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13.1.Engagement et démocratie

Dernières modifications : 30.11.2007, 10:02

Dictatorial Democraty
Dictatorial Democraty


« Nous pouvons faire énormément. On ne va pas nous jeter en prison et nous torturer. On ne va pas nous assassiner. Nous avons d’immenses privilèges et une liberté fantastique. Donc des possibilités illimitées. Après chaque conférence que je donne aux États-Unis, des gens viennent me dire : “Je veux que ça change. Que puis-je faire?” Je n’ai jamais entendu cette question chez les paysans du Sud de la Colombie, chez les Kurdes en butte à une terrible répression dans le Sud-Est de la Turquie, chez tous ceux qui souffrent. Ils ne demandent pas ce qu’ils peuvent faire, ils disent ce qu’ils sont en train de faire. En un sens, par leur ampleur même, notre liberté, notre situation privilégiée sont porteuses d’un sentiment d’impuissance: c’est un phénomène étrange mais frappant.
(...)
Si l’on veut que ça change dans le monde, il faut être là, jour après jour, à faire ce travail assommant, direct : intéresser une ou deux personnes à un problème, agrandir un peu une organisation, mettre en oeuvre la prochaine initiative, connaître la frustration et finalement aboutir à quelque chose. C’est ainsi que le monde change. C’est ainsi que l’on se débarrasse de l’esclavage, c’est ainsi que l’on obtient les droits des femmes, c’est ainsi que l’on obtient le droit de vote, c’est ainsi que l’on obtient la protection sociale des travailleurs. Tous les acquis tangibles sont venus de ce type d’effort, pas de gens qui sont allés à une manifestation puis se sont découragés parce qu’il ne s’est rien passé après, ou qui sont allés voter tous les quatre ans et sont rentrés chez eux.» (Extrait de La doctrine des bonnes intentions, Noam Chomsky, http://blog.autresmondes.eu/tag/Noam%20Chomsky)


Si tu ne le fais pas, personne ne le fera



Il faut choisir son camp.

« Je pense évidemment à l’énorme masse du prolétariat ouvrier et paysan des pays pauvres dont l’éveil lent et douloureux à la lutte des classes mondialisée pose précisément aux classes moyennes des pays riches la question décisive, que beaucoup voudraient ne pas entendre, de savoir dans quel camp elles se situent : celui des minorités profiteuses et jouisseuses, fédérées sous une bannière étoilée, ou celui de l’immense armée des traîne-misère qui se cherchent un étendard. » (Dialogue avec Alain Accardo, Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/ledire/accardo2.pdf)



« On est dans un système dont les nouvelles structures ont accru les enjeux vitaux pour tout le monde. Tout le monde lutte à mort. Tout le monde lutte pour sa survie ou bien alors pour les mieux placés du système pour des accroissements de puissance encore au-delà de ce qu'ils ont déjà réalisé. Et c'est ça qui fait la sauvagerie de ces luttes. C'est pour ça qu'il ne faut pas écarter d'un revers de main cette idée de la souffrance de certains patrons ou de certains cadres, voir même de cadres supérieurs. T'as le réflexe "gaucho" de base qui dirait "eh non ça va hein, ils ont leur BMW, ils sont propriétaires de leurs appart', ils ont leur résidence secondaire et leur chien, ils ne vont pas nous emmerder non plus". Et c'est vrai, il y a quelque chose de pas faux là-dedans. Je vais le dire encore une fois, toutes les souffrances ne se valent pas. Mais tu ne peux pas non plus complètement faire l'impasse sur ce fait que la souffrance maintenant a été disséminé dans toute la structure sociale du capitalisme. Alors en même temps, on pourrait se dire mais ça c'est les conditions d'un changement. Si tout le monde en chie... Normalement la violence de ce système a atteint des seuils intolérables devrait pouvoir se faire et à la limite je dirais presque qu'elle se fait. on en voit la trace en particulier dans des événements politiques d'un genre un peu spéciaux comme le référendum européen. Si le référendum fait non à 55%, c'est qu'il n'y a pas que les ouvriers et les employés qui ont voté non. Il y a d'autres groupes sociaux qui commencent à se dire "là attendez ça va". Et on le sait bien, c'est d'ailleurs un des drames de l'histoire, c'est que pour qu'il y ait du changement social profond, il faut que les dominants commencent à en baver un peu. C'est Pierre Bourdieu qui rappelait très justement que dans Amsterdam au 17è ou au 18è siècle, on avait entrepris de sérieux travaux d'hygiène publique et de construction d'un tout-à-l'égoût parce que sinon c'était insalubre et se développait des maladies, mais les maladies elles ne font pas le choix entre le fils de manan et le fils de noble à l'époque. Si les fils de noble attrapent la vérole, là il faut faire quelque chose. Et il se passe toujours quelque chose dans les périodes de très grands chômages en France parce que le niveau des eaux boueuses remontent et ça comment à titiller les narines des cadres supérieurs, de nos chers dirigeants, etc. parce que dans leurs familles, ils ont un fils, un neveu, qui est au chômage. Non de non, si le de truc de machin est au chômage, "le chômage est un problème, il faut s'en occuper très vite, ça va pas du tout cette affaire". Alors là on commence à s'affoler un petit peu. » (Extrait du documentaire "Ma Mondialisation" de Gilles Peret, 2006, entretien de 15 minutes avec Frédéric Lordon, 10:30)


