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6.4.Réglementer le "laissez faire"

Dernières modifications : 23.02.2007, 21:08

« Le terme « liberté » est très positivement connoté. Tout ce qui est « libre » n’est pourtant pas bon. Les plus faibles méritent protection ; de nombreuses tâches d’intérêt commun, telles la préservation des droits des uns et des autres, ou celle de la planète, ne peuvent être prises en charge que collectivement. » (Attac - Les pièges du libre-échange - 26 09 2005 - http://www.france.attac.org/a5473)


« Ainsi, l’intégrisme libre-échangiste détruit – c’est son objectif même pas camouflé - la capacité des Etats à définir des politiques économiques autonomes répondant aux aspirations de leurs citoyens. D’innombrables traités bilatéraux, à l’initiative des Etats-Unis auxquels l’Union européenne (UE) emboîte désormais le pas, imposent ces nouvelles règles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) vise à rendre universelles. [...] Le laminage des souverainetés populaires – s’exerçant dans un cadre national ou supra-national – n’est pas tombé du ciel : il est le produit de décisions - parfois volontaires, parfois contraintes - de gouvernements théoriquement souverains. L’UE représente un cas d’école de ce mélange de démission délibérée des gouvernements et d’application, non moins délibérée, par ceux-ci des dogmes du néolibéralisme. Ce sont bel et bien les gouvernements, lors des conseils des ministres et des Sommets européens, qui mettent en oeuvre des orientations faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’alpha et l’oméga de la construction européenne. Ce sont ces mêmes gouvernements qui justifient ensuite ces orientations auprès des peuples, au nom de « contraintes » européennes qu’ils ont eux-mêmes créées. Notons au passage que les traités européens, et notamment le TCE rejeté par les peuples français et néerlandais, donnent au libre-échange des biens et des services et à la liberté de circulation des capitaux le statut de « libertés fondamentales »… » (Manifeste Attac 2007, http://www.france.attac.org/IMG/pdf/Manifeste_2007.pdf)


Jimmy Carter, démocrate, président des Etats-Unis en 1976, annonce la sentence :
« Ce n'est pas l'Etat qui peut résoudre nos problèmes [...]. Il ne peut pas fixer nos objectifs. Il ne peut pas définir notre vision. Il ne peut éliminer la pauvreté ou assurer l'abondance ou réduire l'inflation. Il ne peut pas sauver nos villes, lutter contre l'analphabétisme ou nous procurer de l'énergie. ... C'est au secteur privé et non à l'État qu'il convient de conduire l'expansion a l'avenir... En somme, nous ne pouvons pas diriger tout et tout le monde en même temps. » (cité dans Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p105)


Le paradoxe est là, le chef de l'Etat, pourtant élu pour gouverner, utilise son pouvoir, sa force, organise, créé des lois pour affaiblir le rôle de l'Etat au profit des ses petits camarades du privé.

«Polanyi [Karl] souligne le paradoxe : « C'est une affaire très compliquée que de rendre la "liberté simple et naturelle" d'Adam Smith compatible avec les besoins d'une société humaine. ... Des citadelles de l'ingérence gouvernementale ont été érigées dans l'intention d'aménager quelque liberté simple, comme celle de la terre, du travail ou de l'administration municipale. ... C'est ainsi que même ceux dont la philosophie tout entière exigeait la restriction des activités de l'État n'ont pu qu'investir ce même État des pouvoirs, organes et instruments nouveaux nécessaires à l'établissement du laisser-faire. » Même chose à l'échelle de la terre. On pouvait bien parler de commerce international, d'avantage comparatif, de libre-échange ; mais, « de plus en plus souvent, on ne remboursait que sous la menace d'une intervention armée ; de plus en plus souvent, les routes ne restaient ouvertes qu'avec l'aide de canonnières ; de plus en plus souvent, le commerce suivait le drapeau, cependant que le drapeau suivait les besoins des États envahisseurs : il devenait donc d'autant plus patent que les instruments politiques devaient être employés pour maintenir en équilibre l'économie mondiale ». Ces dernières années, la machine administrative et gouvernementale européenne a dû à son tour turbiner à plein régime pour fabriquer de la monnaie unique et du marche. Entré en vigueur en janvier 1994, l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) comptait près de 2 000 pages, fourmillant lui aussi de réglementations et d'interdits ; l'« acquis communautaire » que les nouveaux membres de l'Union européenne doivent incorporer à leurs lois et règlements nationaux comporte des dizaines de milliers de pages (décisions du Conseil européen, du Parlement européen, de la Cour de justice européenne, de la Direction générale de la concurrence, etc.). » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi)


