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1.1.Acquis sociaux

Dernières modifications : 09.03.2007, 17:41

Quoiqu'on en dise, c'est un fait indiscutable, nous vivons en France sur un socle de droits : le droit de vote au suffrage universel des femmes et des hommes, l'abolition de l'esclavage, l'abolition des privilèges, le droit de manifester, le droit d'association, le droit du travail, l'égalité des citoyens devant la loi et bien d'autres encore ... Des droits innombrables, précieux qui sont cependant le plus souvent inappliqués, intentionnellement, par lâcheté ou par manque de volonté politique. Ils nous paraissent si "naturels" qu'on en oublierait leurs origines historiques.

« Les services publics et les acquis sociaux, arrachés de haute lutte par des générations d’ouvriers et d’employés, ne résultent pas d’une grâce providentielle. Ils ne sont pas la propriété de l’État. Ils appartiennent à l’ensemble des citoyens. » (Raoul Vaneigem, 2004)


« Les acquis sociaux dont je parle, droit du travail, sécurité sociale, pour lesquels des hommes et des femmes ont souffert et combattu, sont des conquêtes aussi hautes et aussi précieuses et qui, en outre, ne survivent pas seulement dans les musées, les bibliothèques et les académies, mais sont vivantes et agissantes dans la vie des gens et commandent leur existence de tous les jours. C'est pourquoi je ne puis m'empêcher d'éprouver quelque chose comme un sentiment de scandale devant ceux qui, se faisant les alliés des forces économiques les plus brutales, condamnent ceux qui, en défendant leurs acquis, parfois décrits comme des «privilèges», défendent les acquis de tous les hommes et de toutes les femmes, d'Europe et d'ailleurs. » (Contre-feux, Pierre Bourdieu, 1998, p66-p67)


« Pour inventer l'idée de « public » par opposition à « privé », il a fallu des générations de juristes, de philosophes. Or tout ça, on le liquide et on s'en va. C'est pour cela que le sociologue intervient. On met en place des processus dont les effets n'apparaîtront que dans très longtemps. Il faudra du temps, parce qu'avant que le système hospitalier s'écroule, il y a encore des infirmières qui se dévouent, encore des tas de gens qui en quelque sorte sauvent le système presque malgré lui. Le système scolaire, c'est pareil. Le système scolaire français est en voie d'implosion. Alors, est-ce qu'on peut se taire quand on pense que... Il y a urgence. » (Pierre Bourdieu, Entretien avec Philippe Fritsch, Lyon, 11 février 1999, dans « Propos sur le champ politique », p46-47)



Quelques liens forts utiles sur les acquis sociaux


Les résistants : Texte de l'appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944
http://www.alternatives-images.net/

Passé et présent des luttes sociales en France
http://www.local.attac.org/paris19/article.php3?id_article=25

"Acquis sociaux" : Rien n’est jamais acquis !
http://www.monde-solidaire.org/spip/article.php3?id_article=1452

Histoire du droit des femmes de la Révolution à nos jours
http://www.planning-familial.org/themes/theme14-histoireFemmes/fiche01Precision01.php

Mais de quel “modèle social ” parle-t-on ?
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3045

Mouvement social sur Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_social

Luttes sociales pendant la Deuxième guerre mondiale
http://www.musee-resistance.com/officiel/visGuid/peuHist/i-lutteSoc/temoign.asp

Chronologie des combats pour et contre l'émancipation des peuples
http://collectifnord91.lautre.net/outils/Chronologie_Quand_on_est_ensemble.pdf


Nous avons le devoir de raviver cette mémoire pour ne pas être orphelin d'une histoire qui a du sens, celle de l'émancipation des femmes et des hommes. Pour cela, il faut aussi lutter contre le culte de l'urgence, de la nouveauté prônée dans les médias à travers le dogme de la concurrence de l'information. C'est un système amnésique, le présent, dans sa course addictive, efface le passé et la possibilité de penser l'avenir.

Voir l'article : 11.4.1.Médias

« Tout le monde parle maintenant sans réfléchir et sans avoir le temps d’accumuler l’historique, les considérants, la mise en situation, la projection d’un événement quelconque. Les politiques malaxent une matière première faite d’attitudes et de comportements, mais qui ne passe plus par la délibération : l’opinion est une somme d’humeurs. [...] Le passage progressif de l’imprimé à l’image fait que le média dominant – qui fut très longtemps l’imprimé, puis la radio pendant une brève période – ne s’adresse pas au même organe. Il est impossible à l’image de s’adresser au raisonnement, elle ne s’adresse qu’à l’émotion. Avec l’image, cela va trop vite et c’est trop fort en densité. De ce fait, vous avez une déperdition sur le sens et la durée, sur la mise en perspective de tout événement. (…) notre système médiatique est en difficulté pour transporter du fond (…) la politique est inaudible dès qu’elle devient sérieuse (…) Parmi les messages qui arrivent au citoyen, vous en avez 95% qui sont des mots de commentateurs et seulement 5% qui sont des messages politiques – et encore, sélectionnés par petites phrases. (…) Alors, allez faire passer là-dessus un message de société… » (Michel Rocard, entretien avec les Inrockuptibles, réalisé en mars 1995,
http://lemondecitoyen.com/2006/09/11/debat-politique-lexigence-de-verite/ )


"En transformant le monde en un spectacle que le public est tenu de seulement contempler passivement, les médias fonctionnent comme de formidables machines à dépolitiser le corps social ..." (Alternative Libertaire n°210 (octobre 1998))


Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971
Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971


« [Les] contraintes de la concurrence se conjuguent avec les routines professionnelles pour conduire les télévisions à produire l'image d'un monde plein de violences et de crimes, de guerres ethniques et de haines racistes, et à proposer à la contemplation quotidienne un environnement de menaces, incompréhensible et inquiétant, dont il faut avant tout se retirer et se protéger, une succession absurde de désastres auxquels on ne comprend rien et sur lesquels on ne peut rien. Ainsi s'insinue peu à peu une philosophie pessimiste de l'histoire qui encourage à la retraite et à la résignation plus qu'à la révolte et à l'indignation, qui, loin de mobiliser et de politiser, ne peut que contribuer à élever les craintes xénophobes, de même que l'illusion que le crime et la violence ne cessent de croître favorise les anxiétés et les phobies de la vision sécuritaire. Le sentiment que le monde n'offre pas de prise au commun des mortels se conjugue avec l'impression que, un peu à la manière du sport de haut niveau qui suscite une coupure semblable entre les pratiquants et les spectateurs, le jeu politique est une affaire de professionnels, pour encourager, surtout chez les moins politisés, un désengagement fataliste évidemment favorable à la conservation de l'ordre établi. » (Contre-feux, Pierre Bourdieu, 1998)