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4.4.3.La sélection "naturelle"

Dernières modifications : 04.03.2007, 11:07

« L’un des plus notables porte-parole américains du darwinisme social fut John D. Rockefeller, le premier de la dynastie, qui déclara dans un discours célèbre : « La variété de rose “American Beauty” ne peut être produite dans la splendeur et le parfum qui enthousiasment celui qui la contemple qu’en sacrifiant les premiers bourgeons poussant autour d’elle. Il en va de même dans la vie économique. Ce n’est là que l’application d’une loi de la nature et d’une loi de Dieu. » (http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/GALBRAITH/12812)


Loi du libéralisme, darwinisme social
Loi du libéralisme, darwinisme social


" Instruits par des expériences pratiquées sur les chèvres et les chiens d'une île - l’Irlande au XIXe siècle, la Nouvelle-Zélande au XXe l'insularité encouragea les fanatiques aux expérimentations de laboratoire -, William Townsend démontre l'efficacité d'un aiguillon particulier : « La faim apprivoisera les animaux les plus féroces, elle apprendra la décence et la civilité, l'obéissance et la sujétion aux plus pervers. » (Cité in Karl Polanyi, «Our obsolete market mentality », in George Dalton, p. 158).Cette science est appliquée à la loi anglaise de 1834 sur les indigents : ils ne seront plus assistés. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur éminent de la Déclaration d'indépendance, Benjamin Franklin estimait d'ailleurs dès 1766: « Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d'eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d'affaire. » Sous couvert d'être ainsi encouragés au travail, à la frugalité, à la sobriété, bien des rats prolétariens vont rencontrer leur arsenic. Et si le vocabulaire a changé, des décisions américaines, puis européennes, prises dans les années 90 - 1990 ! - n'ont pas toujours semblé inspirées d'un esprit très différent de celui de Benjamin Franklin." (Le Grand Bond en arrière, Serge Halimi, p28)


Adaptes-toi ou crèves !


« Le concept de nature est aussi utilisé sans complexe pour justifier de l’adaptabilité d’un individu dans la société. On assiste à une culpabilisation paternaliste des chômeurs sans combattre les causes structurelles du chômage, et en réduisant toute la responsabilité à la volonté de l'individu, à sa capacité d'adaptation. On demande à chaque travailleur de devenir son propre entrepreneur, de se vendre. Pas étonnant que l'on a plus de scrupule à licencier dès lors que le travailleur est un produit comme un autre. D’où un raccourci vers une pseudo loi naturelle de la sélection. L'homme est un être vivant qui doit s'adapter ou sinon il ne mérite pas de vivre. Que le meilleur gagne ! Adaptes-toi ou crèves ! » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p47)


« Manifestement, les théories de l’évolution sociale profonde sont de nouveau entrées dans les faveurs et émergent de leur tombeau pour hanter les populations crédules. Les principes sociaux dangereux du développement culturel, tels que le conditionnement, la sélection naturelle et l’adaptabilité, sont de nouveau à la mode. [...]L’idée que la sélection naturelle est un procédé aveugle est certainement un point tournant dans la pensée occidentale. Il n’y a aucune téléologie, ni même une « main invisible » dirigeante. Au lieu de cela, l’évolution tâtonne à travers le temps, produisant des espèces favorables comme défavorables. Ses manifestations variées ne créent pas de l’ordre, mais des accidents. Cette notion est un incroyable défi au désir d’ordre rationnel occidental. [...] Pour que les actes passifs de génocide soient perçus comme légitimes (naturels), le peuple doit participer à l’idéologie eugénique. Il doit croire que les espèces suivent un processus biologique qui s’efforce d’atteindre la perfection par le processus de sélection. Il doit croire que certaines populations sont plus aptes que d’autres. Il doit avoir un désir d’émulation de l’adaptation et avoir la foi en l’élimination de l’inadapté. » (Machine Chair, Critical Art Ensemble, p41, p55, http://www.art-act.net/machine_chair.pdf)


« En fait, la force de l'idéologie néo-libérale, c'est qu'elle repose sur une sorte de néo-darwinisme social : ce sont «les meilleurs et les plus brillants», comme on dit à Harvard, qui triomphent (Becker, prix Nobel d'économie a développé l'idée que le darwinisme est le fondement de l'aptitude au calcul rationnel qu'il prête aux agents économiques). Derrière la vision mondialiste de l'internationale des dominants, il y a une philosophie de la compétence selon laquelle ce sont les plus compétents qui gouvernent, et qui ont du travail, ce qui implique que ceux qui n'ont pas de travail ne sont pas compétents. Il y a les winners et les losers, il y a la noblesse, ce que j'appelle la noblesse d'État, c'est-à-dire ces gens qui ont toutes les propriétés d'une noblesse au sens médiéval du terme et qui doivent leur autorité à l'éducation, c'est-à-dire, selon eux, à l'intelligence, conçue comme un don du Ciel, dont nous savons qu'en réalité elle est distribuée par la société, les inégalités d'intelligence étant des inégalités sociales. L'idéologie de la compétence convient très bien pour justifier une opposition qui ressemble un peu à celle des maîtres et des esclaves : avec d'un côté des citoyens à part entière qui ont des capacités et des activités très rares et surpayées, qui sont en mesure de choisir leur employeur (alors que les autres sont choisis par leur employeur, dans le meilleur des cas), qui sont en mesure d'obtenir de très hauts revenus sur le marché du travail international, qui sont suroccupés, hommes et femmes (j'ai lu une très belle étude anglaise sur ces couples de cadres fous qui courent le monde, qui sautent d'un avion à un autre, qui ont des revenus hallucinants qu'ils ne peuvent même pas rêver de dépenser en quatre vies, etc.), et puis, de l'autre côté, une masse de gens voués aux emplois précaires ou au chômage. Max Weber disait que les dominants ont toujours besoin d'une « théodicée de leur privilège », ou, mieux, d'une sociodicée, c'est-à-dire d'une justification théorique du fait qu'ils sont privilégiés. » (Pierre Bourdieu, Contre-feux, p48-49)


Voir l'article : 8.Classes sociales

« L'insécurité sociale est organisée, la misère est voulue par les classes dirigeantes quand les mouvements sociaux ne s’y opposent pas massivement. (...)
C’est [...] la victime qui doit être coupable (retour au bouc émissaire), et c’est ainsi qu’un racisme anti-pauvre va se constituer, sur le modèle de tous les racismes où l’autre incarne notre part mauvaise, rejetée au dehors, alors qu’on se pare soi-même de toutes les vertus, de la culture et de l’humanité même. Ce n’est pas nouveau. La plupart des peuples se nomment eux-mêmes "les hommes" opposés aux autres (barbares, sauvages, bêtes à deux pieds comme les Aryens appelaient leurs esclaves). La première fonction de l’idéologie est de justifier l’ordre établi et la domination des dominants, transformer la force en droit et procurer la tranquillité d’esprit à ceux qui servent le système en les assurant de leur supériorité. » (Le racisme anti-pauvres, par Jean Zin, http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=1334)