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10.La finance

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:00

L'enjeu de la finance

Aux luttes sociales intenses des années 1970, ont succédé les politiques économiques libérales, la financiarisation de l'économie, la suprématie des actionnaires, les gains de productivité non compensés par des hausses de salaires, les politiques de désinflation. Et le chômage.

« La finance est inhérente à l’économie capitaliste. Parce que celle-ci est une économie monétaire. En son sein, la monnaie est essentiellement l’instrument de l’accumulation du capital. Sans la monnaie, les propriétaires des moyens de production ne pourraient transformer la plus-value produite par le travail en profit et donc en accroissement de leur capital. De plus, sans création monétaire, l’accumulation serait impossible parce qu’au cours d’une période le capital ne peut récupérer en vendant les marchandises produites que les avances faites sous forme de salaires et d’outils de production. » (Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/postface.html)


La Mondialisation



Extrait du documentaire "Ma Mondialisation" de Gilles Peret, 2006, entretien de 15 minutes avec Frédéric Lordon, http://frederic.lordon.perso.cegetel.net/

« Une société est menacée quand l’une de ses puissances, devenue hégémonique, écrase toutes les autres et se les asservit, impose ses réquisits comme les seules priorités effectives et peut tout subordonner à son expansion indéfinie. Certaines sociétés ont connu la domination d’une Eglise, d’autres ont été sous la coupe d’un parti unique, d’autres encore craignent leur armée, plus puissante qu’aucune autre institution. La société capitaliste actuelle, toute démocratique qu’elle s’imagine, expérimente elle aussi le joug d’un groupe surpuissant, affranchi de toute force de rappel, par conséquent prêt à pousser son avantage jusqu’où bon lui semblera. Ce groupe, ignorant des limites et en proie à la démesure, c’est la finance actionnariale. » (Une mesure contre la démesure de la finance : le SLAM !, Frédéric LORDON, http://www.lautrecampagne.org/article.php?id=130)


Voir aussi :
http://w3.la-bas.org/article.php3?id_article=1108
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1097

La mondialisation: de quoi s'agit-il?
http://perso.orange.fr/claude.rochet/fiches/mond/p2.html

Sur la monnaie


INCURSION DANS UN DOMAINE TROP RESERVE
http://www.attac78nord.org/IMG/pdf/monnaie_attac_au_19_10_04_.pdf

Libérons la monnaie
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ArgumentsPourUneLoiRendantLaMonnaieAuxEtats.pdf

Mais qu'attend Attac ?
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=2344#p2344

La proposition de loi organique n° 157 tendant à limiter le rôle de l’endettement dans la création de la monnaie.
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=1961#p1961

10.1.Le commerce ou la guerre

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:46

Le pouvoir actuel de la finance est portée par l'idée que le commerce est source de paix entre les pays. Qui fait des affaires, ne fait pas la guerre.

« Deux types inconciliables d'organisation sociale s'affrontent, en définitive, qu'on peut appeler, d'après leurs manifestations les plus caractéristiques : la société commerciale et la société militaire. » (Friedrich Von Hayek, la route de la servitude, 1944, p94)


Voir l'article : 6.2.Il n'y a pas d'alternatives

C'est une fable pour enfant, la guerre est le modèle absolue de la société capitaliste industriel : « l'armée est le consommateur idéal, car elle tend à réduire à zéro l'intervalle de temps entre la production initiale profitable et le remplacement profitable » (« Technique et civilisation » de Lewis Mumford, 1950, p91). Et s'il n'y a pas de guerre au sens premier du mot, il y a une guerre économique, qui s'appuie sur l'ordre qui protègera les intérêts des grandes puissances financières/ Voir l'article : 6.5.La "liberté" par la répression

" La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats-Unis. Une guerre permanente, économique, une guerre sans morts." "Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans morts apparemment, et pourtant une guerre à mort." (François Mitterrand, Commentaire fait lors d'un entretien privé à la fin de sa vie, cité dans Courrier International du 13 Avril 2000) http://www.redir.fr/gfui


Voir l'article : 10.3.3.Un résultat plus catastrophique qu'une guerre


« Ce conflit [la première guerre mondiale] a artificiellement duré pour le plus grand profit de l'industrie de guerre.»


