Téléchargement | Historique
-+
imprimer cette page exporter la page en PDF

6.Rôle de l'Etat

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:04



6.1.Etat et marché

Dernières modifications : 06.03.2007, 19:33

Parmi tant d'autres, deux visions s'opposent caricaturalement comme modèle d'organisation des sociétés actuelles : L'Etat et le marché. La première célèbre l'interventionnisme, la deuxième l’ordre spontané.


« Quand le marché est impliqué dans une prise de décision, il en résulte généralement une bonne décision parce que le marché est le lieu où s'exprime les investisseurs. » « Le marché est la somme d'innombrables jugements, des milliers de jugements sont posés par des experts, par des gens qui savent comment fonctionnent les entreprises. Et l'intérêt de tous ces investisseurs c'est d'augmenter la rentabilité de ces entreprises. » (Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


« Le libéralisme veut qu'on fasse le meilleur usage possible des forces de la concurrence en tant que moyen de coordonner les efforts humains. [...] Le libéralisme est basé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels.[…] La préservation de la concurrence n'est pas davantage incompatible avec un vaste système de services sociaux - tant que l'organisation de ces services n'est pas conçue pour rendre la concurrence inopérante. » (Friedrich A. Von Hayek, la route de la servitude, 1944, p33-34)


Voir l'article : 8.5.2.Epanouissement personnel

La pensée de marché, Acrimed : http://www.acrimed.org/article421.html

Pour les libéraux, l'Etat est considéré comme autoritaire, donneur d'ordre, même militaire. Il uniformise, broie les libertés, l'individu. Il sclérose la société, freine l’innovation. Il est archaïque, pas assez réactif, trop contraignant, et surtout il s’arroge le droit de faire payer des taxes. Quant au marché, il est considéré comme la somme des intérêts individuels qui s'autorégule par miracle, pour le bonheur de tous. Dans cette optique, toute nationalisation, tout service public est considéré comme un retour au communisme, à la collectivisation, à la planification autoritaire, une atteinte à la propriété privée. On n'aura de cesse de faire remarquer les erreurs des Etats forts du passé. On le comparera volontiers au national-socialisme allemand et au stalinisme. Il faut rappeler ici quelques éléments historiques. Après la crack boursier de 1929, l'idée d'un marché autorégulé pour le bonheur de tous a pris du plomb dans l'aile. Des idées comme celles de Keynes ont sauver le capitalisme en repensant le rôle de l'Etat, en lui donnant plus de pouvoirs. Une fois la Chine devenue communiste, le monde était majoritairement communiste ou keynésien. Les libéraux étaient minoritaires. Leurs discours n'étaient pas crédibles à l'époque étant donné les crises récentes. S'il y a une telle virulence et un tel extrémisme pour diaboliser toute intervention étatique, cela doit sans doute venir de cette période. Ils ont pris leur revanche et pourtant ils se présentent tout le temps en situation d'assiégés. Ils en veulent toujours plus. Mais paradoxalement, leurs méthodes pour arriver et rester au pouvoir sont les mêmes que celles qu'ils prétendent combattre : volontarisme, propagande, impérialisme, uniformisation.


Daniel Mermet : Vous parlez d'un léninisme de marché, vous n'êtes pas le seul. Vous faîtes des comparaisons entre cette avant-garde néolibérale et les techniques, les stratégies des bolchéviques ou des guérila marxistes ou d'extrême gauche.
Serge Halimi : Oui, absolument. Parce qu'il y a eu une volonté de la part des néolibéraux de créer les idées qui leur seraient favorables, qui seraient les plus favorables à leurs projets, de favoriser dans les universités, dans les médias l'expression d'idées qui seraient favorables à leurs projets.Tout ça n'est pas du tout né du hasard. Vous avez un ministre des finances américain qui dit dès les années 70, je le cite : "Le monde des affaires doit cesser de subventionner sans réfléchir les collèges et les universités dont les départements d'économie, de sciences politiques et d'histoire sont hostiles au capitalisme. Il faut également cesser d'investir dans les médias qui servent de relais aux opinions anti-capitalistes et reporter ces investissements vers des médias favorables à la libre entreprise."
Daniel Mermet : On est en quelle année là ?
Halimi : On est en 1973 ou 1974. Donc ce sont des gens qui ne laissent rien au hasard. Ils ne cessent de présenter le marché comme un phénomène naturel auquel il faudrait se soumettre. Souvenons-nous de la phrase de Chirac expliquant les licenciements à Vilvoorde en disant : "les licenciements c'est la vie. Moi j'ai connu des maréchaux-ferrands, il n'y en a plus. C'est la vie, ce n'est pas pour autant que le monde a régressé." Doncils présentent ça comme une situation presque naturelle, alors que c'est le produit d'une démarche très volontariste qui est entreprise à partir des années 40 et qui se déploie avec beaucoup de succès à partir des années 70. 2 ans avant l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, vous avez un des leaders de la droite américaine qui dit même, reprenant cette métaphore du volontarisme léniniste, du bolchévisme de marché, qui dis je le cite : "Nous devons suivre l'exemple des communistes, lorsqu'ils pénètrent dans un pays où les principales institutions, les médias, les organisations religieuses et les entreprises leur sont hostiles, ils installent une structure de guérilla qui leur permet de faire passer leurs informations. Nous sommes ici dans la même situation, les principaux instruments institutionnels sont contre nous : CBS, l'université Harvard, le New York Times, Pepsi-Cola et le congrès." Il y a une vision qui est presque paranoïaque là.
Mermet : Pepsi-Cola est une institution.
Halimi : Non seulement c'est une institution, mais c'est une institution hostile au capitalisme. Et c'est en quelque sorte le charme et ce qu'il y a d'effrayant chez ces gens-là, c'est qu'ils en veulent toujours d'avantage. Ils se présentent toujours dans la situation d'assiégé. (Entretien de Serge Halimi dans l'émission « Là-bas si j'y suis » du 20 décembre 2004, http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=568 )

QUELQUES AUTRES VISIONS


-L'Etat doit être souverain, garant de l'intérêt général, imposer des règles pour le bien commun en retirant des secteurs des lois du marché.
-Etat providence (sauf pour les exploités), paternaliste, qui fait de l'assistanat, qui déresponsabilise.
-Il n'y a pas d'indépendance, de neutralité du marché ni de l'Etat. Ils sont contrôlés par les dominants. C'est anti-démocratique, une dictature des marchés.
-La loi du profit n'établit pas de société harmonieuse.
-Le marché c'est le retour à la barbarie.


« Une société qui n'a pas la culture du long terme, c'est un marché de la jungle, c'est où le plus fort va éliminer le plus faible. » (Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


-L'Etat doit redistribuer les richesses.
-L'Etat, comme tout système hiérarchique, corromp les hommes par le biais du pouvoir.
-L'Etat fédéraliste.
-Etat garant d'une société construite en unités interdépendantes, démocratiques, où la production serait décidée par ceux qui la font.

« Le libéralisme sécuritaire glorifie l'État minimal pour ce qui relève des services rendus au public, de la redistribution, du contrôle de l'utilisation de la main-d’œuvre, et milite pour un État fort quand il s'agit de masquer, contenir ou réprimer les conséquences sociales de cette dérégulation du travail et de la détérioration de la protection sociale. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p76)


« Paul Douglas, qui enseigna en même temps que [Milton Friedman] l’économie à l’université de Chicago avant de devenir sénateur de l’Illinois, résuma il y a plus de vingt ans les certitudes de ses anciens collègues. Elles semblent avoir fait école : « Ils croyaient que les décisions du marché étaient toujours bonnes, et les valeurs du profit au-dessus de tout. Leur doctrine anti-interventionniste avait pour effet pratique de dégager la voie pour les grosses entreprises. Ils balayaient les inégalités de pouvoir, de savoir et de revenu, les réalités du monopole, du quasi-monopole ou de la concurrence imparfaite, en les traitant comme quelque chose de subalterne ou d’inexistant. Les opinions de mes collègues auraient ramené l’Etat à ses fonctions du XVIIIe siècle — justice, police et armée — dont j’estimais qu’elles étaient insuffisantes pour cette époque, et plus encore pour la nôtre. » ( Serge Halimi, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-11-30-Milton-Friedman)


« En résumant à sa manière martiale l'idéologie alors dominante du capitalisme d'État, Charles de Gaulle insista davantage sur le second terme que sur le premier: « Aujourd'hui, comme il en fut toujours, c'est à l'État qu'il incombe de bâtir la puissance nationale, laquelle, désormais, dépend de l'économie. Celle-ci doit être dirigée, d'autant mieux qu'elle est déficiente, qu'il lui faut se relever et qu'elle ne le fera pas moins qu'on la détermine. Tel est, à mes yeux, le principal motif des mesures de nationalisation, de contrôle, de modernisation, prises par mon gouvernement. Mais cette conception d'un pouvoir armé pour agir fortement dans le domaine économique est directement liée à l'idée que je me fais de l’Etat. » (Charles de Gaulle, « Le salut (1944-1946) », in Mémoires de guerre, Plon, Paris, 1999, p. 122.) C'était au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'économie libérale avait meilleure presse aux Etats-Unis, mais là aussi les souvenirs de la crise de 1929, survenue sans que quiconque ait pu y dénicher la main d'un malin étatique, inclinaient à une certaine compréhension pour le dirigisme. Quand la France obtint une fraction appréciable des crédits ouverts par le plan Marshall, la part du lion de ces aides américaines (42 %) fut d'ailleurs affectée à trois entreprises publiques: EDF, les Charbonnages et la SNCF. » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p35)


