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6.1.Etat et marché

Dernières modifications : 06.03.2007, 19:33

Parmi tant d'autres, deux visions s'opposent caricaturalement comme modèle d'organisation des sociétés actuelles : L'Etat et le marché. La première célèbre l'interventionnisme, la deuxième l’ordre spontané.


« Quand le marché est impliqué dans une prise de décision, il en résulte généralement une bonne décision parce que le marché est le lieu où s'exprime les investisseurs. » « Le marché est la somme d'innombrables jugements, des milliers de jugements sont posés par des experts, par des gens qui savent comment fonctionnent les entreprises. Et l'intérêt de tous ces investisseurs c'est d'augmenter la rentabilité de ces entreprises. » (Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


« Le libéralisme veut qu'on fasse le meilleur usage possible des forces de la concurrence en tant que moyen de coordonner les efforts humains. [...] Le libéralisme est basé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels.[…] La préservation de la concurrence n'est pas davantage incompatible avec un vaste système de services sociaux - tant que l'organisation de ces services n'est pas conçue pour rendre la concurrence inopérante. » (Friedrich A. Von Hayek, la route de la servitude, 1944, p33-34)


Voir l'article : 8.5.2.Epanouissement personnel

La pensée de marché, Acrimed : http://www.acrimed.org/article421.html

Pour les libéraux, l'Etat est considéré comme autoritaire, donneur d'ordre, même militaire. Il uniformise, broie les libertés, l'individu. Il sclérose la société, freine l’innovation. Il est archaïque, pas assez réactif, trop contraignant, et surtout il s’arroge le droit de faire payer des taxes. Quant au marché, il est considéré comme la somme des intérêts individuels qui s'autorégule par miracle, pour le bonheur de tous. Dans cette optique, toute nationalisation, tout service public est considéré comme un retour au communisme, à la collectivisation, à la planification autoritaire, une atteinte à la propriété privée. On n'aura de cesse de faire remarquer les erreurs des Etats forts du passé. On le comparera volontiers au national-socialisme allemand et au stalinisme. Il faut rappeler ici quelques éléments historiques. Après la crack boursier de 1929, l'idée d'un marché autorégulé pour le bonheur de tous a pris du plomb dans l'aile. Des idées comme celles de Keynes ont sauver le capitalisme en repensant le rôle de l'Etat, en lui donnant plus de pouvoirs. Une fois la Chine devenue communiste, le monde était majoritairement communiste ou keynésien. Les libéraux étaient minoritaires. Leurs discours n'étaient pas crédibles à l'époque étant donné les crises récentes. S'il y a une telle virulence et un tel extrémisme pour diaboliser toute intervention étatique, cela doit sans doute venir de cette période. Ils ont pris leur revanche et pourtant ils se présentent tout le temps en situation d'assiégés. Ils en veulent toujours plus. Mais paradoxalement, leurs méthodes pour arriver et rester au pouvoir sont les mêmes que celles qu'ils prétendent combattre : volontarisme, propagande, impérialisme, uniformisation.