« Ainsi va le double langage de la puissance publique à l’époque de la «mondialisation», vocable dont il faudra bien se séparer un jour si l’on veut se défaire des images de fatalité impersonnelle et de processus sans sujet qu’il charrie très opportunément. Car la « mondialisation » n’est pas cette force sans tête, et donc sans prise, qu’on nous propose aimablement de considérer dans sa positive nécessité. Pour une très large part, c’est le politique qui agit la « mondialisation », qui décide la libéralisation des marchés (aujourd’hui celui de l’énergie, demain celui de la santé, après-demain celui de l’éducation), mais pour se retrouver, en un désarmant mélange de machiavélisme et d’ingénuité, dans une situation qu’il a lui-même créée, et qui a pourtant objectivement la propriété de lui échapper complètement. (...) Que peut le politique aux diktats de la finance, gémit le politique ... après avoir installé la finance ? » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p23-24)


« Pour « naturelle » et « scientifique » qu'elle se proclame, l'utopie néolibérale n'aurait, au XIXe siècle, jamais survécu sans les brassières de l'intervention publique. Avant de pouvoir s'imposer, les lois de la gravitation capitaliste nécessitaient qu'on créât pour elles les conditions de l'apesanteur. Ce serait la mission de... l'État ! » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi)


Exemple du sauvetage d'Alcatel par l'Etat :
« Réclamer puis dénoncer, exiger une chose et son contraire, la finance sait faire et pas seulement en matière de dette. Le fait est que, du conglomérat hérité de l’ancienne Compagnie générale d’électricité, juxtaposant téléphonie, construction électrique, nucléaire, câbles et bien autres choses encore, Serge Tchuruk (P.DG d’Alcatel depuis 1995) n’a gardé que les télécommunications en se débarrassant de tout le reste. C’est exactement ce que la finance lui demandait, elle qui ne désire rien tant que d’avoir à faire à une population de firmes mono-métier. [...] Cet Etat qui, c’est bien connu « étouffe les énergies » et « tue l’esprit d’entreprise », « étrangle » les prélèvements et ne fait jamais rien comme il faut, est appelé à la rescousse car la prodigieuse rationalité des agents économiques a eu comme un raté. Serge Tchuruk [P.DG d’Alcatel depuis 1995], sans mollir, conseille donc aux pouvoirs publics, ordinairement priés de se faire oublier quand les profits rentrent et que les dividendes coulent à flot, d’avoir de nouveau « un rôle à jouer »... «Il n’est pas question de réclamer des subventions », grands dieux non, on n’est pas des assistés, « mais ils (les pouvoirs publics) pourraient relancer des investissements créateurs de valeur pour l’ensemble de l’économie ». (Interview de Serge Tchuruk, Le Monde, 22-23 septembre 2002.) [...] Mais au fait, le Tchuruk du Medef qui vilipende l’Etat fiscaliste sait-il que le gouvernement n’imprime pas des petites coupures dans ses sous-sols pendant la nuit et que c’est bien, oui, avec des impôts que se payeraient la relance des télécoms par la dépense publique qu’il appelle de ses voeux pour le sortir de la déconfiture. » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p49-50-52-53)


« Mais voilà belle lurette que les esprits d’Etat ont perdu les moyens intellectuels et même, serait-on tenté de dire, psychiques, d’être ce qu’ils devraient être, et n’aspirent plus qu’à se conformer à la sagesse du marché et à en recevoir les satisfecit. De fait, la honte d’elles-mêmes – c’est-à-dire de ne pas être privées – qui saisit les élites publiques a pris de telles proportions que le concept même d’entreprise nationalisée du secteur concurrentiel en a été vidé de son sens : on gère l’héritage de l’histoire, parce qu’il est là, mais pour rien au monde on ne voudrait contrarier la vérité du capitalisme, et dans « entreprise publique », c’est surtout « entreprise » qui doit compter – « publique » est prié de se faire oublier. Cette démission ne date pas d’hier, on peut la faire remonter à 1984 et l’attribuer, comme beaucoup d’autres, au socialisme de gouvernement. Période décidément propice aux grands virages puisque, entre 1983 (la désinflation compétitive) et 1986 (la déréglementation financière), Laurent Fabius (déjà) trouve un créneau pour commander aux entreprises nationalisées de se conformer aux modèles du privé et de n’avoir plus pour objectif que la maximisation du profit. » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p46)