Téléchargement | Historique
-+
imprimer cette page exporter la page en PDF

6.3.Contourner les démocraties

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:04

COUTOURNER LES "CONTRAINTES" SOCIALES DES ETATS = CONTOURNER LA DEMOCRATIE

" On aperçoit mieux alors le sens historique de ce qu'on pourrait appeler, les "politiques de la finance", politiques de la déréglementation des marchés de capitaux qui ont pour propriété, puis pour visée, de contourner les contraintes du contrat social national en passant par l'international. C'est qu'il est temps de faire revenir le salariat à sa condition de toujours, condition de dominé à laquelle il n'avait échappé qu'à la faveur d'une conjoncture historique exceptionnelle - la fin de la Seconde Guerre mondiale - évinçant les élites libérales compromises, et surtout installant des structures économiques renforçant le pouvoir de négociation du salariat. ( "Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p21-22)


" La mondialisation (…) est en partie un alibi, un discours rhétorique. Les gagnants, parce qu'ils savent que les dés de la destinée ont roulé en leur faveur, ne veulent plus participer au système de protection sociale, et plus généralement au financement des dépenses publiques. (...) La tutelle des marchés, le durcissement de la contrainte qui s'impose aux gouvernements nationaux, la réduction de leurs prétentions redistributives, sont autant d'éléments qui reviennent à modifier le système d'équité de nos sociétés, par un retour aux principes purs et par un effacement progressif du champ de la démocratie. Non seulement, la mondialisation accroît dans le système d'équité la part du marché et réduit celle de la démocratie, mais elle le fait au nom de l'efficacité du marché et d'un ordre supérieur à celui de la démocratie. C'est ce qu'il est convenu d'appeler l'impuissance du politique. Le changement du système d'équité ne procède pas en effet d'une décision politique - auquel cas il correspondrait au vœu des populations mais d'une contrainte exogène qui s'imposerait à la démocratie. La légitimation de cette contrainte serait l'efficacité largement discutable - mais elle conduit alors à inverser la hiérarchie normale des valeurs: l'efficacité d'abord et puis, à titre résiduel, la démocratie." (Fitoussi, « globalisation et démocratie », 2004, http://non.au.liberalisme.tripod.com/globalisation.et.democratie.pdf)


On nous avait pourtant prévenu, dès 1957 Pierre Mendès-France à propos de l'Europe.

Pierre Mendès-France, discours prononcé à l’Assemblée nationale le 18 janvier 1957 : " Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme "providentiel", soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ".


Discours de Salvador Allende, prononcé à l'ONU, le 4 décembre 1972, http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4832 : “ Nous sommes face à un véritable conflit entre les multinationales et les États. Ceux-ci ne sont plus maîtres de leurs décisions fondamentales, politiques, économiques et militaires à cause de multinationales qui ne dépendent d’aucun État. Elles opèrent sans assumer leurs responsabilités et ne sont contrôlées par aucun parlement ni par aucune instance représentative de l’intérêt général. En un mot, c’est la structure politique du monde qui est ébranlée. Les grandes entreprises multinationales nuisent aux intérêts des pays en voie de développement. Leurs activités asservissantes et incontrôlées nuisent aussi aux pays industrialisés où elles s’installent. Notre confiance en nous-même renforce notre foi dans les grandes valeurs de l’humanité et nous assure que ces valeurs doivent prévaloir. Elles ne pourront être détruites ! ”



«[Tous ces traités internationaux comme l'ALENA] ont créé un ensemble de lois qui ont préséance sur les lois nationales, y compris sur celles touchant à la protection de l'environnement et à la santé. Les gouvernements renoncent ainsi à leurs souverainetés et à leurs droits d'établir des règles, des normes, des programmes sociaux, au profit des compagnies transnationales et des traités de commerce internationaux. En fait, ils n'ont qu'à dire "Quel dommage, bien sûr nous avons été élu sur la promesse de préserver nos programmes de santé, mais hélas les accords commerciaux nous ont forcé à les supprimer". » (Extrait sonore de « Le bien commun », documentaire de Carole Poliquin)


« Poussé jusqu’à un certain point, le libre-échange enlève toute autonomie au choix politique, et nous condamne en fait toujours à être tiré vers le bas. [...] Admettons deux pays qui ont des niveaux de productivité et d’efficacité économiques à peu près similaires; dans un pays, on décide d’appliquer des normes écologiques relativement strictes et des normes sociales avantageuses, et pas dans l’autre pays. Et ces deux pays sont unis par un traité de libre-échange. Que se passe-t-il ? Les produits qui viennent du pays qui s’est imposé des contraintes sociales et écologiques plus importantes vont perdre leur compétitivité par rapport à l’autre pays. Et si les consommateurs obéissent à la logique coût/qualité - ce qui est tout à fait normal, et en tant que consommateur je réagirais aussi de cette manière-là -, alors les consommateurs vont en quelques sorte dénoncer la décision politique qui aura été prise, parce qu’en choisissant massivement d’acheter les produits venant du pays qui n’a pas adopté ces réglementations, ils rendent ces réglementations intenables dans le pays qui les a adoptées, soit sous la forme de faillites d’entreprises, soit sous la forme de délocalisations. Vous savez, les faillites sont une forme de délocalisation, de la même manière que les délocalisations sont une forme de faillite, car les deux se complètent en fait. » (Jacques Sapir, http://dsedh.free.fr/transcriptions/Sapir153.htm)


« Si on introduit, à travers un système de libre-échange, la possibilité, pour des pays dont les niveaux de protection sociale et de salaires sont très bas, de déstabiliser ce choix politique en suscitant des délocalisations, cela revient à donner à d'autres personnes un droit de contrôle sur des décisions prises dans un autre cadre. Or personne n'admet dans une organisation que des individus qui n'en sont pas membres s'invitent à une réunion pour y voter. Il faut bien comprendre que ce potentiel de déstabilisation externe de choix politiques et sociaux est un phénomène tellement massif que psychologiquement la population va y réagir de manière extrêmement violente parce qu'elle se sent profondément dépossédée de son droit politique le plus fondamental : celui de décider de la forme d'impôt direct et indirect qu'elle paie et de son utilisation. » (Jacques Sapir, http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php)


« En forçant le trait, on pourrait affirmer que le « gouvernement économique » de l‘Europe se rapproche à s’y méprendre d’un despote éclairé qui, à l’abri des pressions populaires, chercherait le bien commun au travers de l’application d’une doctrine rigoureuse – le libéralisme -, supposée supérieure à toutes les autres en termes d’efficacité économique. La démocratie ne serait donc pas le système politique le mieux à même d’appréhender l’intérêt général ; elle placerait les gouvernements en position de vulnérabilité devant les pressions des populations en faveur de la redistribution. Le pouvoir a ainsi changé de mains. Les politiques ont préféré le confier à des agences indépendantes. (…) Mais il est vrai aussi que, dès l’origine, la construction européenne fut l’oeuvre d’une démocratie des élites, plutôt que de la démocratie tout court. Cependant les élites ont changé (…) aujourd’hui elles ont tendance à assimiler le bien public au marché. » (Jean Paul Fitoussi, La politique de l'impuissance, 2005, Arléa, p72)