un mal qui s’appelle tout simplement vie démocratique ». » (http://www.politis.fr/article1517.html)


>>> L’ expression « Nouvel ordre mondial » a été prononcé par George Bush (père), alors président des Etats-Unis d’Amérique, le 11 septembre 1990 au Congrès :
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/posusa01

On retrouve cette expression impérialiste complètement délirante dans le projet du "Nouveau Moyen-Orient" prononcé l'été 2006 lors de la guerre du Liban.

Liban, instabilité destructrice - entretien avec Alain Gresh
http://www.regards.fr/article/?id=2490

La guerre du Golfe, épisode 2
La guerre du Golfe, épisode 2


Sur le billet d'un Dollar, on y voit une expression comparable Novus Ordo Seclorum (un nouvel ordre des siècles)
Sur le billet d'un Dollar, on y voit une expression comparable Novus Ordo Seclorum (un nouvel ordre des siècles)


Le Gouvernement Mondial, 5 février 2004, par Bureau d’études
http://homnispheres.info/imprimer.php3?id_article=36

"La chronique de Flore Vasseur" évoque la réunion annuelle secrète 2011 du Groupe Bilderberg, qui va se dérouler du 9 au 11 Juin 2011, à St Moritz en Suisse.
http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/flore-vasseur-sur-le-bilderberg-30540

L'oligarchie


L'oligarchie ça suffit : vive la démocratie !
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2076

"Les dessous de table du Siècle" - Modification du titre : 'Dans les coulisses du "Dîner du Siècle"' 25/11/2010 - France Info
http://www.dailymotion.com/video/xfs13t_france-info-dans-les-coulisses-du-diner-du-siecle_news

Dans les coulisses du "Dîner du Siècle"
http://www.france-info.com/chroniques-le-plus-france-info-2010-11-25-dans-les-coulisses-du-diner-du-siecle-499272-81-184.html

8.4.Mythe de la classe moyenne

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:05

« Selon la vulgate néolibérale, nous vivons dans une société post-industrielle. Faire disparaître l'industrie a bien des avantages : en renvoyant l'usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard des archaïsmes, on accrédite le mythe d'une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins. » (Eric Hazan, « LQR la propagande au quotidien », p33)


« La définition de l'INSEE s'appuie principalement sur l'aspect répétitif des tâches et la dépendance à la hiérarchie pour identifier les ouvriers et employés.
LES EMPLOYÉS : 29 % de l'emploi, dont plus d'un tiers dons le secteur public. - Dons le service public : agents de l'Etat, aides-soignants, agents de police, gendarmes (de grade inférieur à adjudant), sergents et sous-officiers de grade équivalent des armées, pompiers. - Dans le secteur privé : standardistes, secrétaires, dactylos, employés administratifs, vendeurs, serveurs (bar, restaurant, etc.), employés de commerce, caissiers.
LES OUVRIERS : 24% de l'emploi. Ouvriers du bâtiment, ouvriers qualifiés de l'industrie, jardiniers, chauffeurs routiers, magasiniers, ouvriers non qualifiés du bâtiment et de l'industrie, ouvriers agricoles, marins-pêcheurs. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé)


« UNE FRANCE TOUJOURS POPULAIRE. Oubliées, les couches populaires, ouvriers et employés, n'en sont pas moins majoritaires et représentent près de 60 % de la population active, soit à peu près la même part qu'en 1954. La part des ouvriers a en effet baissé mais elle a été largement compensée par l'augmentation de celle des employés. Partageant sensiblement les mêmes conditions de travail, le même niveau de revenu, ces derniers font partie d'un ensemble socioculturel qui structure toujours la société française.
LA FIN DES CLASSES MOYENNES. Pendant les trente Glorieuses, l'accroissement du niveau de vie, le fléchissement de l'écart des salaires entre cadres et ouvriers, et les perspectives individuelles de promotion sociale portées par le développement des niveaux de qualification avaient créé les conditions de l'émergence de la classe moyenne. Cette mythique « classe moyenne » - et le processus d'homogénéisation sociale dont elle est porteuse est aujourd'hui violemment remise en cause par deux décennies de chômage, de sous-emploi et surtout de blocage de l'ascenseur social
LES EMPLOYÉS PRÉCARISÉS. Premières victimes de ce décrochage : les classes populaires, ouvriers mais aussi employés. Ces derniers, cols blancs que l'on croyait définitivement acquis à la « classe moyenne », subissent un processus de régression sociale qui tend à les rapprocher des ouvriers. L'explosion des emplois non qualifiés dans les services confirme cette tendance. Les niveaux de revenus rapprochent aussi ouvriers et employés, dont les salaires sont inférieurs de 25 % au salaire moyen. Ce salariat d'exécution, dont les conditions de travail et de vie se confondent souvent, constitue de fait une nouvelle « classe populaire ».
CONFLITS DE CLASSE. Contrairement à la classe ouvrière, ces classes populaires ne revendiquent aucune « appartenance de classe », ce qui contribue à son invisibilité sociale. Cette invisibilité est renforcée par un « brouillage de classe » entretenu par les couches supérieures. Les cadres, qui n'ont cessé de creuser l'écart, refusent en effet toute affiliation à la bourgeoisie, préférant le confort d'une appartenance à une vague classe moyenne. L'accentuation des inégalités sociales et culturelles entre classes populaires et classes supérieures, et la résurgence d'un conflit de classes sont ainsi occultés par le mythe d'une classe moyenne homogène. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé)