Militantisme


Le numéro 2 des Cahiers de Raisons d’agir sur les transformations du militantisme :
http://raisonsdagir.org/CahiersRA2.pdf

Ce qu'on s'aperçoit c'est que les gens qui commençent le militantisme le font grâce au fait qu'ils connaissent quelqu'un dans le "milieu" qui les sensibilise. C'est beaucoup plus difficile pour les inconnus. De même ce lien se ressent quand on va diffuser des tracts. Il y a plus de chances que les gens soient réceptifs quand on parle avec eux, que si on leur donne simplement un tract comme ça.

Les activités militantes « portent leur récompense en elles-mêmes » et font disparaître « toute distinction entre coût et bénéfice » . (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p148)


http://www.bibliotheque-sonore.net/luttes/syndicalisme/index.html
http://www.bibliotheque-sonore.net/alternatives/index.html
http://www.bibliotheque-sonore.net/democratie/autogestion/index.html
http://www.bibliotheque-sonore.net/alternatives/spezzano/index.html

« Gauchiste pour moi, c'est quelqu'un qui se coupe de la population. Un gauchiste, un activiste, ça ne me parle pas. En tout cas moi, je ne me suis jamais défini comme ça. Je pense que la Ligue l'a été en parti aussi parce que c'était une génération qui pouvait se permettre ça. [...]
Le militantisme à la Fac, c'est une caricature. Regardez quelque soit le bord. C'est des activistes qui tiennent des tables du matin au soir, qui font signer des pétitions du matin jusqu'au soir. Je dis çela, je l'ai fait. Qui font des prises de paroles du matin jusqu'au soir, et qu'on a un tout petit défaut, c'est que par cette activité là, ils montrent à tout le monde qu'il faut être anormal pour s'engager. Parce que cela veut dire qu'on ne peut pas combiner ses études et un engagement. Or si on pense vraiment ce qu'on pense nous, c'est à dire changer le monde et faire une vraie révolution démocratique c'est à dire avec la majorité de la population, il faut que la majorité de la population puisse le faire. Or ça ne sera pas des militants professionnels qui pourront le faire donc c'est cette question là que cela pose. Donc je pense que la Ligue a un moment donné, ils passaient leur temps à envoyer le service d'ordre sur les marchés pour déglinguer les fashos. C'est bien, c'est super mais...moi un parti que je veux construire c'est des gens qui sont capables d'avoir une activité professionnelle, qui sont capables d'avoir un engagement, d'avoir une vie privée. bref de prouver que l'engagement, c'est quelque chose qui potentiellement appartient à tout le monde. » (Olivier Besancenot, L'imaginaire historique des candidats à l'élection présidentielle 4/10, 22 février 2007, à la 26:52 et 27:14, http://www.redir.fr/gyxi)


En bref, quelques constats et difficultés :
*Engagement désintéressé
*Membres par conscience peu fiables ou plus radicaux
*Mécontentement individuel => moblisation collective
*Luttes symboliques, représentations de classes
*Analyse de l’Etat , fermé ou ouvert
*Prise de conscience
*« armes des faibles » : manifestation = conventionnelles / vote
*« dominants parmi les dominés »
*faire carrière
*multicartes
*« il faut toujours risquer l'aliénation politique pour échapper à l'aliénation politique »
*Reconnaissance des militants
*Manifestations de papier => médias, même classe, + facile
*Pas maitre de son calendrier
*Imposer son sens au mouvement
*Potentiel révolutionnaire

