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1.2.Trois "leçons" historiques

Dernières modifications : 03.03.2007, 17:11

« L'histoire n'est amère qu'à ceux qui l'attendent sucrée. » (cité dans "Sans Soleil" de Chris Marker, 1982)


L'Histoire, on en fait un peu ce qu'on en veut, comme le progrès d'ailleurs. Utiliser l'histoire dans une argumentation est délicat. Un événement historique peut être vu, vécu, analysé de différentes manières suivant les sources, les déductions. Il est alors naturel d’être sceptique sur la sélection des événements et le sens qu'on leur attribue. Malgré tout, pour le sujet qui nous intéresse ici, je vais admettre trois "leçons" historiques.

Voir aussi : L'imaginaire historique des candidats à l'élection présidentielle (février 2007)
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fabriquenew/archives.php

Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire
http://cvuh.free.fr/

Sur le progrès:
« Le progrès me rend donc perplexe. Lorsqu'on invente socialement les droits de l'homme, les plus grands massacres qu'ait connus l'humanité historique sont perpétrés. Lorsque la machine vient libérer l'homme des tâches manuelles, le même homme devient asservi comme jamais au travail. Lorsque la science et la raison viennent triomphalement annoncer la mort de Dieu, alors se développent les mouvements religieux les plus violents depuis la naissance des grandes religions. Lorsque la biologie proclame que l'homme descend du singe, alors les espèces animales sont exterminés et les animaux domestiques traités comme des machines. Enfin, lorsque l'on proclame que la guerre doit être propre, elle se révèle d'une inhumanité monstrueuse parce qu'elle nie l'existence même de l'Autre dans la figure de l'Ennemi.» ("Illusion de la fatalité technique", Alain Gras, http://cetcopra.univ-paris1.fr/Documents/Illusion_de_la_fatalite.pdf)


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La première, c'est que la plupart de nos progrès sociaux n'ont été rendu possible que grâce à la mobilisation des classes populaires et à l'organisation collective. Cette affirmation est loin d'être partagée. Dans certains cas, notamment quand un dictateur est élu "démocratiquement" par le peuple, l'expérience montre ses limites. On pense bien sûr à l'élection d'Adolf Hitler en Allemagne en 1933. Cependant, il ne faut pas être dupe. Ce type de contre-exemple porte en lui-même une confrontation idéologique sur l'organisation de la société. En ce sens, il est brandi comme un épouvantail pour étouffer toute volonté de progrès social.

« Hitler a gagné l'adhésion de la majorité du peuple allemand non pas par le biais du fanatisme politique, mais par les techniques bien connues et toujours appréciées de redistribution sociale. L'égalitarisme du socialisme national a nourri la sympathie pour le régime national-socialiste. Il a renforcé le pouvoir de Hitler et libéré ces énergies qui ont conduit à la monstrueuse guerre de pillage et d'extermination. » (Götz Aly, Der Spiegel, cité dans Courier International n°757 du 4 au 11 mai 2005)


La thèse énoncée ci-dessus est fausse. L'adhésion du peuple à Hitler est manifestement antérieure aux réformes sociales. C'est une vision matérialiste étriquée de l'Histoire. Il serait plus instructif de comprendre pourquoi les personnels de la fonction publique obéissent à des ordres injustes, pourquoi les petites capitulations quotidiennes permettent les pires atrocités : Voir l'article : 12.2.Capitulations quotidiennes. Les phénomènes d'asservissement volontaire, d'instrumentalisation, d'indifférence ou d'impuissance existent encore aujourd'hui sous diverses formes. Voir l'article : 1.4.Agir pour l'émancipation. Il s'agit de comprendre comment les éviter tout en ne diabolisant pas de l'autre côté l'organisation collective. Il faut savoir que les classes dominantes, elles, ne s'embarrassent pas de complexes de ce type. Elles se mobilisent, s'organisent collectivement pour maintenir leur pouvoir, par des techniques de séduction ou de répression. (la carotte et le bâton). Voir l'article : 8.2.Classes dominantes. Il faut donc voir l'organisation, la réappropriation collective comme absolument nécessaire, tout en restant vigilant face aux instrumentalisations.

« A l'état isolé, une protestation individuelle est politiquement inefficace, et doit se coaliser avec d'autres pour pouvoir prétendre peser politiquement. D'où l'importance, pour les activistes, de construire et de consolider la dimension collective de leur mobilisation, c'est-à-dire, le plus souvent, de se doter d'une forme minimale d'organisation à même de maximiser le potentiel protestataire du groupe et d'assurer son existence dans la durée. » (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p88)


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Il est amusant de reprendre ici, une petite phrase de Friedrich Von Hayek, dans son livre si couramment cité « La route de la servitude », écrit en 1946. Dans celui-ci, il y décrit les dangers de l’étatisme, du socialisme, du planisme, dans un pamphlet parfois caricatural. Il y formule en substance les principes du dogme néo-libéral. Mais il écrit aussi ceci : « L'histoire intellectuelle des soixante ou quatre-vingts dernières années illustre parfaitement cette vérité qu'en matière d'évolution sociale, il n'y a d'inévitables que les choses qu'on pense être inévitables. » (p.41). C’est presque un slogan alter-mondialiste : « Un autre monde est possible ». La deuxième leçon historique que nous pouvons admettre, c'est que l'histoire ne s'arrête pas. En ce sens, il y a toujours de l'espoir pour un avenir meilleur.

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Et enfin, nous pouvons constater que la plupart des expériences émancipatrices qui ont échouées, le furent soit par des conflits internes (trahison, conquêtes de pouvoir, ...), soit par des forces contre-révolutionnaires (répressions, coups d'Etats, dictatures, embargos, grèves patronales, etc.). Les classes dominantes s'accommodent très bien d'un régime autoritaire qui serve bien leurs intérêts. La dernière leçon : il ne faut jamais négliger les forces qui luttent contre l'émancipation et l'autonomie des peuples, qui font absolument tout pour éviter l'émergence de solutions alternatives durables.

Voir l'article : 6.5.La "liberté" par la répression

Nous n'aurons que ce que nous saurons prendre, Sorbonne, mouvement contre le CPE, mars 2006
Nous n'aurons que ce que nous saurons prendre, Sorbonne, mouvement contre le CPE, mars 2006


« Quand les opprimés utilisent des moyens de lutte généralement non-violents, comme Chavez, Allende, Arbenz au Guatémala dans les années 1950, Mossadegh en Iran, les Palestiniens pendant la période d’Oslo, on leur vole leurs terres, on se moque d’eux de toutes les façons, on ne les écoute pas, on les renverse etc. Et quand ils utilisent des moyens violents, comme la résistance irakienne aujourd’hui, le Hezbollah, le Hamas etc., l’immense majorité des intellectuels occidentaux [...] lèvent les bras au ciel et crient à la démocratie, à la non-violence et au respect des Droits de l’Homme. Je pense qu’il serait très aimable de la part des oppresseurs de dire aux opprimés, une fois pour toutes, quelles armes ils ont le droit d’utiliser. » (Quelques remarques sur la violence révolutionnaire, par Jean Bricmont. http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4321)


« Les eaux captives, que ce soient celles de l’habitude ou du despotisme, ne tolèrent pas la vie. La vie dépend de l’agitation de quelques individus excentriques. En hommage à cette vie, à cette vitalité, la communauté doit accepter des risques et une certaine part d’hérésie. L’Homme, s’il veut vraiment vivre, doit vivre dangereusement. » Herbert Read