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6.5.La "liberté" par la répression

Dernières modifications : 30.11.2007, 09:49

Voir l'article : 12.L'ordre insécuritaire

PieceNow, image prise du documentaire The Weather Undergound, Sam Green, Bill Spiegel, 2003
PieceNow, image prise du documentaire The Weather Undergound, Sam Green, Bill Spiegel, 2003


« Nul n'a fait davantage que Pinochet et ses conseillers pour démontrer la supériorité de l'économie de marché sur le socialisme.» (17 janvier 2000, robert J. Barro , professeur d'économie de Harvard, dans Business Week. (p209)) [...] l'ensemble des politiques menées depuis les années 80 au nom de la "liberté" ont comporté leur lot de mesures coercitives. [...] L'action des Etats-Unis au service de régimes militaires plus ou moins tyranniques eut une conséquence politique majeure favorisant l'internationalisation du néolibéralisme qui nous occupe. (..)"Le triomphe du néolibéralisme et de son nouveau projet économique, résume l'universitaire brésilien Emir Sader, ne peut être séparé du démantèlement de la gauche par les dictatures. Avec sa longue tradition de luttes pour les droits économiques et sociaux et son histoire de démocratie politique, le Chili n'aurait servi de fer de lance à ce projet sans la violente répression menée par le général Pinochet, qui détruisit toute l'ossature ayant fait de ce pays une référence latino-américaine et même mondiale. » (Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004, p214, p353)


Un résumé : http://abel.jerome.free.fr/ressources/1973_Chili.pdf

Sur le Chili:
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article483
http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/chili

Les bons amis


Jean Paul II et Augusto Pinochet
Jean Paul II et Augusto Pinochet


Margaret Thatcher et Augusto Pinochet
Margaret Thatcher et Augusto Pinochet


« Elus démocratiquement, Jacobo Arbenz, au Guatemala, João Goulart, au Brésil, Juan Bosch, en Réoublique dominicaine, ou Salvador Allende, au Chili, pour ne citer que quatre cas parmi les plus célèbres, furent renversés - respectivement en 1954, 1964, 1965 et 1973-, par des coups d'Etats militaires soutenus par Washington, pour empêcher la réalisation de réformes structurelles dans des sociétés inégalitaires. Réformes qui auraient affecté les intérêts des Etats-Unis et qui - c'était l'époque de la guerre froide (1947-1989) - auraient pu entraîner une modification des alliances que Washington refusait de consentir. Dans ce contexte, une seule expérience de gauche a réussi à survivre : celle de Cuba. Mais à quel prix! La Havane a dû surmonter, entre autres épreuves, un assaut de mercenaires appuyés par les Etats-Unis (baie des Cochons, 1961), un embargo commercial dévastateur maintenu unilatéralement par Washington depuis quarante-cinq ans, bras de fer diplomatique et militaire (la crise des fusées d'octobre 1962 qui porta le monde au seuil d'une guerre atomique, et des attaques terroristes constantes (ayant causé quelque trois mille morts et dégâts évalués à des milliards de dollars) (Deux des terroristes anticubains les plus notoires, MM. Luis Posada Carriles et Orlando Bosch, agissant pour le compte de la Central Intelligence Agency (CIA), auteurs, entre autres, d'un attentat en vol contre un avion de ligne cubain qui fit soixante-treize morts le 6 octobre 1976. continuent de bénéficier, en Floride où ils résident, de la protection des autorités américaines, qui refusent de les juger ou de les extrader.). Epreuves qui n'ont pas empêché le régime de réaliser de considérables avancées (en matière d'éducation, de santé publique et de solidarité internationale, notamment), mais qui l'ont contraint à se durcir plus que nécessaire et à privilégier pendant plus de vingt, pour échapper à un isolement politique et à un étranglement économique fomentés par les Etats-Unis, une alliance peu naturelle avec la très lointaine Union soviétique, dont la disparition soudaine en 1991 a entraîné de nouvelles difficultés. Hormis cette exception cubaine, toutes les autres tentatives démocratiques de changer les structures de la propriété ou de distribution plus justement les richesses de ce continent ont été brutalement interrompues.