« Du fait même de leur position intermédiaire dans le continuum des classes sociales, les classes moyennes sont à la fois et indissociablement dominantes et dominées, à un degré variable suivant la fraction considérée. [...] Les classes moyennes ont toujours fourni aux classes supérieures les auxiliaires indispensables à l’imposition et à l’entretien de leur domination. [...] JMH : Vous écrivez (p. 56) : « Que serait la logique du grand capital sans l’intervention zélée, compétente et convaincue de ces myriades d’auxiliaires salariés qui, à des échelons divers, encadrent, dirigent, surveillent, contrôlent, entretiennent, expertisent, conseillent et optimisent le fonctionnement de la mécanique à broyer de l’humain, contribuant ainsi à la "banalisation du mal" dont parlait Hannah Arendt. »
[...] Aux artisans, commerçants, enseignants et professions libérales, sont venus s’ajouter d’autres groupes, en particulier des cadres de tous niveaux, dont les carrières ont aux yeux des classes moyennes le même attrait que les carrières militaires et ecclésiastiques à une époque antérieure.[...] on comprend qu’aux yeux des classes populaires, le modèle par excellence de la réussite sociale soit non pas celui de la grande bourgeoisie dont elles ignorent à peu près tout, mais celui de cette petite bourgeoisie salariée ou non qui a accédé à l’"american way of life" et qui, par tous les moyens de la publicité et du tapage médiatique se donne à elle-même en même temps qu’aux autres le spectacle de son excellence autoproclamée et du bonheur dans la consommation. [...] Les classes moyennes sont désormais trop compromises dans le fonctionnement des structures, trop ligotées par les institutions et trop intéressées à la stabilité de l’ordre social pour qu’on puisse raisonnablement espérer y voir se multiplier des démarches radicales.[...] On ne pourrait que souscrire à cette analyse si ne persistait chez beaucoup d’entre nous, hommes et femmes de gauche, envers et contre tous les pessimismes de l’intelligence, cet optimisme de la volonté dont parlait Gramsci, comme une flamme vivace qui refuse de s’éteindre et qui interdit, même dans les pires circonstances historiques, de désespérer du genre humain.[...] Ce qui a fait la force du capitalisme aux yeux des classes moyennes, c’est sa capacité infinie d’enrichissement. Ce qui causera peut-être sa perte, c’est son effrayante pauvreté morale. Peut-être le petit-bourgeois obsédé de réussite matérielle et de distinction nobiliaire finira-t-il par se fatiguer de courir après des ombres, par prendre la mesure exacte du caractère proprement dérisoire des accomplissements et des consolations que le système lui propose, du caractère injustifiable et intolérable des inégalités monstrueuses dont il lui faut s’accommoder, du caractère indigne de sa connivence avec les puissants de ce monde. [...] Je pense évidemment à l’énorme masse du prolétariat ouvrier et paysan des pays pauvres dont l’éveil lent et douloureux à la lutte des classes mondialisée pose précisément aux classes moyennes des pays riches la question décisive, que beaucoup voudraient ne pas entendre, de savoir dans quel camp elles se situent : celui des minorités profiteuses et jouisseuses, fédérées sous une bannière étoilée, ou celui de l’immense armée des traîne-misère qui se cherchent un étendard.» (Dialogue avec Alain Accardo, Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/ledire/accardo2.pdf)


Non-qualifiés, une nouvelle classe sociale ? faibles rémunérations (1/3 du salaire moyen des cadres), postes d'exécution (précarité, intérim, temps partiel subi, contrats aidés), postes plus pénibles physiquement, pression des clients, horaires variables, éloignés de la vie politique, moins d'activités, hors grille Insee, n'ont pas l'impression d'appartenir à un ensemble unifié, situations familiales moins équilibrées. (A partir d'Alternatives économiques, janvier 2007, p69)

8.4.1.Les classes populaires invisibles

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:39

LES CLASSES POPULAIRES APHONES : INVISIBILITE ET REPRESENTATION
Invisibilité des classes populaires dans les représentations (parlement, médias, politique), dans les statistiques. C'est ce que Bourdieu a appellé la violence symbolique.

