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4.4.2.Cynisme, ironie

Dernières modifications : 26.02.2007, 14:36

« Je lisais récemment un article d'un auteur allemand sur l'Égypte ancienne. Il montre comment, dans une époque de crise de la confiance dans l'État et dans le bien public, on voyait fleurir deux choses : chez les dirigeants, la corruption, corrélative du déclin du respect de la chose publique, et, chez les dominés, la religiosité personnelle, associée au désespoir concernant les recours temporels. De même, on a le sentiment, aujourd'hui, que le citoyen, se sentant rejeté à l'extérieur de l'État (qui, au fond, ne lui demande rien en dehors de contributions matérielles obligatoires, et surtout pas du dévouement, de l'enthousiasme), rejette l'État, le traitant comme une puissance étrangère qu'il utilise au mieux de ses intérêts. » (La main gauche et la main droite de l’Etat, Pierre Bourdieu entretien avec R.P Droit et T. Ferenczi, publié dans le Monde, le 14 janvier 1992, tiré du livre Contre-feux, Pierre Bourdieu, Raison d’agir, 1998, p12)


« Au fond, pour le capitalisme, la meilleure population, la plus réceptive, la plus docile et la plus enthousiaste serait une population complètement atomisée et infantilisée, dont les liens de solidarité seraient réduits à des échanges groupusculaires, fusionnels et festifs, une population dont les membres n'auraient plus en commun que le projet de jouir ensemble, de "s'éclater" infiniment, prisonniers béats d'un sybaritisme invertébré, c'est-à-dire d'un style de vie moralement anomique [vide de sens], où l'atrophie de la dimension éthique serait compensée par l'hypertrophie de la dimension esthétique, où le but de la vie serait de "se faire du bien" à défaut de faire le bien. » (Alain Accardo, Le petit bourgeois gentilhomme, Labor, 2004, http://www.les-renseignements-genereux.org/citations.html?themeId=492)


« La « branchitude » (être branché) évite la confusion sociale et offre un nouvelle forme de certitude. […] L’ironie est simplement une des astuces dont se servent la publicité et le design pour avoir le beurre et l’argent du beurre. Voilà l’essence séduisante de la branchitude : c’est une attitude, c’est au-delà des mots. Soit vous le comprenez, parce que vous êtes branché vous-même, soit non. Personne ne va vous l’expliquer. Cela ne signifie pas que la branchitude est profonde ; elle ne l’est certainement plus. La branchitude contemporaine est une sorte d’hypnose, un sort qui demande à ne pas trop réfléchir à ce que signifient vraiment les consignes tacites des consommateurs : « c’est branché / c’est nul ». Il est temps d’accepter que la branchitude, comme signifiant de rébellion positive, est un leurre.» (La loi du plus fort, la société de l’image, Rick Poynor, 2002)


« Bien que l’ironie nous accompagne au moins depuis Socrate, les dernières années du XXè siècle furent l’époque où l’ironie ne fut plus seulement une formule utile mais devint une routine, une attitude quotidienne, une manière d’être général, un défaut sociale [une protection]. Il suffisait de l’appliquer pour que vos défenses psychologiques soient inattaquables et que rien de socialement embarrassant ne puisse arriver. » (La loi du plus fort, la société de l’image, Rick Poynor, 2002)


Bluewater est un énorme centre commercial situé à 30 km à l’est de Londres. « Les centres commerciaux, comme l’a souligné le sociologue britannique Paul Barker, font ressortir le snobisme anglais de droite comme de gauche. « Les attaques sur la conception cyniquement populiste des centres commerciaux font écho aux assauts contre les pavillons de banlieue dans les années 1920 ou contre les complexes cinématographiques dans les années 1930, contre les antennes TV dans les années 1950, ou les paraboles dans les années 1980. Il semble que, souvent, le mot d’ordre soit : « Découvrons ce que font ces gens et disons-leur d’arrêter. » Pourtant, paradoxalement, ce que les bourgeois méprisent aujourd’hui comme étant une vulgaire manifestation de la culture prolétarienne, ils auront tendance à le considérer comme un « héritage » une génération plus tard. « Je suis certain qu’un jour un centre commercial sera classé monument historique », conclue Barker. […] Comment convaincre le client qu’il ou elle est dans l’erreur ? Selon le critique culturel Bryan Appleyard, Bluewater représente un moment de transition vers ce qu’il appelle un « nouvel ordre ». Appleyard énumère les arguments des personnes traditionnellement cultivées – quelqu’un comme lui – avec une conception de progrès humain, des valeurs et une éthique dérivées de la culture grecque-chrétienne-Renaissance-Lumières. « Je pourrais aisément imaginer l’article de journal que je pourrais rédiger pour railler cet endroit, note-t-il. Son architecture, quoique délicate et agréable est dépravée. Les employés sont des robots. Cela pollue et glorifie les plaisirs vains de la consommation. Sa surabondance est insignifiante … Son manque de naturel supprime le sérieux et la profondeur ». Et pourtant, conclut-il, il ne pourrait rédiger un tel article parce que sa réponse est bien moins simple que cela. Aujourd’hui, comme j’ai pu le constater, les arguments pour et contre Bluewater sont vrais. Mais quand on aura achevé la transition vers le nouvel ordre d’abondance qu’il représente, suggère Appleyard, les arguments contre cet endroit n’auront plus aucun sens. Comme il le remarque, nos valeurs ont été façonnées par des conditions historiques de pénurie. Les nouvelles conditions d’abondance rendent ces valeurs non seulement superflues mais aussi incompréhensibles pour la plupart des gens.» (La loi du plus fort, la société de l’image, Rick Poynor, 2002, p23-30-31)


« Marcuse ajoute que choisir "librement" parmi une grande variété de marchandises et de services, ce n’est pas être libre si pour cela l’individu doit être aliéné (par des contrôles sociaux et une vie de labeur et d’angoisse). En conséquence, si l’individu renouvelle "spontanément" des besoins imposés, cela ne signifie pas qu’il soit autonome mais plutôt que son conditionnement, par les divers moyens d’aliénation, est réussi. La "survie" du spectateur est une vie au ralenti, sans passions, une maladie difficile à "soigner" car “ceux qui organisent le monde organisent la souffrance et son anesthésie” » (Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre..., op. cit., p.197, cité dans La critique situationniste ou la praxis du dépassement de l’art, Thomas Genty, 1998, http://infokiosques.net/spip.php?article=120)


« Le cynisme est souvent une réaction de défense de l’individu déboussolé par son environnement social. » (Eric Dupin - "Une société de chiens - Petit voyage dans le cynisme ambiant", 2006, http://www.geocities.com/ericdupin/intro-sochiens.html)


Voir l'article : 11.4.5.La publicité
Voir l'article : 8.5.2.Epanouissement personnel
Voir l'article : 11.3.Contradictions