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2.Trop de "charges" sociales ?

Dernières modifications : 21.04.2008, 10:18

La plupart des passages sont extraits de ces deux articles :


Les charges sociales, Alain Bihr :
http://www.alencontre.org/page/print/BihrCharSoc.htm

Salaire direct et indirect, cotisations sociales, et "Cotisations sur Valeur Ajoutée", Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné :
http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article=151&titre=Salaire-direct-et-indirect

« Les cotisations sociales sont des prélèvements obligatoires, indexés sur les salaires, permettant de financer des prestations sociales ; elles sont aussi appelées charges sociales. On distingue les cotisations sociales salariales et les cotisations sociales patronales.
Les cotisations sociales salariales sont prélevées sur le salaire brut (salaire net = salaire brut - cotisations salariales)
Les cotisations sociales employeurs (appelées aussi cotisations patronales) (qui sont souvent plus élevés que les cotisations salariales) sont versées en plus par l'employeur, et sont "invisibles" aux yeux des employés.»


http://fr.wikipedia.org/wiki/Cotisations_sociales
http://fr.wikipedia.org/wiki/Assurance_maladie_en_France
http://fr.wikipedia.org/wiki/Prestation_sociale



2.1.Le vocabulaire

Dernières modifications : 21.04.2008, 10:18

Premièrement, le mot "charge" sociale n'existe nulle part dans les textes juridiques. C'est une invention. Il faut être vigilant car le travail de redéfinition des mots est constant. Le vocabulaire n'est pas neutre, il est ici au service de l'idéologie néolibérale. En ce sens, c'est une forme de propagande.

Voir l'article : 11.4.Travail idéologique, symbolique

L'évocation du mot « charge » exprime l'idée de pesanteur. C'est lourd, ça pèse, c'est gênant. C'est donc inconsciemment un « problème » à résoudre. La solution est toute trouvée, incluse dans le mot lui-même : alléger. Il faut alléger les « charges » c'est évident, voir s'en débarrasser pour les plus malins. Le mot « social» est souvent rattaché à « charge », ainsi petit à petit tout ce qui concerne le « social » devient à son tour pesant. C'est censé nous faire comprendre que le collectif, le social en général, est difficile à faire bouger, son inertie n'est pas adaptée à la vitesse des sociétés actuelles. Par opposition, on a une valorisation de l'individu, qui n'étant plus lié à la société, au collectif, est plus léger, plus rapide, plus "libre". Un vrai conte de fée. En comptabilité par exemple, on retrouve cette façon de présenter les choses : les machines sont des investissements tandis que les salaires et les retraites sont des charges ! C'est le monde à l'envers.

Remettons le sens des mots à leur juste place, refusons cette inversion de valeurs.
Les cotisations sociales ne sont pas une « charge », c'est la solidarité.
Le travail n'est pas un « coût », c'est une richesse.


« Ce qui coûte cher ce n'est pas le travail, c'est ce que le capital prend au travail. » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)


Voir l'article : 7.Rapport capital / travail

« Comment se fait-il qu'un travail de plus en plus productif (toutes les études montrent la très grande productivité du travailleur français), donc de moins en moins cher d'un point de vue comptable, devienne toujours plus cher au regard de l'employeur ? » (Jean-Luc Gréau, http://www.marianne-en-ligne.net/)


« C’est le travail qui devient de plus en plus productif, sous l’effet du savoir de plus en plus grand et des outils de plus en plus performants. Et c’est bien de la réappropriation collective de cette productivité dont il s’agit lorsqu’on réclame une forte réduction du temps de travail. » (Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/postface.html )



2.2.Conquêtes historiques

Dernières modifications : 17.02.2007, 20:17

Les cotisations sociales sont en réalité une partie intégrante du salaire, dû par les employeurs aux salariés, dont le versement est simplement médiatisé dans l'espace et dans le temps. Ce n'est donc pas un surplus au salaire. Ce salaire indirect n'est pas versé directement au salarié, il alimente les fonds de protection sociale : caisses de retraite, de Sécurité sociale, pour les accidents de travail, les allocations familiales, le chômage, ... Cela fait partie d'un choix de société, une société solidaire, minimisant les inégalités. C'est sans doute pourquoi nous avons encore un des meilleurs systèmes de santé au monde (qui est cependant constamment attaqué par les apôtres de la privatisation et par les baisses de budget).

« Le salaire indirect est une des principales conquêtes sociales du salariat en France. Au 19ème siècle, seul le travail directement productif était rétribué. Progressivement, cependant, sous la pression des luttes sociales, ce sont des temps non travaillés qui ont dû progressivement été pris en charge par les employeurs : la retraite, mais aussi les congés payés, les congés maladies, le chômage, la formation professionnelle ... Comme l’écrit fort justement Bernard Friot : " Le temps d’enfance, de formation, de chômage, de maladie, de retraite ne sont pas voués au temps économique alors qu’ils sont assumés par le capital, et c’est là l’espace public conquis sur la logique du capital. » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)



2.3.Le but des libéraux

Dernières modifications : 23.02.2007, 10:37

Revenons à la proposition de départ : baisse des cotisations sociales = baisse du chômage ?