Invisibles


« La France invisible, ce sont des populations qui, malgré leur nombre, sont masquées, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, les études sociologiques, ou se retrouvent enfermées dans des catégorisations dépassées qui occultent leurs conditions d'existence. » (La France Invisible, 2006)


« En marge de toutes les catégories précitées, se baladent les personnes au chômage qui ne sont pas inscrites du tout. Le découragement s'installe et joue son rôle. Beaucoup de chômeurs abandonnent un pointage [à l'ANPE] qui ne leur rapporte rien si ce n'est des tracasseries et désagréments administratifs. Inscrits, les chômeurs sont convoqués sans cesse à des réunions toujours plus fastidieuses et sans rapport avec un quelconque emploi stable. Ils jettent l'éponge. La définition est même reconnue officiellement par l'INSEE : « Les chômeurs découragés sont les personnes qui déclarent ne plus rechercher d'emploi parce que la perspective d'y parvenir leur paraît trop faible ». (Chômage, des secrets bien gardés, Fabienne Brutus, 2006, p23-p24)


Non représentées


« Alors que les employés et les ouvriers représentent plus de la moitié de la population active, seuls 5,5% des députés proviennent de leurs rangs (certains ont arrêté depuis longtemps). Les élus d’origine ouvrière ne représentent même que 0,5 % des députés, contre 30 % de la population active ! » (http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=166)


Origine sociale de députés
Origine sociale de députés


« Quand on se reporte aux travaux de l’INSEE, c’est-à-dire ceux qui travaillent vraiment sur les statistiques électorales et notamment sur les bureaux de vote et non pas sur des réponses à des sondages, on s’aperçoit d’abord que plus de 10% de la population française n’est pas inscrite sur les listes électorales, c’est-à-dire ne peut pas aller voter. Et que parmi ceux qui ne votent pas, ce sont plutôt les groupes les plus faibles. Ce sont par exemple les chômeurs à 31% et les ouvriers sans qualification : 32%.» (Annie Collovald , http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


« Si on prend en compte les différentes formes de la mobilisation électorales, c’est-à-dire les inscriptions sur les listes électorales, les abstentions, les votes blancs ou nuls et le vote, on s’aperçoit que là où se trouvent les ouvriers les employés, les chômeurs, ce n’est pas dans le vote mais c’est dans l’abstention. Le premier des partis ouvrier, ce n’est pas le Front National, c’est l’abstention. C’est là où les plus faibles économiquement et culturellement se retrouvent donc en premier. » (Annie Collovald , http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


« La France devient une démocratie de l'abstention, depuis la fin des années 1980. Le 16 juin 2002, un record historique est battu : seuls 60,3 % des inscrits se rendent aux urnes. Jamais, depuis l'instauration du suffrage universel en 1848, les Français n'ont aussi peu participé à une élection législative. Si l'on prend en compte ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, c'est en réalité jusqu'à un Français sur deux qui ne participe plus aujourd'hui à la désignation de l'Assemblée nationale. À l'instar des États-Unis, ce recul de la participation est particulièrement fort en milieu populaire. Ce qui a conduit Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen à enquêter pendant cinq ans dans un quartier de la banlieue nord de Paris, la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis. Ils ont mesuré combien la démobilisation électorale est profonde et se joue dès la phase de l'inscription : la moitié des adultes de nationalité française n'est pas inscrite au bureau de vote de la cité. Plus globalement, cette étude pionnière met en évidence l'impact sur les identités et les comportements politiques de trente ans de chômage de masse, de précarisation du travail, d'affaiblissement des liens sociaux et de ghettoïsation des cités populaires. Exemplaire d'une sociologie électorale d'un nouveau genre qui articule analyse de données quantitatives et observation intensive de territoires, ce livre dresse un constat très largement ignoré, y compris des spécialistes et des pouvoirs publics : aujourd'hui, en France, la ségrégation sociale et spatiale se double d'une authentique ségrégation électorale. » (Céline Braconnier, Jean-Yves Dormagen, http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/suite_idees/ )