« Nous parlons d'appropriation sociale et non de nationalisation. C'est que nous devons intégrer le bilan des expériences passées et des évolutions en cours. Pour les bilans, il s'agit de la faillite de l'étatisme bureaucratique des pays de l'Est et de ce que les nationalisations effectuées dans les pays capitalistes ont révélé leurs insuffisances. L’appropriation sociale signifie ainsi au moins trois choses : elle ne se réduit pas à un secteur public, mais nous pensons que celui-ci en constitue le pilier central ; si le niveau national demeure aujourd'hui principal dans l'articulation du particulier et du général, il convient de donner plus d'importance à la propriété publique qui pourrait être définie aux niveaux infra et supranationaux et notamment, dans ce dernier cas, au niveau européen; enfin, l'appropriation sociale, même dans sa composante publique, ne saurait se limiter à un simple transfert de propriété. Il s'agit de donner à la société les moyens de contrôler et d'orienter son développement. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme , p99)


« En procédant à l'analyse détaillée du monopole exercé par le capital sur le pouvoir d'Etat, cette étude vise à dépasser les théories politiques aujourd'hui dominantes qui voient dans l'Etat une institution «neutre» destinée à balancer les intérêts du capital et ceux du monde du travail (thèse professée par la grande majorité des représentants de l'Etat et par l'intelligentsia journalistique), ou encore, une institution politique intervenant «abusivement» dans le prétendu libre jeu de l'économie de marché (thèse défendue par les partisans du « libéralisme » et les représentants des « forces vives » de la nation), ou enfin, une institution soumise aux diktats économiques, «victime» toute désignée des multinationales et des pressions de divers «lobbies» industriels et financiers (thèse partagée par une large fraction des opposants à la mondialisation et du mouvement syndical). Aucune de ces théories n'est à même de rendre compte, en réalité, du lien organique qui s'est tissé au fil des années entre l'appareil d'Etat et le capital. La problématique de la nature et du rôle de l'Etat dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler le Nouvel Ordre Mondial est d'une importance considérable pour l'avenir, à moyen et à long terme, du mouvement «alter mondialiste». Or, dans la configuration du système capitaliste, l'Etat n'est pas cet organisme idéalement destiné à endiguer la marée montante des puissances d'argent et du libéralisme sauvage» comme certains aiment à nous le représenter. (« Tous pouvoirs confondus », Geoffrey Geuens, 2003, p18)


29mai loi du marche
29mai loi du marche


6.2.Il n'y a pas d'alternatives

Dernières modifications : 17.03.2007, 21:17

Voir l'article : 11.4.3.Convergence droite/gauche

« Deux types inconciliables d'organisation sociale s'affrontent, en définitive, qu'on peut appeler, d'après leurs manifestations les plus caractéristiques : la société commerciale et la société militaire. Les termes ne sont pas très bien choisis puisqu'ils mettent l'accent sur des traits secondaires et cachent l'alternative essentielle. On pourrait les caractériser plus correctement en disant : Ou bien tout le choix et tout le risque appartiennent à l'individu ou bien il en est totalement dégagé. L'idée que nous nous faisons de l'armée approche le plus du deuxième type d'organisation sociale. » (Friedrich Von Hayek, la route de la servitude, 1944, p94)


« Evidemment, dans une société basée sur la concurrence, on peut tout avoir en y mettant le prix, mais souvent c'est un prix cruellement élevé. C'est là un fait dont on ne peut pas contester l'importance. Mais, la seule alternative possible, c'est l'obéissance aveugle à des ordres ou à des interdictions, ou, en fin de compte, la protection des puissants. » (Friedrich Von Hayek, la route de la servitude, 1944, p74)


Friedrich Von Hayek, un des penseurs du néolibéralisme, diabolise toute intervention de l'Etat, c'est une habitude. Il faut choisir entre la concurrence ou un régime dictatorial. Vu comme ça, finalement, ça ne nous laisse pas vraiment le choix, non ? On peut même dire que ce type de formule réductrice est en soi autoritaire et contredit le propos en nous enfermant dans un choix unique. De plus les faits montrent que les pays « libéraux » comme les U.S.A ou le Royaume-Uni ont toujours eu un petit faible pour la guerre. Comme quoi la notion de « liberté » invoquée, c’est vraiment un prétexte.

« C'est toujours la même rengaine : « il n'y a pas d'alternative ». Et cette rengaine est creuse et bien identifiée : le fameux « TINA » (« there is no alternative ») était justement le slogan favori de Margaret Thatcher. Or, les slogans ne sauraient tenir lieu de pensée, et cette manière répétitive et obsessionnelle de répéter qu'il n'est pas d'autre choix possible que le « oui » [au référendum sur le traité constitutionnel européen en France en 2005] relève de la pulsion mortifère, et révèle une grave démission de la pensée. A lire Morin, entre le Gosplan et l'ultralibéralisme sauvage, il n'y aurait donc pas d'espace ? Quel mépris pour tous ceux qui ne sont ni des communistes nostalgiques de Staline, ni des ultra-libéraux enragés comme ceux qui ont commis le Traité Constitutionnel Européen ! Quel mépris pour ceux qui souhaitent voir se réaliser des voies moyennes, intermédiaires, ou différentes. Et quel manque de lucidité historique et économique ! L'Histoire nous montre, à vaste échelle, que les systèmes complexes, hybrides, les voies moyennes, ont existé. Elle nous montre qu’elles ont été multiples, fondées sur des arrangements institutionnels et des solutions économiques variées. Entre mille exemples, que s'est-il donc passé en Europe pendant les Trente Glorieuses ? Nous étions loin du libéralisme débridé proposé par la Constitution. Pour autant, vivions-nous en union soviétique ? Et que dire du succès des pays Scandinaves, qui ne sont pourtant pas des satellites de la Corée du Nord ? En économie, il existe des dizaines d'Ecoles de pensée qui ne partagent pas les postulats et conclusions des ultra-libéraux. Et même au sein de la mouvance néoclassique proche de cette idéologie, il existe des différences. Même Maurice Allais, prix Nobel, proche de cette mouvance relativement libérale, a clairement pris parti pour le « non » à ce traité, justement parce que ce texte est bien trop libéral. » (D. Lang, 29 mai 2005, Au lendemain du non, la désillusion, ou l'espoir ? http://econon.free.fr/Lang.html)


« Les non-initiés seront sans doute également surpris d’apprendre que, pour qualifier les économies qui n’ont pas eu le bon goût de déréglementer totalement leurs marchés financiers, les économistes libéraux, à longueur de colloques ou dans les revues les plus sérieusement académiques, n’hésitent pas à parler de « répression financière ». Elle est devenue l’expression théorique consacrée par une science économique, de toute évidence parfaitement neutre, pour désigner ces contrées hostiles où de courageux investisseurs résistent à la dictature des non-marchés, car c’est bien connu, là où la déréglementation n’a pas triomphé il ne peut y avoir que le goulag. On aurait tort d’imaginer que ce sont là des égarements extrêmes et peu significatifs. Avec un formidable sens de l’à-propos, le Medef a en effet choisi le moment précis où la finance internationale part en lambeaux pour publier un rapport positivement intitulé Réussir la mondialisation (rapport au Medef, sous la présidence d’Antoine Jeancourt-Galignani, juin 2002) et dans lequel on peut, entre autres perles, lire ceci : « Le monde a fait l’expérience de l’anti-mondialisation pendant une grande partie du XXè siècle. Les souffrances et les misères provoquées par ces idéologie nationalistes ou collectivistes on été immenses. ». Au moins les choses sont-elles parfaitement claires : objecter à la « mondialisation », c’est prendre au choix le chemin du nazisme ou celui du stalinisme… Grâce au ciel, l’exceptionnelle rigueur intellectuelle des penseurs du Medef sait aussi regarder le bon côté des choses et, avec un sens de la formule qui ne laisse pas moins pantois, n’hésite pas à déclarer la mondialisation « globalement bénéfique ». Si l’on s’autoriserait les facilités de la pensée analogique, on serait tenté de se souvenir que la dernière fois qu’un système a été qualifié de « globalement positif », ça ne lui a pas porté bonheur. En rêvant un peu, on se prendrait à imaginer que, comme jadis, ce satisfecit des derniers apparatchicks du capitalisme libéral pourrait bien augurer de sa disparition prochaine … » (« et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p120-121-122)


