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12.3.L'étau policier

Dernières modifications : 27.02.2007, 17:25

« Le libéralisme sécuritaire glorifie l'État minimal pour ce qui relève des services rendus au public, de la redistribution, du contrôle de l'utilisation de la main-d'oeuvre, et milite pour un État fort quand il s'agit de masquer, contenir ou réprimer les conséquences sociales de cette dérégulation du travail et de la détérioration de la protection sociale. » (Fondation Copernic, « Diagnostics pour sortir du libéralisme », p76)


"Police Partout ! La globalisation est aussi celle de la police et des pratiques sécuritaires. Dans le nouveau monde tel qu'on nous le dessine, le danger est partout, les insécurités sont notre ennemi principal. L'aisance et la croissance auraient pour parallèle le développement d'une peur, peur de perdre ses biens, peur dans un ordre de plus en plus inégalitaire qui met les riches en face des pauvres et, entre eux, un dispositif policier de plus en plus « performant ». Partout dans notre riche Nord, les polices s'organisent, se modernisent, se font visibles pour rendre visible le pouvoir. Alors que la sphère publique, celle de la citoyenneté et du vivre ensemble, s'amenuise l'ordre public fait spectacle et réprime. Les législations s'harmonisent pou criminaliser et réprimer certains d'entre nous en particulier : les plus démunis, les rejetés, les contestataires, ceux qui font désordre en général. Partout les prisons se remplissent, les rues se garnissent de caméras et de police. Et partout l'opposition devient un jeu périlleux, la résistance doit entrer dans ce monde là, elle doit désobéir pour affirmer une autre légitimité, au risque de sa liberté et de son intégrité physique parfois. La ruse ici est au centre. Mais le jeu est sérieux." (Guerrilla Kit, de Morjan, p55)


Aux États-Unis, on assiste à un dédoublement de l'État, avec d'un côté un État qui assure des garanties sociales, mais pour les privilégiés, suffisamment assurés pour donner des assurances, des garanties, et un Etat répressif, policier, pour le peuple. Dans l'État de Californie, un des plus riches des États-Unis, - il a été un moment constitué par certains sociologues français en paradis de toutes les libérations -, et des plus conservateurs aussi, qui est doté de l'université sans doute la plus prestigieuse du monde, le budget des prisons est supérieur, depuis 1994, au budget de toutes les universités réunies. Les Noirs du ghetto de Chicago ne connaissait de l'État que le policier, le juge, le gardien de prison et la parole officer, c'est-à-dire l'officier d'application des peines devant qui ils doivent se présenter régulièrement sous peine de repartir en prison. On a affaire là à une sorte de réalisation du rêve des dominants, un État qui, comme l'a montré Loïc Wacquant, se réduit de plus en plus à sa fonction policière. (Contre-Feux, Pierre Bourdieu, p37)


Autrement dit, comme Loïc Wacquant a eu l’occasion de montrer sur l’exemple des USA, ce pays du libéralisme réellement existant, qui sert de modèle aux promoteurs de la «refondation sociale», le démantèlement de l’Etat social ne peut qu’aller de pair avec le développement de l’Etat pénal : là où la cotisation sociale et la prestation sociale sont renvoyées aux poubelles de l’Histoire, c’est la matraque et la chaise électrique (ou la guillotine) que l’ont (re)met en service. L’exaltation de l’insécurité comme vertu du marché se retourne ainsi nécessairement en phobie insécuritaire, dès lors que l’insécurité marchande suscite la révolte contre le marché lui-même. L’une n’est pourtant que le verso de l’autre : car ce sont précisément les victimes de l’insécurité réputée vertueuse du marché qui se font ordinairement les auteurs de l’insécurité délictuelle et criminelle. La liberté pour les gagnants, la prison pour les perdants ! Telle est en définitive la devise inavouée parce qu’inavouable de tout le discours de la «refondation sociale», dont la force tient moins à sa cohérence formelle qu’à la puissance industrielle et financière de ses ténors qui, en matière d’opinions comme en tout autre, en possèdent ou en contrôlent les moyens sociaux de production. Devise en laquelle éclate leur cynisme foncier. http://www.alencontre.org/page/print/BihrRefondSoc11_05.htm


« Libéral-autoritaire, c'est à dire:
- libéral sur le plan économique, sauf à protéger quelques clientèles;
- autoritaire sur le plan des libertés individuelles, sauf à protéger certains intérêts particuliers.
Dans cette optique, le projet libéral s'inscrit d'abord dans un débat idéologique et prend pour référence le modèle américain, réduisant en principe le plus possible le domaine d'intervention de l'État. Selon ce modèle idéal, l'État doit assurer seulement les fonctions de souveraineté qui le légitiment: sécurité extérieure, police, justice, trois missions fondant la notion même d'État. Les mécanismes du marché, les initiatives individuelles, l'autorégulation sociale devront progressivement réduire les autres domaines d'intervention, telles la solidarité, la culture, l'éducation... Véhiculée à longueur de médias, ce modèle culturel américain est aussi présenté comme la référence obligée en matière de protection des libertés. Profondément inégalitaire, la société américaine utilise comme mythe fondateur les principes constitutionnels touchant aux libertés. La réalité est bien différente, gérée par une corporation très influente de professionnels du droit tirant un profit maximum d'un marché qu'ils développent à l'envi. Elle suscite un système policier peu contrôlé dans ses pratiques quotidiennes, souvent corrompu, concurrencé par des agences de protection privées, un appareil judiciaire profondément influencé par la situation sociale et financière des individus, un monde carcéral hypertrophié et violent. Ainsi, avec sept cent cinquante mille détenus, les États-Unis sont le troisième pays au monde en nombre de personnes incarcérées par rapport à la population, juste derrière l'URSS et l'Afrique du Sud. Cette population carcérale a doublé depuis 1970, le nombre de femmes détenues ayant, quant à lui, augmenté de 65% entre 1978 et 1983. Le surpeuplement est tel que l'espace moyen dont dispose chaque prisonnier dans sa cellule est inférieur à 2 mètres carrés.
La sur-représentation des populations précarisées, les Noirs en particulier, est patente. Au 1er juin 1987, sur 1901 prisonniers condamnés à mort, 787 sont de race noire. Au 1er octobre 1986, 32 détenus en attente d'exécution étaient mineurs au moment des faits ayant motivé leur condamnation, 18 prisonniers ont été gazés, électrocutés ou empoisonnés par des injections mortelles en 1986. Amnesty International estime que ce chiffre pourrait être porté à 40 en 1987. C'est la violence entretenue par la société américaine qui produit de façon consubstantielle la violence de son système répressif. Plus les inégalités sociales s'accroissent, moins les mécanismes d'aide et de redistribution sont efficaces. Aux solidarités se substituent répression brutale et charité-spectacle. » (Jean-Paul Jean http://www.homme-moderne.org/societe/politics/jpj/liberal.html)