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11.4.Travail idéologique, symbolique

Dernières modifications : 01.03.2007, 16:29

"Le modèle politique néolibéral a su imposer depuis plusieurs décennies un cadre de pensée dont la simplicité et la cohérence apparentes permettent de créer une forme d’adhésion immédiate. Il a su affubler cette idéologie d’un langage positif, la « naturaliser » c'est-à-dire lui donner toutes les marques de l’évidence. De façon plus perverse encore, le projet néolibéral s’est approprié les termes traditionnellement et symboliquement associés à la gauche tels que réforme, progrès ou liberté. La preuve la plus éclatante de l’efficacité rhétorique de ce modèle est sa capacité à aspirer les propositions issues de la gauche tout en les détournant et les vidant de leur sens : ainsi la droite peut-elle aujourd’hui en toute tranquillité prétendre intégrer à son programme la discrimination positive, le développement durable, la sécurité sociale professionnelle ou le droit au logement." ( L’Autre campagne, De nouveaux récits politiques pour une utopie concrète, par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste, http://www.lautrecampagne.org/article.php?id=121)


« Enregimenter l'esprit du public aussi sûrement qu'une armée enrégiment les corps de ses soldats. » (Edward Barnays, cité dans « Tous pouvoirs confondus », Goeffrey Geuens, 2003, p11)


« Convertir les élites économiques à la philosophie néolibérale. »
(http://www.collectif29mai.be/spip/article.php3?id_article=52)


« Une explication pour ce triomphe du néolibéralisme et pour les désastres économique, politique, social et écologique qui l'accompagnent est que les néolibéraux ont acheté et payé pour leur propre "Grande Transformation" nocive et régressive. Ils ont compris ce que les progressistes n'ont pas compris, que les idées ont des effets. Commençant par un petit groupe embryonnaire a l'Université de Chicago avec pour noyau l'économiste philosophe Friedrich von Hayek et ses étudiants comme Milton Friedman, les néolibéraux et leurs fondateurs ont créé un réseau international énorme de fondations, instituts, centres de recherche, publications, chercheurs, écrivains et experts en relations publiques pour développer, bien présenter et attirer sans arrêt l'attention sur leurs idées et leur doctrine. » (http://www.france.attac.org/spip.php?article407)


Voir l'article : 8.3.6."Think Tanks"

« On entend dire partout, à longueur de journée, - et c'est ce qui fait la force de ce discours dominant -, qu’il n’y a rien à opposer à la vision néo-libérale, qu’elle parvient à se présenter comme évidente, comme dépourvue de toute alternative. Si elle a cette sorte de banalité, c'est qu’il y a tout un travail d'inculcation symbolique auquel participent, passivement, les journalistes ou les simples citoyens, et surtout, activement, un certain nombre d'intellectuels.» (Pierre Bourdieu, Contre-feux)


Voir l'article : 1.3.Un combat permanent

« [il faut savoir mener] la lutte proprement symbolique contre le travail incessant des « penseurs » néo-libéraux pour discréditer et disqualifier l'héritage de mots, de traditions et de représentations associés aux conquêtes historiques des mouvements sociaux du passé et du présent; à condition aussi que l'on sache défendre les institutions correspondantes, droit du travail, assistance sociale, sécurité sociale, etc. contre la volonté de les renvoyer à l'archaïsme d'un passé dépassé ou, pire, de les constituer, contre toute vraisemblance, en privilèges inutiles ou inacceptables. » (Pierre Bourdieu, Contre-feux)


« Les clichés, les phrases toutes faites, l'adhésion à des codes d'expression ou de conduite conventionnels et standardisés, ont socialement la fonction reconnue de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les évènements et les faits éveillent en vertu de leur existence.» (Hannah Arendt, Considérations morales, Rivages poche, 1996 (1971))


« Les mots sont importants. Vivre dans l’omission de cette évidence laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes, amalgames, sophismes et présupposés clôturant la pensée et la création mieux que ne le ferait la plus efficace censure. » (Collectif Les Mots Sont Importants, http://www.lmsi.net/)