A trop vouloir l’égalité, on prône le goulag
« Depuis la Théorie de la justice de John Rawls, l'équité a envahi le langage néolibéral en chassant l'égalité dont la passion – comme Hannah Arendt, Raymond Aron et François Huret ont cherché à nous l'apprendre – mène droit au goulag.» (Eric Hazan, « LQR la propagande au quotidien », p33)


Voter Non à l’Europe libérale, c’est être un fasciste, nationaliste, peureux, … Merci de la délicatesse et de la pédagogie !
Affiche comité de la gauche pour le OUI en diabolisant le NON
Affiche comité de la gauche pour le OUI en diabolisant le NON


Citations tirées de Oui-ouistes, PLPL, février 2005:
http://www.homme-moderne.org/plpl/n23/23.pdf

« Parlant cette fois des opposants au traité, Mme Martine Aubry leur reprocha un « populisme qui a conduit l’Italie d’autrefois à ce qu’on sait ». » (Médias en tenu de campagne européenne, Serge Halimi, http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HALIMI/12168)


« Le non « va consister à flatter les passions qui font une France réactive, conservatrice, étatiste, égalitariste, passions négatives et réactives, passions qui nous isolent et sur lesquelles on ne peut guère construire que du ressentiment. » (François Ewald, Les échos, 5.10.04) »


« Un "non" au référendum serait pour la France et l’Europe la plus grande catastrophe depuis les désastres engendrés par l’arrivée de Hitler au pouvoir. » (Jacques Lesourne, Le Monde, 19.9.92)


« En votant "non", nous donnerions un magnifique cadeau, sinon à Hitler, à Bismarck.» (Alain- Gérard Slama, Le Figaro, 18.9.92)


« En marge de la campagne électorale, le 15 février 2007, sur France 3, l’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï avait pour thème « L’entreprise rêve ou cauchemar » [http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=189&id_rubrique=80#2]. L’émission s’achève par la diffusion d’un documentaire relatant l’expérience autogestionnaire de LIP. On y voit le secrétaire général de la CFDT de l’époque, Edmond Maire, prendre la parole devant les salariés et parler « d’une nouvelle alternative démocratique à l’organisation du travail ». Sur le plateau, Thomas Coutrot, présenté sur le site de l’émission comme un « économiste de tendance marxiste », prend la parole : « [...] La démocratie peut aussi fonctionner dans l’entreprise et une expérience telle que LIP pourrait être expérimentée à grande échelle de nos jours... Je pense que l’utopie qu’il y a derrière, l’idée qu’un homme égale une voix, l’élection des dirigeants, l’idée qu’on peut gérer une entreprise de façon démocratique, elle est parfaitement valide aujourd’hui. Dans quelques dizaines d’années, on n’acceptera pas que des hommes, des capitalistes, sous prétexte qu’ils détenaient un paquet d’actions, puissent décider du sort des autres de cette façon-là comme autrefois les féodaux décidaient du sort de leurs paysans ». Gros plan sur le visage atterré de Christophe Lambert, ex patron de Publicis Conseil, présenté sur le site de l’émission comme « écrivain et philosophe ». Frédéric Taddeï lui passe ainsi la parole : « Alors, on a entendu le marxiste... (rires), le libéral maintenant ! ». Puis c’est le tour du pseudo sociologue Michel Maffesoli de prendre la parole. Après avoir déclaré que les propos de Coutrot étaient « surréalistes », l’« expert » expertise : « [...] dans le fond, l’utopie telle que nous la présente Monsieur (Il désigne Thomas Coutrot) peut aboutir à ce qu’étaient les grands camps de concentration, parce que c’était grandiose, c’était très beau, c’était la démocratie. » En deux phrases, « l’expert » vient d’« expliquer » que l’utopie de la gestion démocratique de l’entreprise mène tout droit aux camps de concentration, voire se confond avec eux. Que va dire Taddéï, dont un portrait pour le moins flatteur paru dans Libération du 16 février nous dit qu’il « pointe assez vivement la confusion victimaire et les abus de langage » ? Le « pointeur » n’aura pas ou ne prendra pas le temps de dénoncer un « abus ». Il laisse, en guise de conclusion de l’émission, Christophe Lambert remercier Michel Maffesoli pour cette « superbe intervention ». Deux libéraux comme on entend partout et un antilibéral, comme on en entend plus rarement : l’équilibre est respecté. » (Acrimed, Brèves de campagne 2007, http://www.acrimed.org/article.php3?id_article=2576)


Vouloir simplement réguler l’économie pour sauver l’environnement, c’est prôner un nostalgique Etat totalitaire :


Serge July : Je trouve votre démarche très légitime, et quand on évoque les solutions, je ne peux pas m'empêcher de penser à une économie planifiée. On voir la planification, oui je m'excuse quand je vous ai écouté tout à l'heure parler du circuit court [...].
Nathalie Kosciusko-Morizet : C'est un tropisme
July : Ca s'appelle une économie planifiée ça, je m'excuse
Christine Ockrent : Ca n'a pas marché d'ailleurs.
July : Je ne vois pas comment ça peut marcher autrement qu'en une économie planifiée.
[...]
Nicolas Hulot : En tout cas, on n'a jamais eu autant besoin de planification et on s'est dépossédé curieusement des instruments notamment [coupé]
July : Comme le disais dans son interpellation Christine Ockrent, ça renvoie à un Etat très puissant.
Hulot : Non.
July : Beaucoup plus puissant qu'il n'est aujourd'hui.
[...]
Hulot : Dans le mot planification on peut tout mettre, je pense qu'on a besoin de régulation. Simplement encore une fois parce qu'on peut le regretter, il y a les adeptes de l'ultralibéralisme et ceux qui sont contre. Mais, me semble-t-il ce débat est obsolète. Simplement encore une fois parce que nous sommes dans un monde clos et que dès lors il faut trouver un équilibre entre ce que la planète peut nous donner et ce que nous pouvons lui demander. Comment fait-on ? Ou on laisse les choses se réguler... voilà
July : Je ne sais pas comment on fait. Je vous écoute et j'entends un langage qui est celui effectivement un peu nostlagique de l'économie planifiée. (Le site de l’émission : http://france-europe-express.france3.fr/26266981-fr.php
, extrait sonore de France Europe Express du 26 Novembre 2006, avec Nicolas Hulot questionné par Serge July)


A propos du propagandiste ultralibérale Alain Gérard Slama : "On dirait un de ces vieux journalistes brejnéviens qui étaient effrayés par les conséquences de la Perestroïka et insultaient tout ce qui remettaient en cause leur système idéologique." (La décroissance, février 2007, p6)


En effet, selon Alain Gérard Slama : "Cette logique serait parfaite si l'État se souciait davantage de soutenir par ses subventions les associations qui retroussent leurs manches, et mènent des actions positives d'information et de soutien ; au lieu de laisser faire, voire d'encourager les groupes activistes réactionnaires d'extrême gauche, au fâcheux relent d'années 1930, qui bloquent la recherche et le progrès à grand renfort de commandos et de plaintes en justice. L'autre attitude, qui est celle des mouvements altermondialistes et écologistes, considère que l'effet de serre condamne le modèle capitaliste de développement et le système représentatif de la démocratie parlementaire. Ses moyens, inspirés du marxisme-léninisme, sont ceux du volontarisme révolutionnaire. Ils reposent sur l'interdiction, la planification en matière de production, de communication et d'urbanisme ; ils censurent les ­libertés de s'exprimer et de circuler, encadrent dans un réseau illimité de normes les modes de consommation et de comportement. À tous égards, la pensée écologiste, hantée depuis longtemps par la nostalgie d'un âge préindustriel et communautaire, est, avec les fondamentalismes religieux, l'avatar le plus dangereux des idéologies totalitaires du XXIe siècle." (Écologie : la tentation totalitaire, Le Figaro, 18 décembre 2006, http://www.redir.fr/gzti)


6.3.Contourner les démocraties

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:04

COUTOURNER LES "CONTRAINTES" SOCIALES DES ETATS = CONTOURNER LA DEMOCRATIE

" On aperçoit mieux alors le sens historique de ce qu'on pourrait appeler, les "politiques de la finance", politiques de la déréglementation des marchés de capitaux qui ont pour propriété, puis pour visée, de contourner les contraintes du contrat social national en passant par l'international. C'est qu'il est temps de faire revenir le salariat à sa condition de toujours, condition de dominé à laquelle il n'avait échappé qu'à la faveur d'une conjoncture historique exceptionnelle - la fin de la Seconde Guerre mondiale - évinçant les élites libérales compromises, et surtout installant des structures économiques renforçant le pouvoir de négociation du salariat. ( "Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p21-22)


" La mondialisation (…) est en partie un alibi, un discours rhétorique. Les gagnants, parce qu'ils savent que les dés de la destinée ont roulé en leur faveur, ne veulent plus participer au système de protection sociale, et plus généralement au financement des dépenses publiques. (...) La tutelle des marchés, le durcissement de la contrainte qui s'impose aux gouvernements nationaux, la réduction de leurs prétentions redistributives, sont autant d'éléments qui reviennent à modifier le système d'équité de nos sociétés, par un retour aux principes purs et par un effacement progressif du champ de la démocratie. Non seulement, la mondialisation accroît dans le système d'équité la part du marché et réduit celle de la démocratie, mais elle le fait au nom de l'efficacité du marché et d'un ordre supérieur à celui de la démocratie. C'est ce qu'il est convenu d'appeler l'impuissance du politique. Le changement du système d'équité ne procède pas en effet d'une décision politique - auquel cas il correspondrait au vœu des populations mais d'une contrainte exogène qui s'imposerait à la démocratie. La légitimation de cette contrainte serait l'efficacité largement discutable - mais elle conduit alors à inverser la hiérarchie normale des valeurs: l'efficacité d'abord et puis, à titre résiduel, la démocratie." (Fitoussi, « globalisation et démocratie », 2004, http://non.au.liberalisme.tripod.com/globalisation.et.democratie.pdf)


On nous avait pourtant prévenu, dès 1957 Pierre Mendès-France à propos de l'Europe.