« Qu'en est-il de l’offre politique ? S’il y a bien un problème, c’est là qu’il se situe. Et par exemple, s’interroger sur le fait qu’entre la gauche et la droite, il existe une forme d’accord, lié donc à des conceptions néolibérales du monde, et qui fait que, quand on a à voter maintenant, on ne sait plus trop bien pour qui faire son choix. Ca serait plutôt en fait un problème de droite et un problème de gauche. Si la gauche était sans doute un peu plus claire, et notamment donc en direction des groupes les plus fragiles, il y a de fortes chances pour qu’ils aillent voter à nouveau, et donc ça abaisserait le score du Front National. » (Annie Collovald, http://dsedh.free.fr/transcriptions/collovald95.htm)


Voir l'article : 11.4.3.Convergence droite/gauche

"Ouvriers et employés interdits de « débats » : Le sociologue Sébastien Rouquette a analysé la composition socio-professionnelle des plateaux de près de 400 débats télévisés diffusés, entre 1958 et 2000. (Sébastien Rouquette, L'impopulaire Télévision populaire. Logiques sociales, professionnelle et normatives des palabres télévisées (1958-200), Paris, L'Harmattan, 2001.). Quels individus les animateurs sélectionnent-ils avant de nous les présenter comme des " citoyens ordinaires"? En 1989-1990, les plateaux de débats télévisés ne comptaient que 10 % d'ouvriers et d'employés invités à s'exprimer, alors que ces deux groupes représentaient plus de 60% de la population active. Les classes populaires étaient donc six fois moins présentes dans les débats médiatiques dits "démocratiques" que dans l'ensemble de ta société. Pour tes cadres et professions intellectuelles supérieures, la situation est un peu différente: 53% des invités appartenaient à ce groupe, qui ne totalisait alors que. 10% de la population active. Mieux : la moitié de ces bourgeois éclairés qu'on nous présente comme des " citoyens ordinaires" étaient... journalistes ou artistes. Depuis, ces proportions n'ont guère évolué..." (Informer sur l’information, Acrimed, p18)


« Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé: « Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd'hui, ils dînent avec des industriels. » En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public ». (Serge Halimi, Nouveaux Chiens de Garde)


Voir l'article : 11.4.1.Médias

8.4.2.Mettre au ban de la société

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:15

« La banlieue est une caractéristique française. Non pas, bien entendu, la réalité sociourbaine ainsi désignée : celle-là est universelle on le vérifiera en lisant les encadrés littéraires qui parsèment les pages de ce numéro et qui évoquent de semblables situations à Berlin, Rome, Sâo Paulo ou Johannesburg. Mais bien le terme lui-même, «banlieue», et les connotations dévalorisantes, dégradantes, discriminantes, voire criminalisantes, qui lui demeurent attachées. Car, au départ, dans une France aux grandes cités murées et fortifiées, la banlieue est le « lieu du ban », (au sens que l'on retrouve dans l'expression "mettre au ban de la société" et qui signifie : rejeter et dénoncer au mépris public) un espace hors les murs vers lequel les autorités bannissent ceux dont la dangerosité réelle ou supposée conduit à leur interdire de résider dans l'enceinte de la ville. Où ils sont, littéralement, interdits de séjour.
Dès le début donc, «banlieue » est un mot négatif, funeste, pour ainsi dire maudit. Il désigne le territoire de l'exclusion, de la relégation, de la marginalisation dans lequel s'entassent les expulsés, trouvent refuge les hors la loi et où s'épanouissent naturellement les violences, les trafics et les délinquances de tous ordres. Cet héritage sémantique si lourd, inscrit dans l'inconscient de la langue (2), le mot « banlieue » en porte, encore aujourd'hui, le poids infamant. Même si, entre-temps, l'endroit s'est beaucoup transformé. Et si ses frontières ont beaucoup bougé. Par exemple, à Paris, une partie de ce qui fut longtemps banlieue (en gros, l'anneau constitué par les arrondissements allant du 12e au 20e, dont les quartiers populaires et ouvriers de l'Est et du Nord) a été intégrée à l'intérieur de la ville lorsque la superficie de celle-ci a été étendue au milieu du XIX, siècle (3). »
(2) Dans un souci de nettoyage des connotations négatives qui lui sont historiquement accolées, le mot "banlieue" a été exclu de la terminologie administrative française. Il ne correspond à aucune réalité géographique concrète, ni à aucun découpage précis du territoire. A Paris, il a été pudiquement remplacé par l'expression "région parisienne" - "banlieue" relève du langage parlé et de celui des médias.
(3) Paris s'est étendu, en 1860, jusqu'aux fortifications, qui construites en 1844, ont été démolies à partir de 1919. (Une révolte française, par Ignacio Ramonet, Editorial, Manière de Voir 89, Banlieues, Octobre-Novembre 2006, p4)