Daniel Mermet : Vous parlez d'un léninisme de marché, vous n'êtes pas le seul. Vous faîtes des comparaisons entre cette avant-garde néolibérale et les techniques, les stratégies des bolchéviques ou des guérila marxistes ou d'extrême gauche.
Serge Halimi : Oui, absolument. Parce qu'il y a eu une volonté de la part des néolibéraux de créer les idées qui leur seraient favorables, qui seraient les plus favorables à leurs projets, de favoriser dans les universités, dans les médias l'expression d'idées qui seraient favorables à leurs projets.Tout ça n'est pas du tout né du hasard. Vous avez un ministre des finances américain qui dit dès les années 70, je le cite : "Le monde des affaires doit cesser de subventionner sans réfléchir les collèges et les universités dont les départements d'économie, de sciences politiques et d'histoire sont hostiles au capitalisme. Il faut également cesser d'investir dans les médias qui servent de relais aux opinions anti-capitalistes et reporter ces investissements vers des médias favorables à la libre entreprise."
Daniel Mermet : On est en quelle année là ?
Halimi : On est en 1973 ou 1974. Donc ce sont des gens qui ne laissent rien au hasard. Ils ne cessent de présenter le marché comme un phénomène naturel auquel il faudrait se soumettre. Souvenons-nous de la phrase de Chirac expliquant les licenciements à Vilvoorde en disant : "les licenciements c'est la vie. Moi j'ai connu des maréchaux-ferrands, il n'y en a plus. C'est la vie, ce n'est pas pour autant que le monde a régressé." Doncils présentent ça comme une situation presque naturelle, alors que c'est le produit d'une démarche très volontariste qui est entreprise à partir des années 40 et qui se déploie avec beaucoup de succès à partir des années 70. 2 ans avant l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, vous avez un des leaders de la droite américaine qui dit même, reprenant cette métaphore du volontarisme léniniste, du bolchévisme de marché, qui dis je le cite : "Nous devons suivre l'exemple des communistes, lorsqu'ils pénètrent dans un pays où les principales institutions, les médias, les organisations religieuses et les entreprises leur sont hostiles, ils installent une structure de guérilla qui leur permet de faire passer leurs informations. Nous sommes ici dans la même situation, les principaux instruments institutionnels sont contre nous : CBS, l'université Harvard, le New York Times, Pepsi-Cola et le congrès." Il y a une vision qui est presque paranoïaque là.
Mermet : Pepsi-Cola est une institution.
Halimi : Non seulement c'est une institution, mais c'est une institution hostile au capitalisme. Et c'est en quelque sorte le charme et ce qu'il y a d'effrayant chez ces gens-là, c'est qu'ils en veulent toujours d'avantage. Ils se présentent toujours dans la situation d'assiégé. (Entretien de Serge Halimi dans l'émission « Là-bas si j'y suis » du 20 décembre 2004, http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=568 )

QUELQUES AUTRES VISIONS


-L'Etat doit être souverain, garant de l'intérêt général, imposer des règles pour le bien commun en retirant des secteurs des lois du marché.
-Etat providence (sauf pour les exploités), paternaliste, qui fait de l'assistanat, qui déresponsabilise.
-Il n'y a pas d'indépendance, de neutralité du marché ni de l'Etat. Ils sont contrôlés par les dominants. C'est anti-démocratique, une dictature des marchés.
-La loi du profit n'établit pas de société harmonieuse.
-Le marché c'est le retour à la barbarie.


« Une société qui n'a pas la culture du long terme, c'est un marché de la jungle, c'est où le plus fort va éliminer le plus faible. » (Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


-L'Etat doit redistribuer les richesses.
-L'Etat, comme tout système hiérarchique, corromp les hommes par le biais du pouvoir.
-L'Etat fédéraliste.
-Etat garant d'une société construite en unités interdépendantes, démocratiques, où la production serait décidée par ceux qui la font.

« Le libéralisme sécuritaire glorifie l'État minimal pour ce qui relève des services rendus au public, de la redistribution, du contrôle de l'utilisation de la main-d’œuvre, et milite pour un État fort quand il s'agit de masquer, contenir ou réprimer les conséquences sociales de cette dérégulation du travail et de la détérioration de la protection sociale. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p76)


« Paul Douglas, qui enseigna en même temps que [Milton Friedman] l’économie à l’université de Chicago avant de devenir sénateur de l’Illinois, résuma il y a plus de vingt ans les certitudes de ses anciens collègues. Elles semblent avoir fait école : « Ils croyaient que les décisions du marché étaient toujours bonnes, et les valeurs du profit au-dessus de tout. Leur doctrine anti-interventionniste avait pour effet pratique de dégager la voie pour les grosses entreprises. Ils balayaient les inégalités de pouvoir, de savoir et de revenu, les réalités du monopole, du quasi-monopole ou de la concurrence imparfaite, en les traitant comme quelque chose de subalterne ou d’inexistant. Les opinions de mes collègues auraient ramené l’Etat à ses fonctions du XVIIIe siècle — justice, police et armée — dont j’estimais qu’elles étaient insuffisantes pour cette époque, et plus encore pour la nôtre. » ( Serge Halimi, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-11-30-Milton-Friedman)