Pierre Mendès-France, discours prononcé à l’Assemblée nationale le 18 janvier 1957 : " Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme "providentiel", soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ".


Discours de Salvador Allende, prononcé à l'ONU, le 4 décembre 1972, http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4832 : “ Nous sommes face à un véritable conflit entre les multinationales et les États. Ceux-ci ne sont plus maîtres de leurs décisions fondamentales, politiques, économiques et militaires à cause de multinationales qui ne dépendent d’aucun État. Elles opèrent sans assumer leurs responsabilités et ne sont contrôlées par aucun parlement ni par aucune instance représentative de l’intérêt général. En un mot, c’est la structure politique du monde qui est ébranlée. Les grandes entreprises multinationales nuisent aux intérêts des pays en voie de développement. Leurs activités asservissantes et incontrôlées nuisent aussi aux pays industrialisés où elles s’installent. Notre confiance en nous-même renforce notre foi dans les grandes valeurs de l’humanité et nous assure que ces valeurs doivent prévaloir. Elles ne pourront être détruites ! ”



«[Tous ces traités internationaux comme l'ALENA] ont créé un ensemble de lois qui ont préséance sur les lois nationales, y compris sur celles touchant à la protection de l'environnement et à la santé. Les gouvernements renoncent ainsi à leurs souverainetés et à leurs droits d'établir des règles, des normes, des programmes sociaux, au profit des compagnies transnationales et des traités de commerce internationaux. En fait, ils n'ont qu'à dire "Quel dommage, bien sûr nous avons été élu sur la promesse de préserver nos programmes de santé, mais hélas les accords commerciaux nous ont forcé à les supprimer". » (Extrait sonore de « Le bien commun », documentaire de Carole Poliquin)


« Poussé jusqu’à un certain point, le libre-échange enlève toute autonomie au choix politique, et nous condamne en fait toujours à être tiré vers le bas. [...] Admettons deux pays qui ont des niveaux de productivité et d’efficacité économiques à peu près similaires; dans un pays, on décide d’appliquer des normes écologiques relativement strictes et des normes sociales avantageuses, et pas dans l’autre pays. Et ces deux pays sont unis par un traité de libre-échange. Que se passe-t-il ? Les produits qui viennent du pays qui s’est imposé des contraintes sociales et écologiques plus importantes vont perdre leur compétitivité par rapport à l’autre pays. Et si les consommateurs obéissent à la logique coût/qualité - ce qui est tout à fait normal, et en tant que consommateur je réagirais aussi de cette manière-là -, alors les consommateurs vont en quelques sorte dénoncer la décision politique qui aura été prise, parce qu’en choisissant massivement d’acheter les produits venant du pays qui n’a pas adopté ces réglementations, ils rendent ces réglementations intenables dans le pays qui les a adoptées, soit sous la forme de faillites d’entreprises, soit sous la forme de délocalisations. Vous savez, les faillites sont une forme de délocalisation, de la même manière que les délocalisations sont une forme de faillite, car les deux se complètent en fait. » (Jacques Sapir, http://dsedh.free.fr/transcriptions/Sapir153.htm)


« Si on introduit, à travers un système de libre-échange, la possibilité, pour des pays dont les niveaux de protection sociale et de salaires sont très bas, de déstabiliser ce choix politique en suscitant des délocalisations, cela revient à donner à d'autres personnes un droit de contrôle sur des décisions prises dans un autre cadre. Or personne n'admet dans une organisation que des individus qui n'en sont pas membres s'invitent à une réunion pour y voter. Il faut bien comprendre que ce potentiel de déstabilisation externe de choix politiques et sociaux est un phénomène tellement massif que psychologiquement la population va y réagir de manière extrêmement violente parce qu'elle se sent profondément dépossédée de son droit politique le plus fondamental : celui de décider de la forme d'impôt direct et indirect qu'elle paie et de son utilisation. » (Jacques Sapir, http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php)


« En forçant le trait, on pourrait affirmer que le « gouvernement économique » de l‘Europe se rapproche à s’y méprendre d’un despote éclairé qui, à l’abri des pressions populaires, chercherait le bien commun au travers de l’application d’une doctrine rigoureuse – le libéralisme -, supposée supérieure à toutes les autres en termes d’efficacité économique. La démocratie ne serait donc pas le système politique le mieux à même d’appréhender l’intérêt général ; elle placerait les gouvernements en position de vulnérabilité devant les pressions des populations en faveur de la redistribution. Le pouvoir a ainsi changé de mains. Les politiques ont préféré le confier à des agences indépendantes. (…) Mais il est vrai aussi que, dès l’origine, la construction européenne fut l’oeuvre d’une démocratie des élites, plutôt que de la démocratie tout court. Cependant les élites ont changé (…) aujourd’hui elles ont tendance à assimiler le bien public au marché. » (Jean Paul Fitoussi, La politique de l'impuissance, 2005, Arléa, p72)


6.4.Réglementer le "laissez faire"

Dernières modifications : 23.02.2007, 21:08

« Le terme « liberté » est très positivement connoté. Tout ce qui est « libre » n’est pourtant pas bon. Les plus faibles méritent protection ; de nombreuses tâches d’intérêt commun, telles la préservation des droits des uns et des autres, ou celle de la planète, ne peuvent être prises en charge que collectivement. » (Attac - Les pièges du libre-échange - 26 09 2005 - http://www.france.attac.org/a5473)


« Ainsi, l’intégrisme libre-échangiste détruit – c’est son objectif même pas camouflé - la capacité des Etats à définir des politiques économiques autonomes répondant aux aspirations de leurs citoyens. D’innombrables traités bilatéraux, à l’initiative des Etats-Unis auxquels l’Union européenne (UE) emboîte désormais le pas, imposent ces nouvelles règles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) vise à rendre universelles. [...] Le laminage des souverainetés populaires – s’exerçant dans un cadre national ou supra-national – n’est pas tombé du ciel : il est le produit de décisions - parfois volontaires, parfois contraintes - de gouvernements théoriquement souverains. L’UE représente un cas d’école de ce mélange de démission délibérée des gouvernements et d’application, non moins délibérée, par ceux-ci des dogmes du néolibéralisme. Ce sont bel et bien les gouvernements, lors des conseils des ministres et des Sommets européens, qui mettent en oeuvre des orientations faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’alpha et l’oméga de la construction européenne. Ce sont ces mêmes gouvernements qui justifient ensuite ces orientations auprès des peuples, au nom de « contraintes » européennes qu’ils ont eux-mêmes créées. Notons au passage que les traités européens, et notamment le TCE rejeté par les peuples français et néerlandais, donnent au libre-échange des biens et des services et à la liberté de circulation des capitaux le statut de « libertés fondamentales »… » (Manifeste Attac 2007, http://www.france.attac.org/IMG/pdf/Manifeste_2007.pdf)


Jimmy Carter, démocrate, président des Etats-Unis en 1976, annonce la sentence :
« Ce n'est pas l'Etat qui peut résoudre nos problèmes [...]. Il ne peut pas fixer nos objectifs. Il ne peut pas définir notre vision. Il ne peut éliminer la pauvreté ou assurer l'abondance ou réduire l'inflation. Il ne peut pas sauver nos villes, lutter contre l'analphabétisme ou nous procurer de l'énergie. ... C'est au secteur privé et non à l'État qu'il convient de conduire l'expansion a l'avenir... En somme, nous ne pouvons pas diriger tout et tout le monde en même temps. » (cité dans Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p105)


Le paradoxe est là, le chef de l'Etat, pourtant élu pour gouverner, utilise son pouvoir, sa force, organise, créé des lois pour affaiblir le rôle de l'Etat au profit des ses petits camarades du privé.