>>> Francis Ronsin, « La guerre et l’oseille » :
http://www.acrimed.org/article1576.html
>>> "PLUTOT HITLER QUE LE FRONT POPULAIRE":
http://1libertaire.free.fr/Patroncollabo.html
Voir l'article : 12.1.La construction de l'ennemi
>>> Guerre et mondialisation :
http://www.france.attac.org/spip.php?article6750

« Le conflit ou la tension dont la guerre est le drame institutionnel spécialisé est un fait périodique dans les sociétés humaines. Il est inévitable quand la société a atteint un certain degré de différenciation, car l'absence de conflit présumerait une unanimité qui n'existe que dans le placenta entre l'embryon et sa mère. Le désir d'atteindre cette sorte d'unité est l'un des caractères régressifs les plus évidents des états totalitaires ou des tentatives de tyrannie dans les plus petits groupes. [...] Le conflit est un incident inévitable dans tout système actif de coopération, il faut s'en féliciter à cause des variations et modifications salutaires qu'il introduit – la guerre est évidemment une perversion spécialisée du conflit, léguée sans doute par les groupes chasseurs. Elle n'est pas plus un phénomène éternel et nécessaire de la vie de groupe que le cannibalisme ou l'infanticide. [..]Dans presque toutes ses manifestations, cependant, la guerre indique la chute dans la psychologie infantile de la part des peuples qui ne peuvent plus supporter la contrainte de la vie en groupes, avec toutes les nécessités de compromis, - donner et prendre, vivre et laisser vivre, comprendre et sympathiser, - tout ce que cette vie de groupe exige et toutes les complexités d'adaptation qu'elle implique. Ils essaient par la baïonnette et le canon, de dénouer le lien social. [...] La guerre brise l'ennui d'une société mécanisée. [...] Dans la guerre moderne, le primitif brut et le mécanisme d'horlogerie ne font qu'un.» (Technique et civilisation, 1936-1950, Lewis Mumford, p265-266-267)


10.2.Inversion des valeurs

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:48

Il serait trop long et trop difficile de montrer l'évolution du capitalisme, de la culture, des techniques (notamment la machine) qui amène aux actuelles inversions de valeurs, comme celle de la primauté de la loi du profit sur la satisfaction des besoins sociaux. Cela se construit sur un terreau culturel de dévalorisation du travail, de prise de distance avec le réel en discréditant le manuel, le physique en lui donnant une valeur abstraite monnayable, de papier.

« Croire que l'on pouvait se dispenser de valeurs constituait un nouveau système de valeurs. » (Technique et civilisation, 1936-1950, Lewis Mumford, p250)


« En dépit des guerres et de la pauvreté, le continent noir a enregistré en 2004 sa plus forte croissance depuis huit ans » (Le Monde, 24 mai 2005). Les habitants des townships d’Afrique du Sud, les travailleurs-esclaves des complexes industriels du Nigeria, les 25 millions de séroppositifs du « continent noir » seront sûrement contents de l’apprendre. […] Rares sont les mauvais esprits qui font remarquer qu’en 2003, alors que la croissance française n’ été que de 0,6%, les salaires des patrons du CAC40 ont augmenté de 10,3%. » (LQR, la propagande au quotidien, Eric Hazan, 2006, p35)


« Jean-Luc Gréau : « les Etats-Unis, qui cumulent depuis plus d'une décennie un déficit commercial abyssal, auquel s'ajoute, depuis trois ans, un déficit budgétaire non moins important, sont devenus un modèle de croissance pour les économistes du monde entier! C'est ce que l'auteur appelle l' « anomalie américaine » : le système ne récompense plus les « vertus » traditionnelles de l'économie de marché-le travail, l'épargne, l'équilibre des comptes-, mais semble, au contraire, donner une prime à ceux qui les ignorent. [...] Car la Bourse, analyse Gréau, a elle aussi été détournée de sa fonction originelle : permettre aux entrepreneurs de lever des capitaux pour le développement de leur entreprise. En réalité, le système procède à une inversion qui peut se révéler mortelle pour lui-même : aujourd'hui, l'entreprise est au service de l'actionnaire, ce n'est plus ce dernier qui stimule son développement. » (Jean-Luc Gréau, http://www.marianne-en-ligne.net/)