LES CLASSES POPULAIRES RELEGUEES A LA PERIPHERIE


« Si la part des couches populaires, ouvriers et employés, est restée stable en moyenne, elle a en revanche beaucoup évolué selon le type de territoire. La relégation de ces catégories des centres des grandes agglomérations vers les territoires périurbains et ruraux favorise l'émergence d'une « France périphérique ». Fruit d'une réalité sociale, celle de la désintégration sociale des couches populaires, ces « territoires périphériques » présentent tous la caractéristique d'être à l'écart des villes-centres, des secteurs économiques les plus en pointe et des zones foncières les plus attractives. […] Le retour ou le maintien des cadres en centre-ville est directement lié à un véritable choix résidentiel de ces derniers grâce à leur niveau de revenus. En revanche, la migration des couches populaires vers les grandes périphéries urbaines et rurales apparaît comme un choix contraint. Souvent présenté comme une promotion, parce qu'il s'accompagne dans la plupart des cas d'un projet d'accession à la propriété, le parcours résidentiel des couches populaires est en réalité déterminé par la pénurie de logements sociaux en centre-ville, par les logiques foncières et par la faiblesse des ressources. » (ATLAS DES NOUVELLES FRACTURES SOCIALES en France, par Christophe Guilluy - Christophe Noyé, p20-21)


Les banlieues concentrent tous les maux dont souffrent les catégories populaires.

« [La] déstabilisation salariale n'a pas eu que des effets économiques : elle a également bouleversé les repères des jeunesses populaires. En effet, elle réintroduit une indétermination quant à l'avenir, qui, en interdisant aux individus de faire des projets à long terme (immobiliers, matrimoniaux, de loisir), les enferme dans le présent et dans une débrouille quotidienne perméable aux petites déviances.(...)
Les cités et les quartiers sont dégradés, et la seule perspective est de les fuir. Cette image déformée nie la capacité des personnes à investir et transformer le réel. Avec d'autres.» (Manière de Voir 89, Banlieues, Octobre Novembre 2006)


Voir l'article : 9.Inégalités et pauvreté

8.5.Les arnaques de la paix sociale

Dernières modifications : 10.03.2007, 21:33

Les classes réconciliées. Pourquoi se battre, plutôt travailler ensemble main dans la main. Fini les vielles rancœurs, on va collaborer ensemble, on va négocier. La prospérité de l’entreprise bénéficie à tout le monde après tout. On ne dit plus licencier, on dit remercier, on dit aussi se séparer comme de bons copains. Les entrepreneurs aiment leurs ouvriers, ils les connaissent bien à travers le directeur des ressources humaines, ils "collaborent" à égalité, d’individu à individu. Le mythe d’une société sans confrontations, sans conflits, du « bon sens ».

Les syndicats canalisent les revendications, « négocient », évitent les confrontations. Un salariat bien calme, bien ordonné. Avec l’actionnariat salarié, les salariés s'associent à la prise de risque de l’entreprise sans pour autant participer aux décisions. On veut nous faire croire que leurs intérêts sont les mêmes que leurs employeurs. En réalité, ils sont doublement blousés, en tant que salarié et en tant qu'actionnaire. La paix sociale c’est bon pour les affaires mais rarement pour les travailleurs.

Voir l'article : 11.4.2.Novlangue
Voir l'article : 6.8.La loi ou le contrat

Dialogue social, octobre 2006, Timeo Danaos
Dialogue social, octobre 2006, Timeo Danaos

Dessin pris sur :
http://timeodanaosetdonaferentes.over-blog.com/archive-10-2006.html

8.5.1.Partenaires sociaux

Dernières modifications : 24.02.2007, 21:22

« Soit l'expression « partenaires sociaux » [...]. Au bridge, en double de tennis, le partenaire est celui ou celle avec qui on fait la paire. D'après Le petit Robert, un partenaire est « une personne avec laquelle quelqu'un est allié contre d'autres joueurs ». Le principal du collège La Courtille à Saint-Denis, interrogé par Le Figaro (16-17 octobre 2004), emploie donc le mot à juste titre en préconisant « un partenariat étroit avec la police et la justice » pour rétablir l'ordre dans les cours de récréation. Mais s'agissant de « négociations » entre patronat et syndicats, la formulation « discussions entre partenaires sociaux », si banale qu'elle ne retient pas la moindre attention, contourne un non-dit, à savoir que patronat et états-majors syndicaux oeuvrent ensemble au maintien de la paix sociale, qu'ils sont – pour reprendre l'une de ces images sportives que la LQR affectionne – du même côté du filet.» (Eric Hazan, « LQR la propagande au quotidien », p28)