«Polanyi [Karl] souligne le paradoxe : « C'est une affaire très compliquée que de rendre la "liberté simple et naturelle" d'Adam Smith compatible avec les besoins d'une société humaine. ... Des citadelles de l'ingérence gouvernementale ont été érigées dans l'intention d'aménager quelque liberté simple, comme celle de la terre, du travail ou de l'administration municipale. ... C'est ainsi que même ceux dont la philosophie tout entière exigeait la restriction des activités de l'État n'ont pu qu'investir ce même État des pouvoirs, organes et instruments nouveaux nécessaires à l'établissement du laisser-faire. » Même chose à l'échelle de la terre. On pouvait bien parler de commerce international, d'avantage comparatif, de libre-échange ; mais, « de plus en plus souvent, on ne remboursait que sous la menace d'une intervention armée ; de plus en plus souvent, les routes ne restaient ouvertes qu'avec l'aide de canonnières ; de plus en plus souvent, le commerce suivait le drapeau, cependant que le drapeau suivait les besoins des États envahisseurs : il devenait donc d'autant plus patent que les instruments politiques devaient être employés pour maintenir en équilibre l'économie mondiale ». Ces dernières années, la machine administrative et gouvernementale européenne a dû à son tour turbiner à plein régime pour fabriquer de la monnaie unique et du marche. Entré en vigueur en janvier 1994, l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) comptait près de 2 000 pages, fourmillant lui aussi de réglementations et d'interdits ; l'« acquis communautaire » que les nouveaux membres de l'Union européenne doivent incorporer à leurs lois et règlements nationaux comporte des dizaines de milliers de pages (décisions du Conseil européen, du Parlement européen, de la Cour de justice européenne, de la Direction générale de la concurrence, etc.). » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi)


« Ainsi va le double langage de la puissance publique à l’époque de la «mondialisation», vocable dont il faudra bien se séparer un jour si l’on veut se défaire des images de fatalité impersonnelle et de processus sans sujet qu’il charrie très opportunément. Car la « mondialisation » n’est pas cette force sans tête, et donc sans prise, qu’on nous propose aimablement de considérer dans sa positive nécessité. Pour une très large part, c’est le politique qui agit la « mondialisation », qui décide la libéralisation des marchés (aujourd’hui celui de l’énergie, demain celui de la santé, après-demain celui de l’éducation), mais pour se retrouver, en un désarmant mélange de machiavélisme et d’ingénuité, dans une situation qu’il a lui-même créée, et qui a pourtant objectivement la propriété de lui échapper complètement. (...) Que peut le politique aux diktats de la finance, gémit le politique ... après avoir installé la finance ? » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p23-24)


« Pour « naturelle » et « scientifique » qu'elle se proclame, l'utopie néolibérale n'aurait, au XIXe siècle, jamais survécu sans les brassières de l'intervention publique. Avant de pouvoir s'imposer, les lois de la gravitation capitaliste nécessitaient qu'on créât pour elles les conditions de l'apesanteur. Ce serait la mission de... l'État ! » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi)


Exemple du sauvetage d'Alcatel par l'Etat :
« Réclamer puis dénoncer, exiger une chose et son contraire, la finance sait faire et pas seulement en matière de dette. Le fait est que, du conglomérat hérité de l’ancienne Compagnie générale d’électricité, juxtaposant téléphonie, construction électrique, nucléaire, câbles et bien autres choses encore, Serge Tchuruk (P.DG d’Alcatel depuis 1995) n’a gardé que les télécommunications en se débarrassant de tout le reste. C’est exactement ce que la finance lui demandait, elle qui ne désire rien tant que d’avoir à faire à une population de firmes mono-métier. [...] Cet Etat qui, c’est bien connu « étouffe les énergies » et « tue l’esprit d’entreprise », « étrangle » les prélèvements et ne fait jamais rien comme il faut, est appelé à la rescousse car la prodigieuse rationalité des agents économiques a eu comme un raté. Serge Tchuruk [P.DG d’Alcatel depuis 1995], sans mollir, conseille donc aux pouvoirs publics, ordinairement priés de se faire oublier quand les profits rentrent et que les dividendes coulent à flot, d’avoir de nouveau « un rôle à jouer »... «Il n’est pas question de réclamer des subventions », grands dieux non, on n’est pas des assistés, « mais ils (les pouvoirs publics) pourraient relancer des investissements créateurs de valeur pour l’ensemble de l’économie ». (Interview de Serge Tchuruk, Le Monde, 22-23 septembre 2002.) [...] Mais au fait, le Tchuruk du Medef qui vilipende l’Etat fiscaliste sait-il que le gouvernement n’imprime pas des petites coupures dans ses sous-sols pendant la nuit et que c’est bien, oui, avec des impôts que se payeraient la relance des télécoms par la dépense publique qu’il appelle de ses voeux pour le sortir de la déconfiture. » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p49-50-52-53)


« Mais voilà belle lurette que les esprits d’Etat ont perdu les moyens intellectuels et même, serait-on tenté de dire, psychiques, d’être ce qu’ils devraient être, et n’aspirent plus qu’à se conformer à la sagesse du marché et à en recevoir les satisfecit. De fait, la honte d’elles-mêmes – c’est-à-dire de ne pas être privées – qui saisit les élites publiques a pris de telles proportions que le concept même d’entreprise nationalisée du secteur concurrentiel en a été vidé de son sens : on gère l’héritage de l’histoire, parce qu’il est là, mais pour rien au monde on ne voudrait contrarier la vérité du capitalisme, et dans « entreprise publique », c’est surtout « entreprise » qui doit compter – « publique » est prié de se faire oublier. Cette démission ne date pas d’hier, on peut la faire remonter à 1984 et l’attribuer, comme beaucoup d’autres, au socialisme de gouvernement. Période décidément propice aux grands virages puisque, entre 1983 (la désinflation compétitive) et 1986 (la déréglementation financière), Laurent Fabius (déjà) trouve un créneau pour commander aux entreprises nationalisées de se conformer aux modèles du privé et de n’avoir plus pour objectif que la maximisation du profit. » ( « et la vertu sauvera le monde ... », Frédéric Lordon, 2003, p46)


6.5.La "liberté" par la répression

Dernières modifications : 30.11.2007, 09:49

Voir l'article : 12.L'ordre insécuritaire

PieceNow, image prise du documentaire The Weather Undergound, Sam Green, Bill Spiegel, 2003
PieceNow, image prise du documentaire The Weather Undergound, Sam Green, Bill Spiegel, 2003


« Nul n'a fait davantage que Pinochet et ses conseillers pour démontrer la supériorité de l'économie de marché sur le socialisme.» (17 janvier 2000, robert J. Barro , professeur d'économie de Harvard, dans Business Week. (p209)) [...] l'ensemble des politiques menées depuis les années 80 au nom de la "liberté" ont comporté leur lot de mesures coercitives. [...] L'action des Etats-Unis au service de régimes militaires plus ou moins tyranniques eut une conséquence politique majeure favorisant l'internationalisation du néolibéralisme qui nous occupe. (..)"Le triomphe du néolibéralisme et de son nouveau projet économique, résume l'universitaire brésilien Emir Sader, ne peut être séparé du démantèlement de la gauche par les dictatures. Avec sa longue tradition de luttes pour les droits économiques et sociaux et son histoire de démocratie politique, le Chili n'aurait servi de fer de lance à ce projet sans la violente répression menée par le général Pinochet, qui détruisit toute l'ossature ayant fait de ce pays une référence latino-américaine et même mondiale. » (Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004, p214, p353)


Un résumé : http://abel.jerome.free.fr/ressources/1973_Chili.pdf

Sur le Chili:
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article483
http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/chili

Les bons amis


Jean Paul II et Augusto Pinochet
Jean Paul II et Augusto Pinochet


Margaret Thatcher et Augusto Pinochet
Margaret Thatcher et Augusto Pinochet


« Elus démocratiquement, Jacobo Arbenz, au Guatemala, João Goulart, au Brésil, Juan Bosch, en Réoublique dominicaine, ou Salvador Allende, au Chili, pour ne citer que quatre cas parmi les plus célèbres, furent renversés - respectivement en 1954, 1964, 1965 et 1973-, par des coups d'Etats militaires soutenus par Washington, pour empêcher la réalisation de réformes structurelles dans des sociétés inégalitaires. Réformes qui auraient affecté les intérêts des Etats-Unis et qui - c'était l'époque de la guerre froide (1947-1989) - auraient pu entraîner une modification des alliances que Washington refusait de consentir. Dans ce contexte, une seule expérience de gauche a réussi à survivre : celle de Cuba. Mais à quel prix! La Havane a dû surmonter, entre autres épreuves, un assaut de mercenaires appuyés par les Etats-Unis (baie des Cochons, 1961), un embargo commercial dévastateur maintenu unilatéralement par Washington depuis quarante-cinq ans, bras de fer diplomatique et militaire (la crise des fusées d'octobre 1962 qui porta le monde au seuil d'une guerre atomique, et des attaques terroristes constantes (ayant causé quelque trois mille morts et dégâts évalués à des milliards de dollars) (Deux des terroristes anticubains les plus notoires, MM. Luis Posada Carriles et Orlando Bosch, agissant pour le compte de la Central Intelligence Agency (CIA), auteurs, entre autres, d'un attentat en vol contre un avion de ligne cubain qui fit soixante-treize morts le 6 octobre 1976. continuent de bénéficier, en Floride où ils résident, de la protection des autorités américaines, qui refusent de les juger ou de les extrader.). Epreuves qui n'ont pas empêché le régime de réaliser de considérables avancées (en matière d'éducation, de santé publique et de solidarité internationale, notamment), mais qui l'ont contraint à se durcir plus que nécessaire et à privilégier pendant plus de vingt, pour échapper à un isolement politique et à un étranglement économique fomentés par les Etats-Unis, une alliance peu naturelle avec la très lointaine Union soviétique, dont la disparition soudaine en 1991 a entraîné de nouvelles difficultés. Hormis cette exception cubaine, toutes les autres tentatives démocratiques de changer les structures de la propriété ou de distribution plus justement les richesses de ce continent ont été brutalement interrompues.