« En tant que médecin, j'avais causer la mort d'un homme. Mais au lieu d'en être tenu responsable, moralement et professionnellement, j'avais reçu une promotion, j'étais devenu une meilleure directrice médicale. On me félicitait d'être assez forte pour prendre ce genre de décision qui épargnait des centaines de milliers de dollars à la compagnie. » (Extrait du documentaire « Le bien commun » de Carole Poliquin)


10.2.1.Le PIB

Dernières modifications : 25.02.2007, 12:04

Un exemple absurde du renversement des valeurs, de cette distanciation du réel est celui du PIB (Produit Intérieur Brut), le principal indicateur de richesse. Le PIB additionne sans distinction la valeur ajoutée créée lors de la réparation de dégâts (accidents de la route, catastrophe naturelle, catastrophe industrielle) et celle correspondant à une réelle création de richesse. Une catastrophe naturelle, des accidents de voiture font ainsi monter le PIB ! C'est pourquoi, on l'appelle ironiquement un « thermomètre qui rend malade ». Pourtant, d'autres indicateurs (de développements humains) existent prenant en compte d'autres paramètres essentiels pour définir la richesse d'une société : l'alphabétisation, la santé, le tissu associatif, la mortalité infantile, les libertés, le niveau de vie, de revenu, d'instruction, l'espérance de vie... (D'après "Un autre regard sur la richesse" - http://www.caracoleando.org/article64.html et http://bombadabom.free.fr/economie_politique/_textes/indicateurs_richesses.pdf)

10.2.2.Les brevets

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:50

« Breveter l’œuf pour empêcher la poule de pondre »

Jean-Michel Yolin, président de la section "Innovation" au Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, auteur du rapport "Internet et Entreprises, mirage ou opportunités?", observe dans un entretien sur les menaces de brevet de SCO contre IBM/Linux Le brevet servait à rentabiliser les efforts de recherche-développement. Au lieu de servir l'innovation, il a été détourné pour miner le terrain et neutraliser les innovateurs gênants, en leur envoyant des avocats dans les pattes au moment d'une levée de fonds ou quand ils essaient de trouver des clients. (Jean-Michel Yolin 06/2003: Le brevet ne sert plus l'innovation, http://swpat.ffii.org/vreji/citations/index.fr.html#polit)


Bon nombre d'entreprises accumulent ainsi un grand nombre de brevets non pas pour développer des inventions, mais pour empêcher leurs concurrents de le faire. Le système des brevets amènerait également les entreprises à se concentrer sur des inventions brevetables plutôt que sur des innovations difficiles à breveter (http://www.quebecoislibre.org/990403-3.htm)


Docteur Vandan Shiva, fondation pour la recherche en sciences, technologie et écologie, Inde: « Les compagnies s'approprient nos plantes, nos connaissances et les présentent comme leur invention. Il y a Rice Tech qui prétend avoir inventé le basmati, [la multinationale] WR Grace et le Departement Américain de l'agriculture qui prétendent avoir découvert l'usage du margousier comme pesticide et fongicide en agriculture. D'autres compagnies prétendent avoir découvert les propriétés digestives du poivre noir alors qu'il est utilisé en Inde depuis des millénaires. » (Extrait du documentaire « Le Bien commun, l'assaut final » de Carole Poliquin)


« Le margousier, arbre de Neem ou arbre libre en persan, est très utilisé en Inde depuis au moins 4000 ans, les propriétés des diverses parties de cet arbre (graines, feuilles...) sont connues en agriculture, médecine humaine et vétérinaire, et cosmétique. L'Inde a "partagé" son arbre libre et ses utilisations avec la communauté internationale, mais cette ressource importante devient aujourd'hui, par le truchement du système des brevets, la propriété privée d'un petit nombre d'entreprises. » (http://endehors.org/news/10461.shtml)