Dans For People!s Movements (1977), Frances Fox Piven et Richard Cloward ont contesté cette vision positive de l'action militante organisée. Ils avancent en effet, en se fondant sur une étude de quatre mouvements américains (ceux des chômeurs, des ouvriers de l'industrie, des droits civiques et pour les droits sociaux), que c'est lorsque ces mouvements étaient inorganisés, et mobilisaient des stratégies de perturbation sociale et de confrontation avec les autorités, qu'ils ont remporté leurs principales batailles. À l'inverse, leur passage au stade organisé, souvent après l'obtention de ces premiers succès, a été marqué par une perte de combativité qui s'est rapidement révélée défavorable à la cause défendue. [...]
Pour Piven et Cloward, « les leaders et les organisateurs des classes modestes facilitent involontairement, en fin de compte, les efforts des élites pour canaliser les masses insurgées dans la "politique normale". (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p95)


Poser les mouvements sociaux en ferments démocratiques à condition qu'ils s'abstiennent de tout recours à la violence et se cantonnent à des enjeux restreints, c'est aussi tenter de domestiquer, en lui définissant une « bonne forme » pacifique et limitée, une action collective toujours potentiellement menaçante - tout en disqualifiant politiquement, dans le même mouvement, les formes contestataires qui, parce qu'elles sont le fait de groupes qui ne peuvent ou ne veulent pas s'inscrire dans ce registre pacifié, entendent résister ou protester à la mesure de la violence qu'ils estiment subir. (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p190-191)


8.5.2.Epanouissement personnel

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:40

Laissez-vous transportez :

« Un dynamisme actif, qui nourrit l’économie des nouvelles idées des entrepreneurs, transforme aussi le poste de travail. Pour les salariés, les difficultés qui se posent sont autant de stimulants et d’incitations à résoudre les problèmes et donc autant d’occasions d’investissement et d’épanouissement personnels[!!!]. Cet effet peut être observé dans les données des enquêtes statistiques. Dans la pensée aristotélicienne, le désir d’un tel épanouissement intellectuel est universel. Et finalement, un lieu de travail plus gratifiant attirera davantage de travailleurs et réduira le chômage. Pour la plupart d’entre nous, le système de la libre entreprise est le seul à même de nous proposer des défis toujours renouvelés. » (Edmund S. Phelps, Le Figaro, 22 juin 2006, http://www.redir.fr/gcui)


« La concurrence constitue, de toute évidence, un facteur dynamique fondamental dans tout processus d'individuation psychosociale. La critique de l'économie étatisée s'appuie, à juste titre, sur les effets de contre-performance et de démotivation caractéristiques des pays communistes pour démontrer que la concurrence des intérêts individuels est la condition de toute vitalité économique. Pourtant, l'organisation capitaliste de la concurrence, au stade actuel de l'idéologie ultralibérale, produit elle aussi désormais, et massivement, de la démotivation, et du "pessimisme", comme le déplorent parfois les responsables politiques - outre le fait qu'elle engendre des monopoles capitalistiques. » ( Contre la concurrence, l'émulation" par Bernard Stiegler, philosophe et écrivain, Le Monde Diplomatique, Juin 2005, p23, http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/STIEGLER/12486 )


8.5.3.Actionnariat salarié et partage du "risque"

Dernières modifications : 09.08.2007, 20:40


« L'ironie avec cette culture de casino global, avec les fonds mutuels et les caisses de retraites, c'est que les gens deviennent obsédés par l'idée d'obtenir un rendement de 1 ou 2% de plus sur leur 2000 ou 3000 de fond mutuel. Ils en viennent à dire "bravo j'ai fait 1% de plus, je m'y connais autant que les gros investisseurs", même si ça peut vouloir dire que la compagnie pour laquelle il travaille ou pour laquelle leur voisin travaille doive mettre à pied des centaines ou de milliers de travailleurs. Une communauté perd des centaines de fois plus d'argent par les mises à pied, le gel des salaires, la stagnation économique qu'elle n'en gagne par un rendement de 1 ou 2% de plus sur les fonds mutuel. » (Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


Voir l'article : 5.Trop de dette publique ?

