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4.4.1.Individus et sociétés

Dernières modifications : 23.02.2007, 19:22

C’est « souvent un sentiment d'infériorité qui pousse l'individu à s'intégrer dans un groupe, pour pouvoir en tant que membre d'une communauté manifester sa supériorité sur d'autres. » (Friedrich Von Hayek, la route de la servitude, 1946, p104)


Voilà, la messe est dite. Un des penseurs du néolibéralisme, Friedrich Von Hayek annonce sa sentence sociologique. Le groupe, le collectif sera alors constamment dévalorisé, tandis que l’individu, libre et indépendant sera le garant d’une société meilleure.

« Les communistes [...] ne posent pas aux hommes d'exigence morale: aimez-vous les uns les autres, ne soyez pas égoïstes, etc. ; ils savent fort bien au contraire que l'égoïsme, tout autant que le dévouement, est une des formes, et, dans certaines conditions, une forme nécessaire de l'affirmation des individus» (L'idéologie allemande, Marx et Engels, p. 173-174, cité dans Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p23)


« Le passage du lien d'autorité vertical, le commandement, qui fondait la démocratie débutante des XVIIIe et XIXe siècles, celle des chevaliers de l'industrie, a un nouveau rapport d'autorité horizontal, la négociation, qui régule la société actuelle, exhorte les personnes, les sujets à se transformer en individus. La personne reste en effet une valeur abstraite dangereusement coincée entre l'idée de dieu et celle du néant. Quant au sujet, il s'en référait a son roi, a son patron, à son maître, qui lui procurait un sentiment protecteur d'appartenance et dont il retirait par procuration une partie de son identité. Sans dieu ni maître, à qui un individu peut-il s'en référer sinon à lui-même ? » (La performance à l’épreuve de la surprise et de l’autorité, Daniel Marcelli, dans "La performance, une nouvelle idéologie ?", sous la direction de Benoît Heilbrunn, 2004, p 39)


Pourtant un individu est dans une société, dans une culture, il a besoin des autres.

« Il faut penser l'individu à partir de son individuation, et non l'inverse. C'est en ce sens que Simondon a montré, dans l'individu et sa genèse physico-biologique, et surtout dans l'individuation psychique et collective, qu'un individu ne se forme que dans le processus d'une individuation à la fois psychique et collective. Je ne peux m'individuer que dans un groupe, qu'en participant à un groupe. Mon individuation ne se constitue effectivement et ne se performe, en quelque sorte, que dans la mesure où elle contribue et participe à l'individuation d'un nous, c'est-à-dire d'un collectif qui m'englobe et avec lequel je partage ce que Simondon appelle un fonds préindividuel. Ce fonds préindividuel est un héritage. On peut appeler cela un patrimoine, une culture, mais aussi un ensemble de problèmes, un milieu, un contexte, des actifs et des passifs, et tout cela est chargé de potentiel. » (Performance et singularité, Bernard Stiegler, dans "La performance, une nouvelle idéologie ?", sous la direction de Benoît Heilbrunn, 2004, p 224)


Curieusement, la promotion de l’individu s’accommode mal de la production machinique industrielle, avec quelques faits pourtant simples, notamment la dépossession de la créativité du travailleur au profit du rendement industriel :

« Dans l'artisanat, c'est l'ouvrier qui est représenté, dans les produits de la machine, c'est le travail. Dans l'artisanat, on met l'accent sur la note personnelle, l'empreinte de l'ouvrier et de son outil est inévitable. Dans le travail machiniste, l'impersonnel prévaut, et si l'ouvrier laisse une preuve quelconque de son rôle dans l'opération, c'est un défaut ou une paille. » (Technique et civilisation, 1936-1950, Lewis Mumford, p302)


« Notre technologie moderne, dans son organisation interne, a produit une économie collective et ses produits caractéristiques sont des produits collectifs. Quelle que soit la politique d'un pays, la machine est égalitaire. De là viennent les profondes contradictions et les conflits qui se sont maintenus dans l'industrie machinique depuis la fin du XVIIIè siècle. A tous les stades de la technique, le travail représente une collaboration d'innombrables ouvriers, utilisant eux-mêmes un héritage technologique large et ramifié. L'inventeur le plus ingénieux, le savant isolé le plus brillant, le dessinateur le plus habile ne contribuent qu'en partie au résultat final. Le produit lui-même porte la même empreinte impersonnelle, […].» (Technique et civilisation, 1936-1950, Lewis Mumford, p305)


« L'homme peut définir arbitrairement la nature comme la partie de son expérience qui reste neutre face à ces désirs et à ses intérêts. Mais lui, avec ses désirs et ses intérêts, pour ne rien dire de sa constitution chimique, a été formé par la nature et ne peut éviter de faire partie du système de la nature. » (Technique et civilisation, 1936-1950, Lewis Mumford, p284)


Voir l'article : 10.2.4.Dévalorisation du travail
Voir l'article : 10.2.5.Distanciation, parcellisation, indépendances des domaines
Voir l'article : 1.4.Agir pour l'émancipation