Quelques articles à ce sujet


http://www.redir.fr/ggui
http://www.redir.fr/ghui
http://www.ogmdangers.org/action/brevet/arg_brevets_4p.html
http://ccic.ca/f/docs/002_global_trade_paper_3.pdf

10.2.3.L'utilitarisme

Dernières modifications : 13.03.2007, 09:58

« Dès 1776, Adam Smith théorisait cette éternité « philosophique ». Invoquant une « certaine propension de la nature humaine à troquer et échanger une chose contre une autre », il posait une loi universelle qui assimile optimum social et rencontre des égoïsmes économiques : « Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du souci qu'ils ont de leur propre intérêt. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur amour-propre, et nous ne parlons jamais de nos propres besoins, mais de leurs avantages (Adam Smith, Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, PUF, Paris, 1995, livres I-ll, p. 15-16) ». Merveille d'une société d'abeilles au sein de laquelle les vices privés deviennent des vertus publiques et la cupidité individuelle le moteur universel d'un bien-être collectif; elle ne requiert aucune conscience ni organisation préalable, aucune disposition particulière à la « bienveillance ». À défaut d'être toujours équitable, un ordre social productif naîtrait ainsi spontanément de l'interaction, de l'échange, du commerce de pulsions lucratives. Nul besoin de planifier ni de contrôler les prix ou la production: il suffit de laisser opérer ce que plus d'une fois Ronald Reagan appellera la « magie du marché ».(Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004)


Voir l'article : 4.3.4.Individualiser
Voir l'article : 4.4.1.Individus et sociétés
Voir l'article : 11.3.Contradictions
Voir l'article : 4.4.3.La sélection "naturelle"

« Adam Smith avait commis une « erreur prophétique », extrapolant à l'histoire de l'humanité ce qui n'était qu'une phase très circonscrite de la première révolution capitaliste, celle du Royaume-Uni à l'ère des filatures. Là où Smith s'imaginait être le vulgarisateur d'une pierre philosophale enfin redécouverte, il fut, sans le savoir, le prospectiviste - et le théoricien - de la meule industrielle et marchande. Comme Polanyi le soulignerait: « Aucune interprétation erronée du passé ne se révéla aussi annonciatrice de l'avenir.» Erronée? Oui, en ceci qu'elle dévoilait l' « ethnocentrisme extraordinaire qui consiste à penser que le moine, le seigneur, le prêtre inca et l'habitant des îles Trobriand sont mus dans leurs vies par les mêmes règles de marché qui déterminent le comportement du courtier de Londres ou du céréalier de l'Iowa »(George Dalton (éd.), Primitive, Archaic, and Modern Economies.. Essays of Karl Polanyi, Beacon Press, Boston, 1971, p. XXVllI.). Cette généralisation utilitariste faisant de l'homme un animal économique éternellement calculateur servit de flambeau intellectuel à la société de marché et à sa mondialisation. Désormais, qui s'étonne encore quand l'école se place au service de l'entreprise, quand artistes et intellectuels peignent, chantent, filment et écrivent en priorité ce qui se vend, quand les sportifs appartiennent davantage aux marques qui les parrainent qu'à leurs équipes et à leurs nations? En voyant faux, Adam Smith avait vu loin. Tellement loin qu'en France, « avant la Seconde Guerre mondiale encore, les deux tiers de la production agricole ne quittaient jamais la ferme ». (André de Cambiaire, L'Autoconsommation agricole en France, Armand Colin, Paris, 1952, p. 184, cité in Suzanne Berger, Notre première mondialisation, Seuil, Paris, 2003, p.19.) (Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004)