Pourquoi ce qui n'a pas été consenti durant des décennies est-il aujourd'hui accepté? Pourquoi une vague rose et rouge peut-elle recouvrir tant d'Etats sans être stoppée comme naguère? Qu'est-ce qui a donc changé? En premier lieu, une donnée majeure : l'échec, dans l'ensemble de l'Amérique latine, des expériences néolibérales parfois très radicales qui ont marqué les années 1990. Dans de nombreux pays, ces politiques se sont traduites par un pillage éhonté, l'appauvrissement massif des classes moyennes et populaires, la destruction de pans entiers de la fragile industrie nationale, et finalement par la révolte des citoyens. En Bolivie, en Equateur, au Pérou et en Argentine, de véritables insurrections civiques ont provoqué le renversement de présidents élus démocratiquement mais qui considéraient qu'ayant gagné l'élection ils disposaient d'une carte blanche pour agir à leur guise et, éventuellement, trahir le programme proposé aux électeurs. A cet égard, la révolte populaire en Argentine du 21 décembre 2001 qui entraîne le départ du président Fernando de la Rua, et surtout l'effondrement des politiques néolibérales appliquées de 1989 à 1999 par M. Carlos Menem, est en quelque sorte l'équivalent pour ce continent de ce que représenta, pour l'Europe, la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, soit le refus définitif d'un modèle dogmatique, arrogant et antipopulaire.

AUTRE DONNÉE FONDAMENTALE : « parrains» de cette région considérée comme leur «arrière-cour», les Etats-Unis ont dévié depuis la guerre du Golfe de 1991 et plus encore depuis le 11 septembre 2001, l'essentiel de leurs préoccupations géopolitiques vers le Proche et le Moyen-Orient, où se trouvent le pétrole et leurs principaux ennemis actuels.
Cette «distraction» a favorisé l'éclosion, en Amérique latine, de tant d'expériences de gauche, et leur a sans doute empêché d'être vite étouffées. Une chance dont les dirigeants feraient bien de se saisir pour accélérer enfin les réformes que la population attend depuis si longtemps. » (Age d'or, Ignacio Ramonet, Manière de voir 90, Amérique latine rebelle, http://www.monde-diplomatique.fr/mav/90/ )


CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca
CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca


sur Oaxaca :
http://abel.jerome.free.fr/ressources/OAXACA_CQFD.pdf
http://www.cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=1150 : chronologie
http://risal.collectifs.net/mot.php3?id_mot=778
http://www.dailymotion.com/farennes/1 : vidéo en 8 parties
http://www.dailymotion.com/group/2745/video/xmoe2_oaxaca-histoire-dune-insurection
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1049
http://cspcl.ouvaton.org/

« Il existe aujourd'hui, dans un monde dominé par la lâcheté, la résignation et la servitude volontaire, une ville et une région résolues de résister à un gouvernement local et mondial qui ne connaît d'autre loi que celle de la corruption et du profit. Depuis plusieurs mois, la population d'Oaxaca refuse les diktats d'une administration corrompue, qui n'hésite pas à tuer les opposants à sa politique de malversation. Le mouvement n'a cessé de se développer et a donné naissance à une Assemblée populaire, encore noyautée par la vieille politique clientéliste, mais qui s'oriente de plus en plus vers un refus de tout pouvoir et vers une priorité: améliorer la vie quotidienne des enfants, des femmes et des hommes. [...] Commune de Paris et des collectivités andalouses, aragonaises et catalanes des années 1936-1938. Ce qui se passe à Oaxaca est un espoir pour tous ceux qui désespèrent d'accéder à une existence digne de ce nom, sous le joug du capitalisme financier réduisant la vie et l'environnement à une marchandise. Souvenons-nous! C'est une prise de conscience mondiale qui a aidé le mouvement zapatiste encore fragile à échapper à la répression du gouvernement et de son armée, en janvier 1994 et en février 1995. Ce que les zapatistes ont réussi pour les communautés paysannes indigènes du Chiapas, la population d'Oaxaca est en train de le tenter en milieu urbain. L'enjeu est considérable. Faisons en sorte que se conforte la chance d'instaurer la Commune d'Oaxaca, car cette chance est la nôtre, celle de l'émancipation existentielle et sociale qui nous tient à coeur. » (En toute autonomie individuelle, Raoul Vaneigem le 26 novembre 2006, cité dans CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca)


« Nous avons pu nous rendre compte au cours de tous ces événements que l'État organisait une véritable mise en scène du conflit. Face à un mouvement social qui avait des revendications précises à faire valoir, l'État a répondu par une mise en spectacle d'un affrontement tragique, mise en spectacle qui avait évidemment des conséquences terribles pour les gens (nous en sommes sans doute à plus de 20 morts, tous du côté de l'Appo). L'État traduisait un mouvement social complexe en scènes de violence, en images choc. Le message est clair - tout mouvement social engendre la terreur - et s'adresse à la partie molle et soumise, à la partie décomposée de la société. L'État joue sur deux tableaux à la fois: d'un côté, il est celui qui organise le spectacle de la violence et à cette fin il doit, d'une façon plus ou moins clandestine, user de moyens terroristes; de l'autre, il se présente comme celui qui met fin à la violence par l'exercice d'une terreur légitime. La terreur de l'État est présentée comme légitime parce qu'elle met fin à une violence sociale, dont l'Etat avait au préalable organisé la représentation. Où est le droit? Il n'y a pas de droit dans cette affaire, ou alors seulement comme justification du terrorisme d'État par la mise en scène d'une paix sociale rompue par les insurgés. Il faut reconnaître que l'Etat janus a joué sa partition avec un certain brio: la tâche d'organiser le spectacle de la violence par des moyens terroristes est revenue à Ulises Ruiz et à ses hommes de main, en l'occurrence la police de l'État d'Oaxaca, habillée en civil, ce sont eux qui ont constitué les escadrons de la mort, qui ont assassiné en toute impunité et mis le feu à certains bâtiments publics ou autres au cours de l'opération du 25 novembre dite opération hierro; la tâche de mettre un terme à la violence en faisant usage d'une terreur légitime, après la mise en scène du dialogue et du droit, revenait au ministre de l'Intérieur du gouvernement fédéral, avec l'aide de la police fédérale préventive, en uniforme cette fois-ci. » (George Lapierre, bien le bonjour d'Oaxaca, CQFD hors-série, janv-fevr 2007, La libre commune d'Oaxaca, p21)


« La Bolivie a cherché un refinancement pour son réseau d'eau potable et la Banque Mondiale a demandé sa privatisation. C'est ainsi que la société Bechtel a obtenu le contrôle de l'eau de Cochabamba, même de celle qui tombe du ciel. Ces lois interdisaient aux gens de ramasser l'eau de puie. Elle aussi était privatisée. [...] Scandant le slogan : « L'eau est à nous ! », les gens sont descendus dans les rues pour manifester. [...] Les gens voulaient de l'eau, pas du gaz lacrymogène, que justice soit faite, pas qu'on leur tire dessus. [...] Plus la population s'opposait à la privatisation, plus leurs opposants [le gouvernement] étaient virulents. Des centaines de jeunes de 16, 17 ans ont perdu des bras ou des jambes où ont été handicapés à vie suite à des lésions cérébrales. Et Victor Hugo Daza est mort. » (Oscar Olivera, Coalition in Defense of Water and Life, dans le documentaire The Corporation, 1:40:52, Mark Achbar, Jennifer Abbott, 2003, http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Corporation)


6.6.Monopoles publics / privés

Dernières modifications : 06.03.2007, 19:39

On somme les Etats de suivre le dogme de la concurrence, d'ouvrir ses marchés, de libéraliser, de privatiser ses services publics. Or, derrière le discours angélique sur cette fameuse "libéralisation" de nos économies sclérosées par un Etat tout-puissant, on se rend compte finalement, que la "libre" concurrence n'amène pas la diversité, mais la constitution de monopoles privés surpuissants, à travers leurs vastes réseaux d'entreprises sous-traitantes et dépendantes.