« GUERRE SÉMANTIQUE. Guerre sans merci. Les mots sont un pouvoir. Il s'agit bien souvent à la fois des mots utilisés par les politiques, introduisant par des formules un vocabulaire qui n'est jamais neutre. Il s'agit aussi du vocabulaire médiatique, qui reprend la plupart du temps les formules officielles, mais qui peut aussi se saisir du vocabulaire militant. Le remplacement du mot « clandestins » par celui de «sans-papiers» est une victoire dans cette guerre infinie, tout comme la quasi-disparition du terme d'« exclus » dans le vocabulaire médiatique, remplacé par précaires et chômeurs. La guerre sémantique est bien souvent le signe annonciateur d'autres guerres. Car lorsque l'on change les mots, c'est que l'on entend changer les choses. La transformation d'un ministère de l'Éducation nationale en un ministère de l'Éducation tout court est ainsi le signe de la volonté de privatisation d'une partie de ce service public en France. Sous le gouvernement Jospin, l'usage du mot citoyen en forme adjectivée a été le signe permanent d'un passage à une politique sociale libérale, privant la citoyenneté de son sens précis, et de sa force par la même occasion pour la déplacer du centre du processus démocratique à une position d'attribut « qualitatif » à des politiques censées être les seules possibles et ne pas relever d'un contrôle ou d'une volonté populaire. Côté militant, le passage d'antimondialisation à altermondialisation signifie la volonté d'afficher le mouvement comme une « force de proposition », quitte à se distinguer des militants plus contestataires. Dans cette guerre, il ne faut pas négliger la question du « politiquement correct ». Se réapproprier des mots interdits peut être une tactique de lutte, mais c'est aussi un enjeu face au consensus imposé, aux formes de censure larvées. » (GUERILLA KIT de Morjane Baba, p109-110, 2003)


« Comprendre les enjeux socio-politiques liés à des débats qui a priori paraissent très techniques, (les débats liés à la liberté de l'investissement et au libre-échange commercial et financiers), c'est avant tout comprendre que l'on se trouve dans une situation de confrontation idéologique très rude entre conceptions du monde diamétralement opposées : d'une part, une vision de libéralisme économique où l'économie est la fin de l'activité humaine et n'a pas d'autre objectif que de chercher par tous les moyens à amplifier les rapports de domination politique et économique d'une franche très aisée de propriétaires financiers sur le reste de la population; d'autre part, une vision où les droits collectifs pour la réalisation de l'émancipation et du bien-être des populations font de l'économie un moyen parmi d'autres pour réaliser ces fins. Or cette confrontation a beaucoup de mal à s'inscrire dans le débat démocratique car tout est fait pour que le vocabulaire mobilisé dans la mise en œuvre du projet néo-libéral soit banalisé et considéré par tous comme relevant de l'évidence et de la nécessité -et l'action quotidienne des grands médias détenus par les grands groupes mondiaux financiers a, à ce titre, un rôle central pour nous habituer peu à peu à penser avec en tête des références saturées par l'idéologie néo-libérale. Ainsi, les termes mobilisés pour faire ratifier des accords de libre-échange par les Parlements peuvent paraître tout à fait "normaux" et "naturels", faisant partie du vocabulaire économique banal : ils ne le sont pas! Parce que, en tant qu'outils au service de la diffusion d'une manière unique de penser la société, ils prennent sens, non pas séparément, mais à l'intérieur d'un réseau de significations et de représentations particulières du monde où chaque mot se trouve en résonance avec les autres pour s'attacher à banaliser la même idée : toute l'énergie et les ressources de la société doivent être mobilisées au service de la constitution d'une rente de plus en plus élevée pour ceux qui détiennent le pouvoir financier. Le néo-libéralisme hypertrophie la place de l'économie dans la société en vue d'imposer et de démultiplier le pouvoir des propriétaires de capitaux. Pour que, collectivement, il nous soit possible de remettre l'économie à sa "juste place", celle de moyen au service de la réalisation des valeurs démocratiques (accès égal à tous aux droits sociaux individuels et collectifs : enseignement, santé, logement, sécurité sociale, environnement protégé et non dégradé,…), il nous faut au préalable démystifier ensemble ce vocabulaire au service de l'idéologie de la rente dont on voudrait nous nourrir et nous pétrir comme s'il était immanquablement notre pain quotidien. » (Investissement, compétitivité, libre-échange, flexibilité : les quatre principes idéologiques de la régression sociale, Corinne Gobin (directrice du GRAID-Institut de Sociologie, ULB, http://users.swing.be/deroubaix/CGFSBII.doc)


« Dans quelle mesure les années 1980 permettent-elles de comprendre la France d’aujourd’hui ? Reconstituant, année après année, les étapes de ce tournant présenté comme inexorable, François Cusset montre que cette décennie signe avant tout la disparition de tout sens critique : des « experts » se mettent à professer le marché comme fin de la politique ; des « intellectuels » médiatiques discourent en chœur sur la fin des idéologies et délivrent des sermons simplistes sur le « mal » et le « sens de la vie ». On a ainsi vu triompher une idéologie réactionnaire d’un genre nouveau, où l’esprit de la révolution est passé dans l’entreprise, promue comme lieu par excellence de l’anticonformisme. La télévision, devenue le cœur de l’espace public, a commencé à diffuser le bavardage publicitaire qui lui tient lieu de vision du monde. Derrière le basculement des années 1980, et tout ce qu’elles nous ont légué, on trouve des intellectuels d’État et des idéologues télévisuels, quelques moralistes de plume et sociologues de la pub. » (François CUSSET, La décennie, Le grand cauchemar des années 1980, http://www.redir.fr/gsti )