Voir l'article : 8.5.4.Entrepreneur de soi

« On ne choisit pas une technique parce qu'elle est efficace, mais c'est parce qu'on la choisit qu'elle devient efficace (FORAY Dominique, « Les modèles de compétition technologique. Une revue de la littérature », Revue d’Économie Industrielle n°48, 1989.). [...]
Certains peuples [les indiens d'Amérique] connaissaient la roue mais ne l'utilisaient pas ... sauf comme jouet. [...] Manifestement, pour des raisons inconnues cet instrument qui nous paraît indispensable aujourd'hui ne les intéressait pas.
L'étrier est présenté par notre histoire comme un facteur décisif du progrès de la cavalerie. Arrivé en Europe au IXè siècle, venant à la fois d'Europe centrale et de Byzance par l'intermédiaire des Arabes, il fut rapidement adopté par une civilisation qui connaissait déjà le mors et le dressage violent de la bête. Pourtant le même cheval se répandit parmi les Indiens qui ne l'avaient jamais vu, on le débarrassa de tout ce qui était indispensable aux yeux des Européens : l'ensemble bride-mors fut remplacé par une simple corde licol et la selle supprimée avec son étrier. Les Indiens des plaines d'Amérique du Nord réinventèrent ainsi un autre cheval grâce à une nouvelle relation avec lui. Ils le peignirent comme eux et, suivant en cela les préceptes shamaniques, le considérèrent comme le prolongement de leur être. Grâce à ce dispositif technique inédit (on connaît la monte du Comanche penché sur l'encolure du cheval), ils réussirent à tenir tête aux tuniques bleues jusqu'à la conquête de l'Ouest et à la mitrailleuse Hotchkiss.
Quant aux Australiens, il est de plus en plus admis qu'ils connaissaient fort bien l'arc. [...] Ces primitifs avaient inventé l'outil de chasse le plus économe de moyens qu'on n'ait jamais vu : la munition qui est en même temps l'arme revient à son propriétaire intacte lorsqu'elle n'a pas servi !. » ("Illusion de la fatalité technique", Alain Gras, http://cetcopra.univ-paris1.fr/Documents/Illusion_de_la_fatalite.pdf)


[Sur les banlieues] « On observe pourtant que se répandent parmi les esprits les plus distingués certains discours parfaitement infondés concernant les « incompatibilités entre manières de vivre » et les phénomènes de «déculturation» auxquels conduirait la transplantation, notamment chez les plus jeunes. Sans nous attarder sur ce problème, rappelons que la grande liberté accordée aux préadolescents en Afrique, et l'incitation à s'organiser en « bande » par sexe et génération, n'est pas le signe d'une déliquescence du contrôle familial, mais bien plutôt l'épreuve précoce de la vie hors du cocon, et correspond à d'ancestrales pratiques de prohibition de l'inceste. Qu'il y ait une difficulté d'adaptation lorsque le contrôle chaleureux du village est remplacé par le froid quadrillage de la surveillance sociétale européenne n'est pas douteux. Mais cela devrait nous faire aussi réfléchir sur l'anomie et la solitude auxquelles conduit notre propre système, prétendument supérieur. ». (Retour sur une flambée de violence, par Denis Duclos, Août 2006, extrait de Manière de Voir 89, Banlieues, octobre-novembre 2006, p96)


10.2.4.Dévalorisation du travail

Dernières modifications : 25.02.2007, 12:38

Cette dévalorisation est inscrite dès le départ dans le projet capitaliste.

« Dans sa séparation du travail, le capital enlève [au travail] et concentre sur lui l'activité de réflexion et de décision sur la production, sur sa finalité, et sur ses modes concrets. La dépossession du travailleur de ses moyens de production doit être comprise aussi comme dépossession de lui-même, de ses capacités pratiques et innovatrices, de sa valeur. La contrepartie de cette dépossession est l'accroissement du pouvoir de contrôle et de contrainte du capital par l'intermédiaire de l'ordre matériel que constituent les machines, et par le modelage des forces de travail. » (La division capitaliste du travail, de Michel Freyssenet, 1977, p31, p70)