« En résumant à sa manière martiale l'idéologie alors dominante du capitalisme d'État, Charles de Gaulle insista davantage sur le second terme que sur le premier: « Aujourd'hui, comme il en fut toujours, c'est à l'État qu'il incombe de bâtir la puissance nationale, laquelle, désormais, dépend de l'économie. Celle-ci doit être dirigée, d'autant mieux qu'elle est déficiente, qu'il lui faut se relever et qu'elle ne le fera pas moins qu'on la détermine. Tel est, à mes yeux, le principal motif des mesures de nationalisation, de contrôle, de modernisation, prises par mon gouvernement. Mais cette conception d'un pouvoir armé pour agir fortement dans le domaine économique est directement liée à l'idée que je me fais de l’Etat. » (Charles de Gaulle, « Le salut (1944-1946) », in Mémoires de guerre, Plon, Paris, 1999, p. 122.) C'était au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'économie libérale avait meilleure presse aux Etats-Unis, mais là aussi les souvenirs de la crise de 1929, survenue sans que quiconque ait pu y dénicher la main d'un malin étatique, inclinaient à une certaine compréhension pour le dirigisme. Quand la France obtint une fraction appréciable des crédits ouverts par le plan Marshall, la part du lion de ces aides américaines (42 %) fut d'ailleurs affectée à trois entreprises publiques: EDF, les Charbonnages et la SNCF. » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p35)


« Nous parlons d'appropriation sociale et non de nationalisation. C'est que nous devons intégrer le bilan des expériences passées et des évolutions en cours. Pour les bilans, il s'agit de la faillite de l'étatisme bureaucratique des pays de l'Est et de ce que les nationalisations effectuées dans les pays capitalistes ont révélé leurs insuffisances. L’appropriation sociale signifie ainsi au moins trois choses : elle ne se réduit pas à un secteur public, mais nous pensons que celui-ci en constitue le pilier central ; si le niveau national demeure aujourd'hui principal dans l'articulation du particulier et du général, il convient de donner plus d'importance à la propriété publique qui pourrait être définie aux niveaux infra et supranationaux et notamment, dans ce dernier cas, au niveau européen; enfin, l'appropriation sociale, même dans sa composante publique, ne saurait se limiter à un simple transfert de propriété. Il s'agit de donner à la société les moyens de contrôler et d'orienter son développement. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme , p99)


« En procédant à l'analyse détaillée du monopole exercé par le capital sur le pouvoir d'Etat, cette étude vise à dépasser les théories politiques aujourd'hui dominantes qui voient dans l'Etat une institution «neutre» destinée à balancer les intérêts du capital et ceux du monde du travail (thèse professée par la grande majorité des représentants de l'Etat et par l'intelligentsia journalistique), ou encore, une institution politique intervenant «abusivement» dans le prétendu libre jeu de l'économie de marché (thèse défendue par les partisans du « libéralisme » et les représentants des « forces vives » de la nation), ou enfin, une institution soumise aux diktats économiques, «victime» toute désignée des multinationales et des pressions de divers «lobbies» industriels et financiers (thèse partagée par une large fraction des opposants à la mondialisation et du mouvement syndical). Aucune de ces théories n'est à même de rendre compte, en réalité, du lien organique qui s'est tissé au fil des années entre l'appareil d'Etat et le capital. La problématique de la nature et du rôle de l'Etat dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler le Nouvel Ordre Mondial est d'une importance considérable pour l'avenir, à moyen et à long terme, du mouvement «alter mondialiste». Or, dans la configuration du système capitaliste, l'Etat n'est pas cet organisme idéalement destiné à endiguer la marée montante des puissances d'argent et du libéralisme sauvage» comme certains aiment à nous le représenter. (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p18)


29mai loi du marche
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