« Aucune étude basée, non sur des hypothèses, mais sur des données effectives n’a pu montrer que la baisse des salaires indirects (des cotisations sociales) permet de créer des emplois en substituant le travail au capital. » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)


Le projet du Medef et des libéraux est de nous imposer le système anglo-saxon.
Voir l'article : 11.Le néolibéralisme

En nous imposant le couple rente/fiscalité au lieu du salaire indirect, ils feraient d’une pierre trois coups :

1


« Ils diminueraient le coût du travail et augmenteraient les profits. En effet, ce ne serait plus le salaire indirect qui financerait les prestations sociales mais l'impôt, payé essentiellement par le salariat. [...] C’est le travail qui est à l’origine de toute création de richesse. Il est donc tout à fait normal que ce soit, à la source, à l’occasion du travail des salariés ou des travailleurs indépendants, et donc par la cotisation sociale et non par l’impôt, que les besoins fondamentaux comme le besoin de santé soient financés. » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)


« Une des fonctions centrales de l’État dans la régulation néo-libérale est la socialisation des faux frais du capital. Ainsi l’allègement des " charges salariales " est-il systématiquement organisé par la prise en charge d’une partie de ces "charges" par le budget de l’État sous la forme de revenus d’assistance en tout genre [RMI, Prime pour l'emploi, etc.]. » (Néolibéralisme ou keynésianisme rénové : la fausse alternative, mars 1999, Denis COLLIN, http://www.la-sociale.net/article.php3?id_article=44)


En un mot, ce que devrait payer le capital aux salariés, c'est l'Etat qui s'en charge, c'est-à-dire les salariés eux-mêmes, à travers l'impôt, les exonérations et les aides !

« Certes, la prime pour l'emploi est un plus pour le salarié qui la reçoit, reconnaît Jean-christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT. Cependant, comme les exonérations de cotisations sur les bas salaires, elle devient vite un moyen pour les entreprises de payer moins les salariés. C'est ce type de mesure fiscale qui créé des trappes de bas salaires. » (Humanité Dimanche, 16-22 novembre 2006, p 24)


2


« Ils affaibliraient considérablement le salariat [qui est aujourd'hui dominant: 9/10 des actifs sont salariés !]. Les intérêts homogènes du salariat feraient place à des intérêts antagonistes. Les intérêts de ceux dont le pouvoir d’achat dépendrait uniquement du salaire direct s’opposeraient aux intérêts de ceux qui bénéficieraient de stocks options ou d’épargne salariale et dont l’œil serait rivé sur le cours de l’action de l’entreprise plus que sur la fiche de paye. Les intérêts de ceux qui dépendraient pour leur retraite ou leur allocation chômage de l’impôt s’opposeraient aux intérêts des salariés les mieux rémunérés qui voudraient payer le moins d’impôt possible. » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)


« [Les critiques libérales] s’en prennent au niveau jugé excessif des « charges sociales » voire évoquent leur suppression pure et simple, elles signifient purement et simplement la volonté d’une dévalorisation plus ou moins importante de la force de travail, par rétrécissement et appauvrissement des normes de consommation et des standards de vie de la population salariée. [...] Ainsi en va-t-il des mesures successives de déremboursement d’un certain nombre de produits et de services médicaux ; et l’allongement de la durée minimale de cotisations à l’assurance vieillesse, dans un contexte de raccourcissement de la durée d’emploi, sous l’effet conjugué de l’allongement des études, du développement du chômage et de la précarité, programme de même une baisse drastique des pensions de retraite dans les prochaines décennies". (Les charges sociales, Alain Bihr)


3


« Enfin, les capitaux privés auraient la possibilité d’être mis en valeur dans d’immenses domaines qui leur sont largement fermés aujourd’hui : l’assurance maladie, les retraites... » (Gérard Filoche, Jean Jacques Chavigné)


« Pour autant que certaines de ces critiques proposent d’intégrer l’ensemble des charges sociales dans le salaire dans un souci de simplification administrative, elles ouvrent évidemment aussi la voie à la privatisation de la protection sociale, pour le plus grand bénéfice des compagnies d’assurance (capitalistes ou mutualistes) qui viendraient se substituer aux actuelles administrations publiques qui en assurent la charge. Les centaines de milliards d’euros sur lesquels ces compagnies pourraient ainsi mettre la main doivent peupler les rêves les plus doux de leurs actuels dirigeants. » (Les charges sociales, Alain Bihr)


Voir l'article : 6.6.Monopoles publics / privés

>>> voir aussi le documentaire "Quelque chose de notre histoire", de Jean Druon :
http://nonautraite.free.fr/index.php?page=11.php