Voir l'article : 7.Rapport capital / travail

« a. au stade de la coopération, le travailleur perd la maîtrise du procès de production,
b. au stade de la manufacture, il perd la maîtrise du procès de travail,
c. au stade du machinisme, il perd la maîtrise de son travail,
d. au stade de l'automatisation, il perd tout contact direct avec la matière et le mécanisme, et il est réduit à être un surveillant. » (La division capitaliste du travail, de Michel Freyssenet, 1977, p70)


« Les nouvelles catégories de travailleurs surqualifiés connaissent à leur tour un processus de « déqualification-surqualification », La mise en évidence de ce phénomène est décisive pour comprendre l'évolution probable du travail dans le mode de production capitaliste. En effet, l'augmentation du nombre des ouvriers d'entretien, des ouvriers de construction des machines-outils, des techniciens, des ingénieurs, etc., a laissé espérer que progressivement le travail répétitif, manuel, serait éliminé par l'automatisation croissante et qu'il ne resterait que les travaux nouveaux « surqualifiés ». Cette conclusion hâtive a nourri la réflexion aussi bien des idéologues de la technique prévoyant un monde de travailleurs en blouse blanche à l'activité essentiellement intellectuelle, que des théoriciens de la « nouvelle classe ouvrière » plus dynamique parce que moins aliénée. Si la première vague de modernisation des entreprises a pu faire naître cette vision erronée, l'évolution des dix dernières années est sans ambiguïté. [...] La spécialisation et la standardisation des tâches rendent alors possible d'établir des programmes de formation donnant les connaissances justes nécessaires et instituant définitivement les coupures entre catégories de travailleurs, rendant presque impossible la « promotion ». Une perforatrice-vérificatrice est formée en 18 jours. Un programmeur l'est en 5 ou 6 mois. La formation de base qu'on lui donne ne lui permet pas de s'initier au travail de l'analyste. « Les chances de parcourir toute l'échelle de la fonction d'opérateur à celle de chef analyste s'amenuisent au fur et à mesure que l'informatique se développe et sort d'une phase d'innovation ouverte. » (La division capitaliste du travail, de Michel Freyssenet, 1977, p71, p75)


Voir l'article : 9.1.9.Déqualification

10.2.5.Distanciation, parcellisation, indépendances des domaines

Dernières modifications : 25.02.2007, 12:42

Ce processus de dévalorisation du travailleur s'accompagne d'une distanciation du « réel » en opposant le réel (le travail phyique) et le spirituel (le travail mental), d'une abstraction du réel en une valeur d'échange de papier, la monnaie, et d'une conception faussement naïve de l'indépendance des domaines (économie, sociale, politique). Les domaines de la connaissance, l'immatérialité des informations, les transactions financières, le principe même de monnaie, le secteur des services en sont les produits et la justification. L'essor de l'économie, en conjonction avec la montée en puissance du capitalisme financier, donne alors une caution pseudo scientifique aux mécanismes de domination, en occultant la concentration du pouvoir entre tous ces domaines.

« L'économie est, sauf quelques exceptions, une science abstraite fondée sur la coupure, absolument injustifiable entre l'économique et le social, qui définit l'économisme. » (Pierre Bourdieu, Contre-feux, p57)


Voir l'article : 10.2.7.La finance et la réalité

10.2.6.La notion de coûts sociaux

Dernières modifications : 25.02.2007, 12:45

« La théorie économique ne prend pas en compte dans l'évaluation des coûts d'une politique, ce que l'on appelle les coûts sociaux. Par exemple, une politique de logement, celle qu'a décidée Giscard d'Estaing en 1970, impliquait des coûts sociaux à long terme qui n'apparaissent même pas comme tels car, en dehors des sociologues, qui se souvient, vingt ans plus tard, de cette mesure? Qui rattacherait une émeute de 1990 dans une banlieue de Lyon à une décision politique de 1970 ? Les crimes sont impunis parce qu'ils sont frappés d'oubli. Il faudrait que toutes les forces sociales critiques insistent sur l'incorporation dans les calculs économiques des coûts sociaux des décisions économiques. Qu'est-ce que cela coûtera à long terme en débauchages, en souffrances, en maladies, en suicides, en alcoolisme, en consommation de drogue, en violence dans la famille, etc. autant de choses qui coûtent très cher, en argent, mais aussi en souffrance ? Je crois que, même si cela peut paraître très cynique, il faut retourner contre l'économie dominante ses propres armes, et rappeler que, dans la logique de l'intérêt bien compris, la politique strictement économique n'est pas nécessairement économique - en insécurité des personnes et des biens, donc en police, etc. » (Pierre Bourdieu, Contre-feux, p48-49)