La "démocratie actionnariale" Par Frédéric Lordon
http://www.humanite.fr/journal/2001-01-22/2001-01-22-238294

Voir l'article : 10.La finance

« Les rapports entre l'employeur et le salarié s'équilibrent », nous explique encore M.Seillères. D'ailleurs, le salarié lui-même n'est-il pas un entrepreneur ? « L'entreprise associe des entrepreneurs, à différents niveaux de responsabilité [...]. ils partagent le risque. Il y a là tout un nouveau management, bien éloigné du taylorisme, que le droit français, basé sur le principe que le salarié est subordonné ne doit porter aucun des risques de l'entreprise [ ... ] a du mal à intégrer», déclare t-il à la revue Risques. « Ces évolutions ont beaucoup affaibli les analyses fondées sur la domination et l'exploitation du monde du travail par le capital. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p107)


Voir l'article : 4.2.3.Malheur aux timides

Tous capitalistes, tous entrepreneurs


« Capital humain. En somme, à chacun de se comporter comme un capitaliste dont le «capital» qu’il aurait à gérer ne serait autre que sa propre personne, soit l’ensemble de ses qualités ou propriétés valorisables sur le marché. Tous capitalistes, tous entrepreneurs, voici ce que présuppose et laisse entendre cette formule. [...] En tant que gestionnaire d’un «capital humain», le travailleur salarié n’est plus censé vendre au capitalisme une puissance (une force) de travail dont l’actualisation (la mise en œuvre) par le capitaliste peut former plus de valeur que sa valeur propre, générant ainsi une plus-value pour le capitaliste. Il est censé vendre «des services» dont le salaire serait en quelque sorte le juste prix, le strict équivalent monétaire. Nulle possibilité d’exploitation entre entrepreneurs capitalistes; tout juste l’un peut-il profiter de son «pouvoir de marché» plus étendu que l’autre… » (Alain Bihr, Capital humain, http://www.alencontre.org/page/Economie/BihrCapHum03_06.htm)


« En réalité, la campagne en faveur de la capitalisation est le dernier avatar du vieux rêve libéral d’associer le travail à sa propre aliénation. En faisant du salarié un petit actionnaire, on lui ôte une partie de sa combativité. En faisant des salariés les mieux rémunérés des rentiers petits et moyens, on attache durablement l’encadrement à la culture d’entreprise. Mais quel salarié n’est pas à même de comprendre qu’en souhaitant une rente la plus élevée possible, il contribuerait à fragiliser son propre emploi et à condamner celui de son enfant… qui devrait pourtant le faire vivre plus tard par son travail ? » (Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/postface.html)


" Les salariés portent une part croissante du risque, alors qu'ils n'ont pas voix au chapitre : " les vrais héros du risque sont ceux qui passent leur vie dans la précarité, au bord de la misère, et subissent les coups du sort", pas les dirigeants aux parachutes dorés ou les actionnaires aux fortunes conséquentes. On dénie aux salariés tout droit à la participation dans les choix et les résultats, alors même qu'on leur demande de s'impliquer davantage." (Livre du mois "capitalisme ou démocratie" de Marc Fleurbaey - Alternatives économiques – janvier 2007 – p89)


« Dans la forme dominante [du capital humain], ce qui est essentiel, c'est l'autonomie, la polyvalence, donc un ensemble de capacités qui excèdent les besoins immédiats des entreprises. Le développement de ces capacités ne peut, ni ne doit par conséquent relever de la compétence d'entreprises particulières. Dans la mesure où il est indispensable à une soi-disant économie de la connaissance, il est, au même titre que le système éducatif, les infrastructures, etc., dans l'intérêt général et doit faire l'objet d'un fincancement public. Il fait partie des "faux frais" du système. Le capitalisme cherche à se défausser des faux frais en question en les mettant autant que possible à la charge des particuliers qui, sommés de financer eux-mêmes l'auto-développement de leur polyvalence et de leur autonomie, se trouvent pris entre deux impératifs contradictoires : ils doivent valoir mieux qu'un homme-machine mais c'est en tant précisément qu'ils ne sont pas de simples marchandises humaines qu'ils doivent se vendre. » (André Gorz, Penser l'exode de la société du travail et de la marchandise, Mouvements n° 50, juin-août 2007, p103)


Voir l'article : 4.2.3.Malheur aux timides
Voir l'article : 11.4.3.Convergence droite/gauche