Au niveau de l'UE les stratégies (discrètes, sinon occultes) de lobbying disposent d'une efficacité nettement supérieure à celles, publiques, d'ordre contestataire. » (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p159-160)


« Je crois que rien ne justifie cette abdication scientiste, qui ruine la conviction politique, et que le moment est venu où les savants se doivent d'intervenir dans la politique, avec toute leur compétence, pour imposer des utopies fondées en vérité et en raison. » (Pierre Bourdieu, dans « Propos sur le champ politique », p105)


« Quand je souhaite que savants, artistes et chercheurs prennent pied dans le champ politique, ce n'est pas pour qu'il y prennent le pouvoir; ils n'en ont ni le temps ni l'envie (sinon ils auraient fait l'ENA). Mais il serait important qu'ils interviennent comme une instance critique, une sorte de parlement critique comme l'étaient les philosophes du XVIII, siècle. Je suis aussi très sensible à l'idée que les savoirs sont partiels et le sont de plus en plus, et je ne voudrais pas voir les biologistes au pouvoir... et encore moins les sociologues. » (Pierre Bourdieu, CONFERENCE : LE CHAMP POLITIQUE, Grandes conférences de Lyon, université Lumière-Lyon, jeudi 11 février 1999. dans « Propos sur le champ politique », p79)


« Regards : Le pragmatisme affiché de ces mouvements éphémères [Jeudi noir, Génération précaire, les enfants de Don Quichotte] ne risque-t-il pas de générer une forme de "zapping militant".
Isabelle Sommier : En sociologie, on parle de "single issue group" : de groupes spécialisés sur une seule cause. C'est un phénomène que l'on constate depuis les années 1970 et qui continue aujourd'hui de se développer. Jacques Ion parle quant à lui d'un "engagement post-it", c'est-à-dire d'une attitude assez distanciée vis-à-vis des luttes qui peuvent être intensives mais de courtes durée. Cela renvoie plus globalement à la méfiance vis-à-vis de toute instrumentalisation de la contestation. Passer d'une mobilisation à une autre permet aussi de se prémunir contre une forme de routine et une déception probable, en privilégiant la satisfaction immédiate dans l'action plutpot que la construction d'une lutte dans la durée. [...] Tout cela participe, à mon sens, d'un apprentissage de l'action publique.» (Magazine Regards, mars 2007, p46)


Medias


« Les journalistes dominantEs recherchent des interlocutrices/eurs qui leur ressemblent. Spontanément, illes jugeront "meilleurE", plus intéressantE, plus percutantE, celui ou celle qui s’exprimera avec leurs mots et leur système de référence. Ainsi, peu à peu, les médias, plus que les militantEs, vont ’’élire’’ et rendre célèbres les représentantEs du mouvement, elles/eux-mêmes pré-sélectionnéEs dans le pool de celles/ceux qui consentent à la médiatisation et à ses figures imposées. Or, les critères d’excellence médiatique sont très différents des critères d’engagement militant. L’activité militante s’appuie sur l’expérience, le savoir-faire, la camaraderie, l’aptitude à payer de sa personne, etc. En revanche, l’autorité médiatique se jauge à la fréquence des passages à l’antenne, à l’aisance dans les ’’débats’’, à l’épaisseur du carnet d’adresses, au nombre de langues que l’on parle, au nombre de petites phrases reprises par un quotidien de référence. Le choix d’une forme d’investissement plutôt que de l’autre ne peut rester sans conséquences : pendant que les médias offrent à certainEs d’être vuEs, de discourir, de voyager, de participer à des colloques, d’ ’’avoir son visage sur la photo’’, illes taisent l’existence d’autres qui, dans l’anonymat des luttes ’’ordinaires’’, des enveloppes qu’on affranchit, des réunions locales qu’on organise, constituent le mouvement. » (Serge Halimi, Les luttes anticapitalistes face aux médias. Contestation des médias ou contestation pour les médias ?, http://infokiosques.net/spip.php?article=348 )


Les luttes anticapitalistes face aux médias. Contestation des médias ou contestation pour les médias ?
http://infokiosques.net/spip.php?article=348