Pourquoi ce qui n'a pas été consenti durant des décennies est-il aujourd'hui accepté? Pourquoi une vague rose et rouge peut-elle recouvrir tant d'Etats sans être stoppée comme naguère? Qu'est-ce qui a donc changé? En premier lieu, une donnée majeure : l'échec, dans l'ensemble de l'Amérique latine, des expériences néolibérales parfois très radicales qui ont marqué les années 1990. Dans de nombreux pays, ces politiques se sont traduites par un pillage éhonté, l'appauvrissement massif des classes moyennes et populaires, la destruction de pans entiers de la fragile industrie nationale, et finalement par la révolte des citoyens. En Bolivie, en Equateur, au Pérou et en Argentine, de véritables insurrections civiques ont provoqué le renversement de présidents élus démocratiquement mais qui considéraient qu'ayant gagné l'élection ils disposaient d'une carte blanche pour agir à leur guise et, éventuellement, trahir le programme proposé aux électeurs. A cet égard, la révolte populaire en Argentine du 21 décembre 2001 qui entraîne le départ du président Fernando de la Rua, et surtout l'effondrement des politiques néolibérales appliquées de 1989 à 1999 par M. Carlos Menem, est en quelque sorte l'équivalent pour ce continent de ce que représenta, pour l'Europe, la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, soit le refus définitif d'un modèle dogmatique, arrogant et antipopulaire.

AUTRE DONNÉE FONDAMENTALE : « parrains» de cette région considérée comme leur «arrière-cour», les Etats-Unis ont dévié depuis la guerre du Golfe de 1991 et plus encore depuis le 11 septembre 2001, l'essentiel de leurs préoccupations géopolitiques vers le Proche et le Moyen-Orient, où se trouvent le pétrole et leurs principaux ennemis actuels.
Cette «distraction» a favorisé l'éclosion, en Amérique latine, de tant d'expériences de gauche, et leur a sans doute empêché d'être vite étouffées. Une chance dont les dirigeants feraient bien de se saisir pour accélérer enfin les réformes que la population attend depuis si longtemps. » (Age d'or, Ignacio Ramonet, Manière de voir 90, Amérique latine rebelle, http://www.monde-diplomatique.fr/mav/90/ )


CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca
CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca


sur Oaxaca :
http://abel.jerome.free.fr/ressources/OAXACA_CQFD.pdf
http://www.cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=1150 : chronologie
http://risal.collectifs.net/mot.php3?id_mot=778
http://www.dailymotion.com/farennes/1 : vidéo en 8 parties
http://www.dailymotion.com/group/2745/video/xmoe2_oaxaca-histoire-dune-insurection
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1049
http://cspcl.ouvaton.org/

« Il existe aujourd'hui, dans un monde dominé par la lâcheté, la résignation et la servitude volontaire, une ville et une région résolues de résister à un gouvernement local et mondial qui ne connaît d'autre loi que celle de la corruption et du profit. Depuis plusieurs mois, la population d'Oaxaca refuse les diktats d'une administration corrompue, qui n'hésite pas à tuer les opposants à sa politique de malversation. Le mouvement n'a cessé de se développer et a donné naissance à une Assemblée populaire, encore noyautée par la vieille politique clientéliste, mais qui s'oriente de plus en plus vers un refus de tout pouvoir et vers une priorité: améliorer la vie quotidienne des enfants, des femmes et des hommes. [...] Commune de Paris et des collectivités andalouses, aragonaises et catalanes des années 1936-1938. Ce qui se passe à Oaxaca est un espoir pour tous ceux qui désespèrent d'accéder à une existence digne de ce nom, sous le joug du capitalisme financier réduisant la vie et l'environnement à une marchandise. Souvenons-nous! C'est une prise de conscience mondiale qui a aidé le mouvement zapatiste encore fragile à échapper à la répression du gouvernement et de son armée, en janvier 1994 et en février 1995. Ce que les zapatistes ont réussi pour les communautés paysannes indigènes du Chiapas, la population d'Oaxaca est en train de le tenter en milieu urbain. L'enjeu est considérable. Faisons en sorte que se conforte la chance d'instaurer la Commune d'Oaxaca, car cette chance est la nôtre, celle de l'émancipation existentielle et sociale qui nous tient à coeur. » (En toute autonomie individuelle, Raoul Vaneigem le 26 novembre 2006, cité dans CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca)