Voir l'article : 4.2.2.Conditions de travail

« Il faudrait en effet enfin prendre la mesure de cet invraisemblable gaspillage d'énergie et de ressources inutile (transport et frigorification de ces biens) dans ce projet du "tout-échange" extrêmement coûteux pour chaque collectivité nationale (l'énergie n'est jamais payée au prix coûtant par les industriels mais subventionnée par l'Etat) et in fine pour la collectivité internationale (l'accroissement des échanges et donc de l'utilisation des transports participe à un degré élevé à la production des pollutions atmosphériques, terrestres et aquatiques). » (Investissement, compétitivité, libre-échange, flexibilité : les quatre principes idéologiques de la régression sociale, Corinne Gobin (directrice du GRAID-Institut de Sociologie, ULB), http://users.swing.be/deroubaix/CGFSBII.doc)


10.2.7.La finance et la réalité

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:51

La distanciation, l’abstraction monétaire, permet de considérer les travailleurs comme des machines puis comme des chiffres. Un chiffre ne se plaint pas, on ne perd pas de temps à dialoguer, il est plus facilement supprimable, remplaçable. Je ferais volontiers le parallèle avec l'évolution des méthodes militaires pour tuer, qui du couteau jusqu'au missile augmente la distance entre les corps humains ennemis. Appuyer sur un bouton, c'est plus facile que de trancher la gorge de quelqu'un. Eviter la confrontation avec la réalité de son acte, l'idéal de la guerre propre ...

« C'est peu dire que l’atterrissage brutal de la finance ne laisse pas l’économie réelle indifférente. Le retour au réel après les amusements euphoriques de la bulle risque d’être douloureux et particulièrement sur le front de l’emploi.» ("Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p100)


« Ce monopole absolu de l'argent sur la pulsion financière, à l'inverse de la pulsion industrielle qui est plus mélangée, doit tout à la distance de la finance d'avec la division du travail. De la production et de ses impedimenta, du concret de la marchandise et de ses salissures, le financier ne veut rien avoir à connaître : lui se contente d'engager les fonds et d'attendre leur retour. De préférence augmentés de la plus-value. Entre les deux, c'est l'affaire de l'entrepreneur, pas la sienne. » ("Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p39)


« Avec le marché boursier, le capital industriel a découvert un prodigieux accélérateur de ses ambitions, un démultiplicateur de sa volonté de puissance. Comment imaginer qu'il pourrait résister à cette ivresse, à ce petit miracle, maintenant à portée de main, de tripler de taille ou de devenir leader de son secteur en deux ou trois opérations d'acquisition, quand la seule croissance organique et le patient réinvestissement du surplus auraient nécessité une décennie pour parvenir au même résultat ? » ("Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p30)


« Car c’est avec la Bourse qu’on fait fortune, et non par le salaire, fût-il celui d’un patron. Aussi l’époque est-elle très propice à la redécouverte d’une vérité élémentaire mais qu’on avait presque fini par oublier : les patrons aiment beaucoup l’argent. » ("Et la vertu sauvera le monde ..." de Frédéric Lordon, p89)



Denis Robert :" Mettons nous à la place d'un investisseur. entre une usine de télévision qui rapporte entre deux, trois ou quatre pour cents par an, et qui nécessite de toujours réinvestir et un placement en bourse qui en promet trois ou quatre fois plus. Le choix paraît simple."
Bernard Monnot : " Quand une société ou un secteur entier passe sous le contrôle des financiers, il est mort. Parce qu'ils vont faire de la finance. Ils vont fermer une usine même si elle est rentable. Ils vont fermer une usine parce que c'est beaucoup plus intéressant d'acheter des titres que d'acheter des machines." » (Extrait du documentaire "L'affaire Clearstream expliquée à un ouvrier de Daewoo" de Denis Robert et Pascal Lorent. Et la vidéo complète :
http://video.google.fr/videoplay?docid=-1767014830805225995&q=clearstream


