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10.3.2.La lutte contre l'inflation crée le chômage

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:00

La rigueur monétaire est adoptée en 1983 par le gouvernement socialiste. Tout est verrouillé au niveau budgétaire pour combattre l'inflation, pour avoir une monnaie forte. La monnaie ne peut plus être utilisée comme un levier pour relancer l'économie, c'est-à-dire en relevant les minimas sociaux, pour relever le pouvoir d'achat et donc relancer la consommation. Si l'économie ralentie, le chômage augmente, il y a donc moins de cotisations de travailleurs et d'employeurs, donc moins de recettes pour l'Etat, et en même temps les dépenses sociales augmentent pour indemniser les chômeurs et essayer de minimiser la pauvreté. La seule possibilité d'action, la seule variable d'ajustement reste alors le marché du travail. « Réformer », « flexibiliser », « ajustements structurels », autant de termes pour organiser la désorganisation de la société avec la précarité, l'insécurité, etc. Avec la création d'emplois intérimaires, la déréglementation des horaires de travail, etc.

Interventionnisme de Keynes


Pour l'économiste John Maynard Keynes (1883-1946), l'économie doit être poussée par la demande. En augmentant les revenus, notamment les petits revenus qui consomment plus que les hauts c'est connu. Les hauts revenus ont plus de chance d'épargner et de ne pas investir dans l'économie immédiatement. En augmentant les minimas sociaux, on augmente la capacité de consommer, on relance donc la consommation. Par exemple, en payant ses ouvriers, Henry Ford en faisait des clients. A force de baisser le coût du travail, il n'y aura bientôt plus de clients.

« [Keynes] : politiques discrétionnaires de régulation à la demande globale. Ces dernières consistent à régler le niveau de la demande de consommation et d'investissement en agissant sur les dépenses publiques, les impôts, le volume et le coût de crédit : on relance la demande en situation de sous-emploi ; on la freine face à un risque d'accélération.» (Jacques Généreux, Les vraies lois de l'économie, p14)


« L'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages montre que, en 2004, 5% de la population française n'avait « pas les moyens financiers de manger de la viande, du poulet ou du poisson tous les deux jours ». Dans la période récente, plusieurs éléments semblent indiquer une dégradation à cet égard : les enquêtes du Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) portant sur l'ensemble de la population montrent que les achats de fruits frais se sont réduits de 3%. » (Humanité Dimanche 16 au 22 novembre 2006 p19)


1983 : le tournant de la rigueur



Jacques Delors : « A ce moment là (1983), nous étions pris entre 2 alternatives. La première était de relancer à nouveau l'économie, mais nous l'avions fait une première fois, ça ne marchait pas. Ni le climat international, ni l'environnement psychologique des entrepreneurs ne le permettait. Ou bien d'aller jusqu'au bout de la politique de rigueur. En allant jusqu'au bout de la politique de rigueur, je savais que le taux de chômage continuerait à monter encore pendant quelques années. » Extrait sonore du documentaire « Le chômage a une histoire », de Gilles Balbastre, 2001. Vidéo accessible en ligne : http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php



« Jean-Pierre Chevénement : "En 1983, a sonné l'heure du grand tournant, le tournant libéral il faut bien le dire, le tournant de la rigueur, dans le cadre d'une fixité du taux de change entre le Franc et le Mark avec tous les efforts que cela impliquait."
Narrateur : " François Mitterand a donc tranché en la faveur de la défense du Franc qui se traduit par la mise en place d'un plan d'austérité budgétaire et sociale. La priorité donnée à la lutte contre l'inflation fait définitivement tourner à la gauche la page de 1981."
Marcel Rigout : " Il faut bien comprendre les choses, on ne pouvait pas continuer à mener une bataille prioritaire sur le chômage en même temps que la bataille sur le commerce extérieur et contre l'inflation. A partir de là, tous les efforts que nous pourrions faire étaient annulés par des mesures que vous connaissez, la casse dans beaucoup de secteurs. A partir de là, les deux millions de chômeurs ont été atteints, dépassés et ça a continué à grimper." » Extrait sonore du documentaire « Le chômage a une histoire », de Gilles Balbastre, 2001. Vidéo accessible en ligne : http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php



Jean Paul Fitoussi est Professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l'IEP de Paris, Président de l'OFCE et Secrétaire général de l'Association Internationale des Sciences Économiques, et il a publié une recueil d’entretiens, que je vous recommande chaleureusement, avec JC Guillebaud : « La politique de l’impuissance », 2005, Arléa :

« - JCG : « Vous êtes en train de dire qu’au fond, obsédé par la lutte contre l’inflation, on a littéralement consenti au chômage. »
- JPF : « Pis que ça ! On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque "banquier central" de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier. » (p. 45) (…)
- JCG : « Que pensez-vous des deux arguments martelés à cette époque [après 1982] à propos de l’inflation et du respect des grands équilibres ? Premièrement on a dit qu’il était légitime (y compris moralement) de lutter contre l’inflation parce qu’elle pénalisait les plus pauvres ; deuxièmement, qu’il fallait maintenir les grands équilibres par simple respect et générosité pour les générations à venir, afin de ne pas faire peser une charge trop lourde sur la tête de nos enfants. On a habillé, en quelque sorte, cette politique d’un discours de générosité… »
- JPF : « C’était un double mensonge. En augmentant les taux d’intérêts, et surtout en les maintenant à un niveau élevé une fois l’inflation vaincue, on savait qu’on favorisait ceux qui détiennent le capital financier, et que l’on excluait de l’accès aux biens durables (qui exigent un recours à l’emprunt) les catégories les plus vulnérables de la population. (…) Le second mensonge, c’est qu’en augmentant les taux d’intérêt on faisait du service de la dette un des postes les plus importants du budget de l’État. » (P. 46)»