>> voir aussi sur la privatisation des services publics :
"Quelque chose de notre histoire", de Jean Druon :
http://nonautraite.free.fr/index.php?page=11.php

« Une autre leçon est qu'il est faux qu'au démantèlement des monopoles publics succède durablement la concurrence. La concentration et la centralisation sont des tendances fondamentales du capital. Dans tous les secteurs libéralisés, au monopole public succède un moment de concurrence rapidement suivi de l'élimination des plus faibles, du renforcement des survivants, d'une vague de fusions et de la constitution de monopoles ou d'oligopoles privés. On a alors les inconvénients du monopole (parce qu'il y en a), plus la réduction de la capacité d'action publique, plus l'extension du domaine du profit. » (Copernic, Diagnostics pour sortir du libéralisme - p97)


A propos de la fusion EDF-GDF : « Le client qui fera le choix de changer de fournisseur continuera d'être alimenté par le même site de production et le même réseau de distribution. Cette concurrence est donc virtuelle. Elle ne vise en fait qu'à répondre aux exigences de profits des multinationales privées.» (plaquette d'information CGT : EDF-GDF 100% public)


« Cette concentration croissante ne relève pas d'un « complot », même si le déséquilibre entre le pouvoir conquis par les dirigeants de ces géants mondialisés et celui des instances politiques restées très localisées pose de graves problèmes. Elle résulte d'abord d'une profonde logique économique : contrairement à ce que prétendent les libéraux, la concurrence coûte très cher et le monopole ou l'oligopole sont de plus en plus souvent le moyen le plus efficace de produire et de distribuer un bien ou un service. La concurrence suppose en effet de multiplier les frais commerciaux pour atteindre les clients. Elle impose un gaspillage énorme dans les secteurs intenses en recherche et développement : de multiples équipes travaillent en parallèle sur les mêmes sujets, mais une seule trouve et dépose un brevet. Résultat : les autres ont travaillé en vain. Enfin, dans un marché véritablement concurrentiel, il est impossible de réguler correctement l'investissement : on oscille constamment entre excès de capacité et sous-investissement. » (Alternatives économiques – Hors série - Capitalisme - p34)


« Les tenants du libéralisme devant reconnaître un certain nombre d'échecs se cramponnent habituellement au secteur des télécommunications comme exemple de réussite. Mais celui-ci est loin d'être convaincant. Du point de vue de l'usager, le bilan est contrasté. Bien que l’opacité tarifaire soit désormais de mise il est vrai que les gros usagers, notamment les entreprises sont gagnants. En revanche il est aussi certain que la situation des petits usagers s'est fortement dégradée pour le téléphone fixe principalement en raison de l'augmentation de l'abonnement. [...] Dans le domaine de l'eau [...], une enquête de 1996 révélait que les prix pratiqués par les opérateurs privés dépassaient en moyenne de 28% ceux des régies publiques. Le rapport 1997 de la Cour des comptes était sans ambiguïté: « La hausse des prix est bien à mettre en relation avec la privatisation ».[...] Regardons du côté des pays promoteurs de ces politiques. En Grande-Bretagne, c'est connu, le chemin de fer privatisé est un désastre. C'est une sorte d'exploit, car la privatisation avait été précédée d'une longue politique d'abandon du chemin de fer public dont le service était déjà déplorable. La privatisation a réussi à faire pire. La Grande-Bretagne a le réseau le plus lent, le plus dangereux et le plus cher d'Europe. Elle ne possède aucun train à grande vitesse et les passagers paient en moyenne 6o% plus cher qu'en France. La série noire des accidents mortels depuis 1997 a obligé le gouvernement britannique à débloquer 37,5 milliards d'euros, au mois de juillet, pour sauver ce qui reste des infrastructures ferroviaires. Voilà pour les économies budgétaires. Dans le même pays, la poste a été privatisée en 2001. Elle prévoit la suppression de 30000 emplois et la fermeture de milliers de bureaux à la campagne et dans les villes. Rentabilité oblige. Autre initiative spectaculaire, sa tentative de faire payer 14 £ par semaine (!) ceux qui reçoivent moins de 20 lettres par jour et souhaitent avoir leur courrier avant 9 heures le matin. La perte des lettres et colis est en progression spectaculaire.[...] Aux États-Unis, la crise de l'électricité en Californie a été l'incroyable résultat de la libéralisation. Contrairement à l'idée répandue, ce ne fut pas une crise de sous-production qui mettrait déjà en évidence une carence majeure. Il est maintenant établi que les producteurs se sont entendus pour réduire leur production d'électricité afin de faire monter les prix. Les multiples régulateurs et autorités de contrôle n'y ont rien changé. C'est dans le secteur électrique aussi qu'a éclaté la faillite retentissante d'Enron en décembre 2001. C'était une entreprise énergétique particulière qui correspond à une étape supérieure de la libéralisation. Enron était seulement un courtier, achetant et vendant de l'électricité sur un « marché spot». C'est ce type de marché que l'autorité de régulation française a décidé de mettre en place en France sans autorisation législative. En quelques années Enron s'était hissée au septième rang des entreprises américaines, recevant les louanges unanimes . Elle a inauguré la longue série des affaires de comptes truqués et de spoliation des petits actionnaires et des salariés.»(Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p92-93-94-95)


« Pour obtenir facilement le consentement de l'opinion pour la privatisation des services publics, la stratégie la plus souvent utilisée consiste à organiser préalablement le sabotage des services publics, afin que leur inefficience puisse servir de prétexte à leur privatisation. Cette stratégie a été massivement appliquée dans les secteurs de la santé et de l'éducation. Voici ce que l'on peut lire à propos de l'éducation publique dans un document de l'OCDE, l'organisation des Maîtres du Monde qui est également à l'origine de l'AMI: "Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangeureux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population." (Cahier de politique économique" n°13 de l'OCDE) » L'AGCS, Vers la privatisation totale des services publics, http://www.syti.net/AGCS.html


" Le projet de fusion entre Suez et GDF fait bouillir Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie : « Primo, c’est inutile et stupide, confie-t-il. La France a un bon système, juste, à bas prix, efficace et très fiable. S’il n’est pas cassé, pourquoi le réparer ? Deuxio, confier la gestion d’un parc nucléaire à du privé est très problématique ; y aura-t-il la même vigilance, le même investissement ? On a vu ce qui s’est passé aux Etats-Unis quand on a dérégulé notre secteur de l’énergie... Tertio, si la France a une telle réussite dans l’énergie, c’est qu’il y a un "Etat d’esprit public" qui attire des gens qualifiés. Ouvrir la voie à la privatisation, c’est se priver, pour le gouvernement, de marge de manoeuvre dans un secteur si sensible. » (France Inter, 8 h 20. mardi 12 septembre 2006, http://collectifnord91.lautre.net/index.php?page=actualites&id=144)


" La France a consacré 6,9% de son PIB à l'éducation en 2005, contre 7,6% dix auparavant, indique une note du ministère de l'Education.[...] Une évolution qui prépare mal l'avenir si l'on estime que le niveau de qualification de la main-d’œuvre est l'un des éléments clés de la compétitivité du pays." (Alternatives économiques, Janvier 2007, p26)


" La France comptait encore un peu plus de 1100 entreprises publiques à la fin 2005, indique l'Insee. Elles employaient 4% de l'effectif salarié total, contre 10,5% en 1985. Les dix première entreprises publiques rassemblent à elles seules, plus de 75% du total des effectifs." (Alternatives économiques, Janvier 2007, p68)