« Nous avons pu nous rendre compte au cours de tous ces événements que l'État organisait une véritable mise en scène du conflit. Face à un mouvement social qui avait des revendications précises à faire valoir, l'État a répondu par une mise en spectacle d'un affrontement tragique, mise en spectacle qui avait évidemment des conséquences terribles pour les gens (nous en sommes sans doute à plus de 20 morts, tous du côté de l'Appo). L'État traduisait un mouvement social complexe en scènes de violence, en images choc. Le message est clair - tout mouvement social engendre la terreur - et s'adresse à la partie molle et soumise, à la partie décomposée de la société. L'État joue sur deux tableaux à la fois: d'un côté, il est celui qui organise le spectacle de la violence et à cette fin il doit, d'une façon plus ou moins clandestine, user de moyens terroristes; de l'autre, il se présente comme celui qui met fin à la violence par l'exercice d'une terreur légitime. La terreur de l'État est présentée comme légitime parce qu'elle met fin à une violence sociale, dont l'Etat avait au préalable organisé la représentation. Où est le droit? Il n'y a pas de droit dans cette affaire, ou alors seulement comme justification du terrorisme d'État par la mise en scène d'une paix sociale rompue par les insurgés. Il faut reconnaître que l'Etat janus a joué sa partition avec un certain brio: la tâche d'organiser le spectacle de la violence par des moyens terroristes est revenue à Ulises Ruiz et à ses hommes de main, en l'occurrence la police de l'État d'Oaxaca, habillée en civil, ce sont eux qui ont constitué les escadrons de la mort, qui ont assassiné en toute impunité et mis le feu à certains bâtiments publics ou autres au cours de l'opération du 25 novembre dite opération hierro; la tâche de mettre un terme à la violence en faisant usage d'une terreur légitime, après la mise en scène du dialogue et du droit, revenait au ministre de l'Intérieur du gouvernement fédéral, avec l'aide de la police fédérale préventive, en uniforme cette fois-ci. » (George Lapierre, bien le bonjour d'Oaxaca, CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca, p21)


« La Bolivie a cherché un refinancement pour son réseau d'eau potable et la Banque Mondiale a demandé sa privatisation. C'est ainsi que la société Bechtel a obtenu le contrôle de l'eau de Cochabamba, même de celle qui tombe du ciel. Ces lois interdisaient aux gens de ramasser l'eau de puie. Elle aussi était privatisée. [...] Scandant le slogan : « L'eau est à nous ! », les gens sont descendus dans les rues pour manifester. [...] Les gens voulaient de l'eau, pas du gaz lacrymogène, que justice soit faite, pas qu'on leur tire dessus. [...] Plus la population s'opposait à la privatisation, plus leurs opposants [le gouvernement] étaient virulents. Des centaines de jeunes de 16, 17 ans ont perdu des bras ou des jambes où ont été handicapés à vie suite à des lésions cérébrales. Et Victor Hugo Daza est mort. » (Oscar Olivera, Coalition in Defense of Water and Life, dans le documentaire The Corporation, 1:40:52, Mark Achbar, Jennifer Abbott, 2003, http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Corporation)