Pour une information et des médias pluralistes - Appel à des Etats Généraux
http://www.etats-generaux-medias.org/article.php3?id_article=7

Déclaration finale de la première session des États généraux.
http://www.acrimed.org/article2453.html

Appel des journalistes de l'audiovisuel public pour des débats contradictoires
http://www.info-impartiale.net/petitions/

Quelles transformations des médias ?
http://www.acrimed.org/rubrique318.html

Propositions
http://www.acrimed.org/mot979.html

Immigration


Cimade 75 propositions
http://www.cimade.org/downloads/75PropCimade.pdf

Quartiers populaires


AC ! Le feu doléances
http://www.marianne2007.info/docs/ACLefeu-synthese-doleances.pdf

Institutions


Le référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l'Europe (TCE) et le débat qu'il a suscité ont servi de révélateur pour un grand nombre de citoyens qui ne s'occupaient pas de politique jusque-là : révélateur d'une faiblesse inquiétante de la démocratie dans laquelle nous vivons. En Europe, mais aussi en France, aucun organe important n'est soumis à un contrôle efficace et on vérifie tous les jours que les élections ne sont pas un contre-pouvoir.
À l’occasion de cette réflexion institutionnelle sur l’Europe, il est apparu que nos représentants se sont progressivement, depuis longtemps, affranchis de tout contrôle sérieux.
Ainsi nos institutions semblent n’avoir que l'apparence de la démocratie, une supercherie, et les citoyens découvrent qu’ils sont, de fait, exclus de la prise de décision et du débat qui précède les décisions : quand on recherche les moyens que nous avons de résister à une mauvaise décision, on s'aperçoit qu'il n'en reste pas. Entre deux élections, il ne nous reste que la rue pour résister, ce qui n'est pas une institution et ce qui montre bien le peu d'importance que les rédacteurs de nos Constitutions, en Europe et en France, donnent à la volonté populaire, deux cents ans après la Révolution française.


http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Bonne_Constitution_Guerison_Democratie.htm
http://etienne.chouard.free.fr/wikiconstitution/index.php?title=Accueil
http://etienne.chouard.free.fr/forum/

Indicateurs de richesses


rapport " Reconsidérer la richesse " (1,6 Mo), Patrick Viveret
http://www.societal.org/docs/rapport_viveret.pdf

IDENTITIFICATION, CROYANCE


Dans nos sociétés complexes, où les individus partagent simultanément plusieurs identités (Breton, catholique, cheminot, homosexuel, etc.) et peuvent appartenir a une pluralité d'organisations (club de sport, syndicat, parti politique, etc.), sur quelle identité et quelle structuration préalables la mobilisation se fondera-t-elle, et pourquoi sur celles-ci plutôt que sur telles autres? (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p115)


L'individu, en allant voter, témoigne de son appartenance et ravive son identification à une certaine collectivité bien plus qu'il ne poursuit un intérêt individuel. Le réconfort de ne pas être seul mais d'appartenir à un groupe qui partage les mêmes valeurs que soi, le sentiment valorisant d'avoir raison contre les autres, le plaisir retiré de l'activité militante... sont des dimensions souvent sous-estimées, mais pourtant décisives, de l'engagement, au-delà et parfois avant même l'obtention des revendications exprimées. (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004)


Attention à la pathologisation de l'engagement !!!

Le cadre proposé par l'organisation doit avant tout entrer en « résonance » (frame resonance) avec les croyances et les valeurs de la recrue potentielle, c'est-à-dire lui apparaître comme crédible et pertinent. Cette contrainte de crédibilité impose notamment que le cadre proposé par l'organisation comporte trois éléments - de diagnostic sur la situation problématique (diognostic framing), de proposition de solution (prognostic framing) et de motivation à l'action (motivational froming) - suffisamment cohérents et, plus largement, qu'il soit conforme au système de croyances propre au groupe ou à la société dans lesquels il se déploie, pour produire un engagement effectif dans l'action collective (Snow ft Benford 1988). (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p68)



ORGANISATION


« Nous parlons d'appropriation sociale et non de nationalisation. [...] Il s'agit de donner à la société les moyens de contrôler et d'orienter son développement. » (Fondation Copernic, «Diagnostics pour sortir du libéralisme , p99)