" Je défendrai le service public [...] J’agirai pour rééquilibrer la construction européenne qui ne doit pas se réduire à un marché [...] Je ne laisserai pas privatiser EDF et GDF “. Telles sont les promesses que le candidat à l’élection présidentielle de 1995, Lionel Jospin, adresse au personnel d’EDF et de GDF le 18 avril 1995.
Deux ans se sont à peine écoulés lorsque le Premier Ministre, Lionel Jospin donne son accord au projet de “Directive gaz” qui doit être adoptée en juin 1998. Cette directive prévoit la fin des monopoles nationaux et la libéralisation du marché du gaz européen. […] Devenu Premier Ministre, celui qui devait “agir pour rééquilibrer la construction européenne” se montre pusillanime. Si la directive sur l’électricité fut adoptée par le gouvernement Juppé, celle sur le gaz est avalisée sans autre forme de procès par le gouvernement Jospin. Présentée comme “nécessaire” l’abolition des monopoles publics a une raison d’être des plus triviale et se résume en deux chiffres. 150 milliards d’€ de chiffre d’affaire annuel pour l’électricité et environ 100 milliards pour le gaz. On comprend aisément que pour des entreprises telles que SUEZ, les directives européennes sont tout à la fois nécessaires et urgentes. D’ailleurs Gérard Mestrallet, PDG de SUEZ figure parmi les 45 membres de la très puissante Table Ronde des Industriels Européens (ERT) qui, depuis l’arrivée de Jacques Delors à la présidence de la Commission, dicte les orientations de la construction européenne afin de réduire “l’excessive interférence des gouvernements” dans les affaires de l’Union. “L’ERT discute de ses objectifs avec les commissaires européens, le conseil des Ministres et le parlement européen”. “ Tous les six mois, l’ERT rencontre le chef du gouvernement du pays qui prend la présidence européenne, afin de discuter des priorités”. La discussion sur la libéralisation du marché de l’énergie fut fructueuse et aboutit aux deux directives. Bien entendu celles-ci ne sont qu’une première étape du processus. D’autres directives beaucoup plus contraignantes sont déjà programmées. C’est dans une Europe ourlée de rose - 11 pays sur 15 sont sociaux démocrates- que le Portugal prend la présidence de l’Union au début de l’année 2000. Antonio Guterres, premier Ministre et Président de l’Internationale Socialiste invite le Baron Daniel Janssen, PDG de la firme Solvay et membre de l’ERT, à la préparation du Conseil Européen de Lisbonne du mois de mars. De cette concertation naît un programme incroyablement réactionnaire, connu sous le nom d’”Agenda de Lisbonne”. “Le sommet européen de Lisbonne entérine une vision libérale de l’avenir de l’Europe, Lionel Jospin estime que le secteur public doit s’adapter” titre Le Monde. “ Jacques Chirac et Lionel Jospin ont finalement accepté que les conclusions du sommet soulignent la nécessité d’accélérer la libéralisation dans des secteurs tels que le gaz, l’électricité, la poste et les transports” renchérit La Tribune. Tandis que José Maria Aznar se réjoui “qu’un vent libéral souffle sur l’Europe”, Tony Blair constate que “ce sommet a été l’un des moins conflictuels. Le consensus s’est fait sans difficultés sur 95% des sujets”. Quelques jours plus tard, dans un communiqué, le patronat européen se félicitera que “dans l’Agenda de Lisbonne, toutes les priorités de l’ERT ont été adoptées au niveau politique”.
Toutefois la privatisation des services publics de l’énergie est une affaire délicate et, malgré les remontrances de Bruxelles, certains Etats tardent à transposer en droit national les fameuses directives. “ Nous savons ce que nous devons faire, mais nous ne savons pas comment nous y prendre pour gagner les élections après l’avoir fait” avouera Jean-Claude Junker, premier ministre luxembourgeois, à la Commission. L’ERT finit par s’agacer de la lenteur de la mise en oeuvre de l’Agenda de Lisbonne et informe le Conseil Européen de “sa frustration de voir le peu de progrès réalisés dans la mise en oeuvre des admirables objectifs de Lisbonne”. Entre autres choses, les industriels européens demandent, avec insistance, “la libéralisation des services publics ainsi que la réforme des marchés du travail”. (Privatisation de Gaz de France : Merci le PS, Laurence Kalafatides, 28 août 2006, http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=2549)


Voir l'article : 8.3.5."Dictature" des experts, lobby

6.7.Infrastructures publiques

Dernières modifications : 23.02.2007, 21:29

Rappelons le, une entreprise n'est pas implantée sur du vide (si si). Elle a besoin des infrastructures mises en place par les pouvoirs publics, qui assurent une santé aux travailleurs (couverture maladie, sécurité sociale, hôpitaux, ...), qui les forment (écoles, universités, ...), qui les alimentent en énergie (EDF, eau...) qui les transportent (SNCF, routes, ...), etc. C'est sans doute pourquoi, la France reste, malgré tout ce qu'on en dit, un pays très attractif pour les investissements étrangers.

"(...) le lien entre fiscalité et investissements directs des entreprises n'est pas clairement établi. Les entreprises tiennent aussi compte dans leur décision d'installation de la qualité des infrastructures, de la formation de la main-d'oeuvre... autant d'éléments dépendant des dépenses publiques. La France est ainsi le deuxième pays d'Europe pour l'investissement direct étranger." (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme »)


6.8.La loi ou le contrat

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:23

Le contrat doit il se substituer à la loi ? par Gérard Filoche.
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4231

« Je suis frappé par le fait que, dans le monde de l'entreprise, la notion de contrat est partout : avec les fournisseurs, les clients, les banquiers, les salariés, mais elle n'existe pas avec les grands actionnaires. » (Jean Luc Gréau, l'Express, http://www.redir.fr/gaui )


Un monde réconcilié et transparent


« Dans ce monde réconcilié et transparent, le contrat doit primer. Ce qui suppose de faire reculer le domaine de la loi à son profit. L’État doit faire place nette à la société civile, à la démocratie des partenaires sociaux. Il faut en finir avec « la multiplication des ingérences des pouvoirs publics à travers la loi, le décret et le règlement, au détriment du contrat, et de l'intervention administrative, avec ses circulaires, ses inspections et ses contrôles, ses formalités et ses sanctions. » Et François Ewald, proche conseiller de Denis Kessler, le maître d’œuvre de l'opération « refondation sociale», de résumer: « La conviction des refondateurs est qu'il faut dépolitiser l'économie et pour cela, en quelque sorte la "resocialiser". » La place de la loi est présentée par le Medef sur le mode libéral comme le résultat des prérogatives d'un État omniprésent et autoritaire. En réalité, elle constitue une des pièces d'un mode de relation sociale particulier produit d'une histoire sociale et politique concrète.
La loi est réputée autoritaire, égalisatrice, inadaptée au terrain du fait de sa généralité, et donc inefficace. Le contrat résulterait quant à lui de la rencontre de libres volontés. Il serait adaptable, souple, flexible, aisément révisable.
Le contrat permet d'adapter la place du salarié, sa rémunération, la reconnaissance de sa qualification, son degré d'autonomie à la situation de l'entreprise. Plutôt qu'un concept philosophique, il s'agit d'une technique juridique dont le maniement relève du chef d'entreprise. A-t-on remarqué que les contrats de travail sont en général rédigés par les employeurs ?
Le contrat collectif d'entreprise n'échappe pas à cette inégalité, en particulier du fait du jeu de la concurrence entre entreprises. Il faut aussi mentionner la tendance à substituer le contrat commercial au contrat de travail, parfois en toute illégalité, au travers du développement de la sous-traitance par exemple. La loi est plus élaborée par le gouvernement et l'administration que par le Parlement, ce dont le Medef s'accommode parfaitement, faut-il le souligner, tant cela facilite les tractations discrètes. À l'offensive du Medef, il convient de répliquer par une volonté de réhabilitation du politique et de son exercice par tous les citoyens. La question sociale est une question politique susceptible de faire l'objet de décisions politiques au terme d'un débat démocratique. Elle ne peut se résumer à un objet de négociation entre «partenaires sociaux», ayant toujours par ailleurs une représentativité limitée. Les problèmes du salarié sont aussi du ressort du citoyen. Beaucoup d'accords professionnels ont d'ailleurs des répercussions concernant l'ensemble de la société. » (Copernic, Diagnostics pour sortir du libéralisme - p107-109-110)


Voir l'article : 8.5.1.Partenaires sociaux

« Le CNE est l’exemple même de ce que le libéralisme économique veut nous imposer. Il est liberticide parce qu’il nie la loi. Or, dans l’esprit des Lumières, de la République, la loi incarne la liberté individuelle et collective. En dérégulant, on place les gens en situation de non-liberté, parce qu’ils n’ont plus le choix.» (http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=842761)


« Au XIXe siècle, l’invention du social – pour reprendre l’heureuse formule de Jacques Donzelot – face à l’hégémonie du capitalisme industriel résulte d’un choc violent entre deux sphères : la sphère politique, qui déclare les citoyens libres et égaux, et la sphère économique, qui transforme l’écrasante majorité de la population en esclave du bon vouloir patronal. Le droit social offre le moyen de corriger cette schizophrénie sociétale, inscrite au cœur du capitalisme, en produisant des instruments collectifs. Il s’agit de protéger l’idée même de société face au mythe dévastateur, consacré par le droit civil et le droit commercial, selon lequel tout acte serait le produit des seules « responsabilité et initiative individuelles », sans prendre en compte des inégalités et des rapports de forces. Par exemple, on ne saurait penser le contrat de travail comme un contrat entre individus égaux. » (Les faussaires de l’Europe sociale, Corinne Gobin, http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/GOBIN/12821)


6.9.Modèle social

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:24

Ce qui est remis en cause, c'est tout simplement le principe de solidarité. Nous le verrons aussi dans le chapitre sur les impôts.

« Mais de quel “modèle social ” parle t on ? », Gérard Filoche :
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3045

Voir l'article : 9.1.10.Modèles ?

« Aux États-Unis, on a pu noter la curieuse concomitance de la baisse du taux de chômage et de l’augmentation de la fréquentation des soupes populaires. Cela signifie, en termes marxiens, que le prix de la force de travail est tombé au-dessous de sa valeur, puisque le salaire des couches inférieures du salariat ne permet même plus d’assurer la subsistance - la reproduction de la force de travail - du travailleur. Pour des raisons historiques, cela n’aurait pas été possible en Europe sans prendre le risque d’une conflagration sociale. C’est pourquoi, par le biais des préretraites, des allégements de charges, du RMI, etc., les États d’Europe occidentale continuent d’assurer un rôle décisif dans la régulation des relations sociales. » (Néolibéralisme ou keynésianisme rénové : la fausse alternative, mars 1999, Denis COLLIN, http://www.la-sociale.net/article.php3?id_article=44)