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6.6.Monopoles publics / privés

Dernières modifications : 06.03.2007, 19:39

On somme les Etats de suivre le dogme de la concurrence, d'ouvrir ses marchés, de libéraliser, de privatiser ses services publics. Or, derrière le discours angélique sur cette fameuse "libéralisation" de nos économies sclérosées par un Etat tout-puissant, on se rend compte finalement, que la "libre" concurrence n'amène pas la diversité, mais la constitution de monopoles privés surpuissants, à travers leurs vastes réseaux d'entreprises sous-traitantes et dépendantes.

>> voir aussi sur la privatisation des services publics :
"Quelque chose de notre histoire", de Jean Druon :
http://nonautraite.free.fr/index.php?page=11.php

« Une autre leçon est qu'il est faux qu'au démantèlement des monopoles publics succède durablement la concurrence. La concentration et la centralisation sont des tendances fondamentales du capital. Dans tous les secteurs libéralisés, au monopole public succède un moment de concurrence rapidement suivi de l'élimination des plus faibles, du renforcement des survivants, d'une vague de fusions et de la constitution de monopoles ou d'oligopoles privés. On a alors les inconvénients du monopole (parce qu'il y en a), plus la réduction de la capacité d'action publique, plus l'extension du domaine du profit. » (Copernic, Diagnostics pour sortir du libéralisme - p97)


A propos de la fusion EDF-GDF : « Le client qui fera le choix de changer de fournisseur continuera d'être alimenté par le même site de production et le même réseau de distribution. Cette concurrence est donc virtuelle. Elle ne vise en fait qu'à répondre aux exigences de profits des multinationales privées.» (plaquette d'information CGT : EDF-GDF 100% public)


« Cette concentration croissante ne relève pas d'un « complot », même si le déséquilibre entre le pouvoir conquis par les dirigeants de ces géants mondialisés et celui des instances politiques restées très localisées pose de graves problèmes. Elle résulte d'abord d'une profonde logique économique : contrairement à ce que prétendent les libéraux, la concurrence coûte très cher et le monopole ou l'oligopole sont de plus en plus souvent le moyen le plus efficace de produire et de distribuer un bien ou un service. La concurrence suppose en effet de multiplier les frais commerciaux pour atteindre les clients. Elle impose un gaspillage énorme dans les secteurs intenses en recherche et développement : de multiples équipes travaillent en parallèle sur les mêmes sujets, mais une seule trouve et dépose un brevet. Résultat : les autres ont travaillé en vain. Enfin, dans un marché véritablement concurrentiel, il est impossible de réguler correctement l'investissement : on oscille constamment entre excès de capacité et sous-investissement. » (Alternatives économiques – Hors série - Capitalisme - p34)