« Les crises politiques ne doivent donc pas être comprises comme relevant d'une « pathologie » ou d'un « dysfonctionnement » de la société, mais comme un changement d'état de ses différentes composantes. Alors qu'habituellement la société est « sectorisée » - c'est-à-dire que ses différents secteurs (l'armée, la justice, le gouvernement, l'université, le monde du travail, etc.) restent autonomes les uns par rapport aux autres, et que les individus qui en font partie poursuivent les intérêts et obéissent aux logiques ou règles qui leur sont propres -, une situation de crise entraîne une désectorisation de la société. Les frontières qui ordinairement séparent les différents univers s'estompent et les individus cessent d'agir selon les règles du jeu propres à leur secteur. » (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p128)


« TAZ (TEMPORARY AUTONOMOUS ZONE). « La TAZ est comme une insurrection sans engagement direct contre l'État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d'imagination) puis se dissout, avant que l'État ne l'écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l'espace. Puisque l'État est davantage concerné par la simulation que par la substance, la TAZ peut il occuper ces zones clandestinement et poursuivre en paix relative ses objectifs festifs pendant quelque temps. Certaines petites TAZ ont peut-être duré des vies entières, parce qu'elles passaient inaperçues, comme les enclaves rurales Hillbillies du Sud des États-Unis - parce qu'elles n'ont jamais croisé le champ du spectacle, qu'elles ne se sont jamais risquées hors de cette vie réelle qui reste invisible aux agents de la simulation. » (HAKIM BEY, TAZ, cité dans Guérilla Kit, Morjane Baba, p140, http://infokiosques.net/spip.php?article=381 )


Pour Bourdieu, « il y a une sorte d'antinomie propre au politique qui tient au fait que les individus - et d'autant plus qu'ils sont plus démunis - ne peuvent se constituer (ou être constitués) en tant que groupe, c'est-à-dire en force capable de se faire entendre et de parler et d'être écoutée, qu'en se dépossédant au profit d'un porte-parole » (Bourdieu 2007, p. 260). [...] Certains courants (dont, en premier lieu, les libertaires) ont développé une grande vigilance à cet égard, et nombre d'organisations ont imaginé diverses procédures - mandat impératif, interdiction du cumul, procédures de révocation... - à même de prévenir les risques d'usurpation ou d'appropriation du pouvoir. Aucune n'est cependant parvenue à totalement conjurer la règle fatidique selon laquelle « il faut toujours risquer l'aliénation politique pour échapper à l'aliénation politique » (Bourdieu 2001, p. 261). (cité dans Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004)


De la révolution de l’art à l’art de la révolution : Dans la perspective du dépassement de l’art, l’I.S. élabore une position critique, théorique et pratique, qui montre que la suppression et la réalisation de l’art sont les aspects inséparables de ce dépassement. Sa recherche d’un art intégral mène l’I.S. à une poésie de la vie quotidienne, une poésie sans poèmes qui devient vite le noyau central de la critique situationniste. Mais cette nécessité d’un bouleversement de la vie quotidienne, à entreprendre hic et nunc, ne satisfait pas complètement les situationnistes, qui amplifient dès lors leur critique vers l’analyse et la contestation du système capitaliste moderne dans sa totalité. En effet, si l’art et la philosophie constituent des questionnements qui peuvent aboutir à une remise en question du quotidien, celui-ci ne peut être modifié de manière satisfaisante sans un bouleversement complet du vieux-monde. C’est le passage, pour l’I.S., de la révolution de l’art vers l’art de la révolution.
C’est la constatation lucide d’une liberté quasi-inexistante, voire difficile à imaginer dans l’oppression existante, qui va pousser l’I.S. à apporter la contestation dans chaque discipline. Empreinte de dadaïsme, de surréalisme et de lettrisme, la critique situationniste n’a jamais caché non plus ses penchants vers ce qu’il y a de plus radical chez Marx et dans l’anarchisme ; dans sa critique de la société spectaculaire-marchande, l’I.S. peut reprendre la phrase d’André Breton : “au-dessus de l’art, de la poésie, qu’on le veuille ou non, bat aussi un drapeau tour à tour rouge et noir” . André Breton, Arcane 17 (Paris, éd. J-J. Pauvert, 1971), p.19 cité dans La critique situationniste ou la praxis du dépassement de l’art, Thomas Genty, 1998, http://infokiosques.net/spip.php?article=120 )