8.5.4.Entrepreneur de soi

Dernières modifications : 25.02.2007, 17:29

« Vous voyez, quand les travailleurs sociaux qui s’occupent des RMIstes leur inculquent l’idée qu’il faut qu’ils se construisent un projet, quand ils nouent avec eux un contrat d’objectifs, ils inculquent, et en quelque sorte imposent à chacun de se penser comme une sorte d’entrepreneur de soi-même, comme un individu libre et conquérant, et ils imposent ce mode de pensée y compris à ceux qui ont le moins les moyens qu’il faut pour pouvoir ressembler à cet individu libre et conquérant, si tant est que celui-ci existe ailleurs que dans les phantasmes, - ceci est d’ailleurs une autre affaire. (...) Pourquoi ça marche si bien, y compris chez ceux qui y ont le moins intérêt. Je crois que ça a à voir avec le fait que le discours que je tiens moi, en tant que sociologue déterministe comme on dit, a toujours l’air d’un discours de rabat-joie. Quand on dit: « Les enfants des classes populaires ont très peu de chances d’entrer à l’Ecole Polytechnique », ces enfants des classes populaires disent: « Ben quoi, c’est parce qu’on est plus cons ? ». Alors évidemment, ce n’est pas ça, mais il faut tout un long discours pour expliquer pourquoi c’est comme ça. Tandis que ceux qui disent: « Mais si, tu peux réussir mon gars, vas-y ! » tiennent un discours qui est plus facile à entendre et qui passe mieux. De plus ce n’est même pas faux : les ressources pour réussir à l’école si on n’est pas héritier culturel, c’est d’y croire, c’est la croyance que c’est possible. Alors le discours qui consiste à entretenir la croyance est plus facilement audible que celui de quelqu’un qui dit : « Vous savez, les chances que vous avez de réussir sont très faibles ». C’est pourtant objectivement vrai, mais cela passe beaucoup moins. Voilà peut-être une indication qui permet de comprendre un peu pourquoi un discours réaliste peut passer pour un discours rabat-joie, et donc finalement se vend moins bien. Pour qu’il se vende mieux, il faudrait montrer comment il peut être au principe d’une mobilisation non pas individuelle, mais collective, qui permettrait sans doute à tout le monde de s’en sortir beaucoup mieux. » (La notion de "classes sociales" a-t-elle encore quelque pertinence?, Gérard Mauger, http://dsedh.free.fr/transcriptions/mauger91.htm )


8.5.5.Stock options, fonds de pension

Dernières modifications : 22.09.2007, 21:56

« Attribuer une stock-option (une option d'achat d'action en français) à un patron, c'est lui donner le droit d'acheter des actions de son entreprise à partir d'une date future, dite date d'exercice, à un prix déterminé d'avance, dit prix d'exercice. (...) Ce mécanisme est censé inciter les patrons à agir conformément aux intérêts des actionnaires, puisque leurs gains seront d'autant plus importants que le cours des actions montera. Mais du coup, c'est aussi une puissante incitation à truander les comptes. Un phénomène qui a atteint des proportions colossales dans la société américaine Enron en 2001. » (Alternatives économiques – septembre 2006 – p14)


« Les fonds de pension et autres fonds par capitalisation (assurance-vie, plan épargne retraite), détenteurs d'une fraction souvent déterminante du capital de certaines sociétés, exigent de ces dernières des dividendes de plus en plus élevés. Les managers des sociétés cotées cèdent d'autant plus facilement à la pression qu'ils savent que distribuer des dividendes importants permettra d'attirer d'autres fonds de pension, donc de faire grimper les cours et de valoriser leurs propres stock-options. » (Alternatives économiques – janvier 2007 – p61)


> voir aussi Noël Forgeard (EADS) qui revend ses actions avant qu'elles ne baissent.

Voir l'article : 10.4.5.Paradis fiscaux

8.5.6.Retraites

Dernières modifications : 21.09.2007, 21:06

« Les premiers systèmes de retraites mis en place au début du 19ème siècle étaient des systèmes par capitalisation. Avec la crise monétaire du début des années 1920, de nombreux épargnants furent ruinés. Idem avec la « grande dépression » des années 1930. A partir de là et surtout après 1945, à un moment où le mouvement ouvrier était en position de force, le système par répartition s'est imposé. Ce n'est qu'à partir des années 1970 que la capitalisation fait son retour, avec les fonds de pension.» (Alternative Libertaire, Brochure sur les retraites, http://alternativelibertaire.org/IMG/pdf/0211Retraites150.pdf)