« Les tenants du libéralisme devant reconnaître un certain nombre d'échecs se cramponnent habituellement au secteur des télécommunications comme exemple de réussite. Mais celui-ci est loin d'être convaincant. Du point de vue de l'usager, le bilan est contrasté. Bien que l’opacité tarifaire soit désormais de mise il est vrai que les gros usagers, notamment les entreprises sont gagnants. En revanche il est aussi certain que la situation des petits usagers s'est fortement dégradée pour le téléphone fixe principalement en raison de l'augmentation de l'abonnement. [...] Dans le domaine de l'eau [...], une enquête de 1996 révélait que les prix pratiqués par les opérateurs privés dépassaient en moyenne de 28% ceux des régies publiques. Le rapport 1997 de la Cour des comptes était sans ambiguïté: « La hausse des prix est bien à mettre en relation avec la privatisation ».[...] Regardons du côté des pays promoteurs de ces politiques. En Grande-Bretagne, c'est connu, le chemin de fer privatisé est un désastre. C'est une sorte d'exploit, car la privatisation avait été précédée d'une longue politique d'abandon du chemin de fer public dont le service était déjà déplorable. La privatisation a réussi à faire pire. La Grande-Bretagne a le réseau le plus lent, le plus dangereux et le plus cher d'Europe. Elle ne possède aucun train à grande vitesse et les passagers paient en moyenne 6o% plus cher qu'en France. La série noire des accidents mortels depuis 1997 a obligé le gouvernement britannique à débloquer 37,5 milliards d'euros, au mois de juillet, pour sauver ce qui reste des infrastructures ferroviaires. Voilà pour les économies budgétaires. Dans le même pays, la poste a été privatisée en 2001. Elle prévoit la suppression de 30000 emplois et la fermeture de milliers de bureaux à la campagne et dans les villes. Rentabilité oblige. Autre initiative spectaculaire, sa tentative de faire payer 14 £ par semaine (!) ceux qui reçoivent moins de 20 lettres par jour et souhaitent avoir leur courrier avant 9 heures le matin. La perte des lettres et colis est en progression spectaculaire.[...] Aux États-Unis, la crise de l'électricité en Californie a été l'incroyable résultat de la libéralisation. Contrairement à l'idée répandue, ce ne fut pas une crise de sous-production qui mettrait déjà en évidence une carence majeure. Il est maintenant établi que les producteurs se sont entendus pour réduire leur production d'électricité afin de faire monter les prix. Les multiples régulateurs et autorités de contrôle n'y ont rien changé. C'est dans le secteur électrique aussi qu'a éclaté la faillite retentissante d'Enron en décembre 2001. C'était une entreprise énergétique particulière qui correspond à une étape supérieure de la libéralisation. Enron était seulement un courtier, achetant et vendant de l'électricité sur un « marché spot». C'est ce type de marché que l'autorité de régulation française a décidé de mettre en place en France sans autorisation législative. En quelques années Enron s'était hissée au septième rang des entreprises américaines, recevant les louanges unanimes . Elle a inauguré la longue série des affaires de comptes truqués et de spoliation des petits actionnaires et des salariés.»(Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p92-93-94-95)


« Pour obtenir facilement le consentement de l'opinion pour la privatisation des services publics, la stratégie la plus souvent utilisée consiste à organiser préalablement le sabotage des services publics, afin que leur inefficience puisse servir de prétexte à leur privatisation. Cette stratégie a été massivement appliquée dans les secteurs de la santé et de l'éducation. Voici ce que l'on peut lire à propos de l'éducation publique dans un document de l'OCDE, l'organisation des Maîtres du Monde qui est également à l'origine de l'AMI: "Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangeureux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population." (Cahier de politique économique" n°13 de l'OCDE) » L'AGCS, Vers la privatisation totale des services publics, http://www.syti.net/AGCS.html


" Le projet de fusion entre Suez et GDF fait bouillir Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie : « Primo, c’est inutile et stupide, confie-t-il. La France a un bon système, juste, à bas prix, efficace et très fiable. S’il n’est pas cassé, pourquoi le réparer ? Deuxio, confier la gestion d’un parc nucléaire à du privé est très problématique ; y aura-t-il la même vigilance, le même investissement ? On a vu ce qui s’est passé aux Etats-Unis quand on a dérégulé notre secteur de l’énergie... Tertio, si la France a une telle réussite dans l’énergie, c’est qu’il y a un "Etat d’esprit public" qui attire des gens qualifiés. Ouvrir la voie à la privatisation, c’est se priver, pour le gouvernement, de marge de manoeuvre dans un secteur si sensible. » (France Inter, 8 h 20. mardi 12 septembre 2006, http://collectifnord91.lautre.net/index.php?page=actualites&id=144)


" La France a consacré 6,9% de son PIB à l'éducation en 2005, contre 7,6% dix auparavant, indique une note du ministère de l'Education.[...] Une évolution qui prépare mal l'avenir si l'on estime que le niveau de qualification de la main-d’œuvre est l'un des éléments clés de la compétitivité du pays." (Alternatives économiques, Janvier 2007, p26)


" La France comptait encore un peu plus de 1100 entreprises publiques à la fin 2005, indique l'Insee. Elles employaient 4% de l'effectif salarié total, contre 10,5% en 1985. Les dix première entreprises publiques rassemblent à elles seules, plus de 75% du total des effectifs." (Alternatives économiques, Janvier 2007, p68)


" Je défendrai le service public [...] J’agirai pour rééquilibrer la construction européenne qui ne doit pas se réduire à un marché [...] Je ne laisserai pas privatiser EDF et GDF “. Telles sont les promesses que le candidat à l’élection présidentielle de 1995, Lionel Jospin, adresse au personnel d’EDF et de GDF le 18 avril 1995.
Deux ans se sont à peine écoulés lorsque le Premier Ministre, Lionel Jospin donne son accord au projet de “Directive gaz” qui doit être adoptée en juin 1998. Cette directive prévoit la fin des monopoles nationaux et la libéralisation du marché du gaz européen. […] Devenu Premier Ministre, celui qui devait “agir pour rééquilibrer la construction européenne” se montre pusillanime. Si la directive sur l’électricité fut adoptée par le gouvernement Juppé, celle sur le gaz est avalisée sans autre forme de procès par le gouvernement Jospin. Présentée comme “nécessaire” l’abolition des monopoles publics a une raison d’être des plus triviale et se résume en deux chiffres. 150 milliards d’€ de chiffre d’affaire annuel pour l’électricité et environ 100 milliards pour le gaz. On comprend aisément que pour des entreprises telles que SUEZ, les directives européennes sont tout à la fois nécessaires et urgentes. D’ailleurs Gérard Mestrallet, PDG de SUEZ figure parmi les 45 membres de la très puissante Table Ronde des Industriels Européens (ERT) qui, depuis l’arrivée de Jacques Delors à la présidence de la Commission, dicte les orientations de la construction européenne afin de réduire “l’excessive interférence des gouvernements” dans les affaires de l’Union. “L’ERT discute de ses objectifs avec les commissaires européens, le conseil des Ministres et le parlement européen”. “ Tous les six mois, l’ERT rencontre le chef du gouvernement du pays qui prend la présidence européenne, afin de discuter des priorités”. La discussion sur la libéralisation du marché de l’énergie fut fructueuse et aboutit aux deux directives. Bien entendu celles-ci ne sont qu’une première étape du processus. D’autres directives beaucoup plus contraignantes sont déjà programmées. C’est dans une Europe ourlée de rose - 11 pays sur 15 sont sociaux démocrates- que le Portugal prend la présidence de l’Union au début de l’année 2000. Antonio Guterres, premier Ministre et Président de l’Internationale Socialiste invite le Baron Daniel Janssen, PDG de la firme Solvay et membre de l’ERT, à la préparation du Conseil Européen de Lisbonne du mois de mars. De cette concertation naît un programme incroyablement réactionnaire, connu sous le nom d’”Agenda de Lisbonne”. “Le sommet européen de Lisbonne entérine une vision libérale de l’avenir de l’Europe, Lionel Jospin estime que le secteur public doit s’adapter” titre Le Monde. “ Jacques Chirac et Lionel Jospin ont finalement accepté que les conclusions du sommet soulignent la nécessité d’accélérer la libéralisation dans des secteurs tels que le gaz, l’électricité, la poste et les transports” renchérit La Tribune. Tandis que José Maria Aznar se réjoui “qu’un vent libéral souffle sur l’Europe”, Tony Blair constate que “ce sommet a été l’un des moins conflictuels. Le consensus s’est fait sans difficultés sur 95% des sujets”. Quelques jours plus tard, dans un communiqué, le patronat européen se félicitera que “dans l’Agenda de Lisbonne, toutes les priorités de l’ERT ont été adoptées au niveau politique”.
Toutefois la privatisation des services publics de l’énergie est une affaire délicate et, malgré les remontrances de Bruxelles, certains Etats tardent à transposer en droit national les fameuses directives. “ Nous savons ce que nous devons faire, mais nous ne savons pas comment nous y prendre pour gagner les élections après l’avoir fait” avouera Jean-Claude Junker, premier ministre luxembourgeois, à la Commission. L’ERT finit par s’agacer de la lenteur de la mise en oeuvre de l’Agenda de Lisbonne et informe le Conseil Européen de “sa frustration de voir le peu de progrès réalisés dans la mise en oeuvre des admirables objectifs de Lisbonne”. Entre autres choses, les industriels européens demandent, avec insistance, “la libéralisation des services publics ainsi que la réforme des marchés du travail”. (Privatisation de Gaz de France : Merci le PS, Laurence Kalafatides, 28 août 2006, http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=2549)


Voir l'article : 8.3.5."Dictature" des experts, lobby