« Aujourd'hui on dit qu'il y a trop d'État, trop de masse salariale - qu'il faut une flexibilité de l'emploi et des salaires -, trop de protection sociale, trop de fonctionnaires, trop d'aides à l'étranger... Il n'y a que les revenus du capital qui ne sont pas de trop. Certains fonds de pension ont même dénoncé le "trop d'investissements productifs" parce que ça venait en déduction des dividendes ! » (Réné Passet, actuchomage, http://www.redir.fr/giui)


« La globalisation est allé de pair avec une gigantesque dilatation de la sphère financière : le montant des transactions effectuées sur le marché des changes (là où s'échangent les devises) a été multiplié par cinq depuis 1980 pour atteindre plus de 1500 milliards de dollars par jour. Ce gonflement n'a plus de rapport direct avec le financement de la production et des échanges internationaux. D'après les estimations de la Banque des réglements internationaux (BRI), le montant des transactions financièeres internationales est 50 fois plus important que la valeur du commerce international portant sur les marchandises et les servics. Keynes avit bien vu, il y a plus de cinquante ans, les dangers du développement incontrôlé de la finance : il avait montré que, lorsque les marchés financiers prennent trop d'importance, la finance spéculative parasite la sphère productive.
Contre la dictacture des marchés, p20-21, Dominique Plihon


Economie « réelle » / économie « de papier »




Extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997



« Bernard Monnot : " Le simple fait que Daewoo ne mette plus comme priorité le fait d'avoir un produit, un marché, des outils, un capital homme, un savoir-faire et autre, mais que les priorités ça soit désormais de spéculer sur une monnaie, sur des titres d'acheter de l'ENRON ou autre. Ben c'est plus la même société. C'est direct. Quand on passe de la logique industrielles à la logique financière il se passe des choses. »>>> Extrait du documentaire "L'affaire Clearstream expliquée à un ouvrier de Daewoo" de Denis Robert et Pascal Lorent )


« Patrick Artus parle de "capitalisme sans projet", car les bénéfices des grands groupes s'accumulent et ne s'investissent plus... si ce n'est pour racheter pour des sommes considérables leurs propres actions (afin de maintenir artificiellement la rentabilité du dividende pour l'actionnaire). Les grands groupes ne savent plus quoi faire de leurs montagnes d'argent accumulées! » http://linflation.free.fr/pages/lenairuvitepag.html


10.2.8.Mystification de la bourse

Dernières modifications : 11.03.2007, 12:59

La bourse, 20 Minutes, 9 mars 2007
La bourse, 20 Minutes, 9 mars 2007


Ca monte, ca monte, ca monte !


« Le vrai nom [du « prix Nobel d'économie »] est « prix de la Banque de Suède de sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel ». Cette consécration serait sans doute moins valorisante pour ses lauréats. Comme l'a rappelé Frédéric Lebaron, « contrairement à ce que l'on entend souvent, le "prix Nobel" de sciences économiques n'existe pas. Ce que l'on appelle ainsi couramment n'émane pas de la Fondation Nobel mais d'une banque centrale, la Banque royale de Suède, qui, parce que ses dirigeants la considéraient comme la plus vieille banque centrale, a voulu fêter cet anniversaire en créant [en 1969] un nouveau prix pour les économistes, prix "en mémoire d'Alfred Nobel", richement doté par elle (et non par la Fondation Nobel), que l'on a vite proclamé "prix Nobel"» (Frédéric Lebaron, La Croyance économique : les économistes entre science et politique, Seuil, Paris, 2000, p. 246). (Cité dans le grand bon en arrière de Serge Halimi, p25)


Voir l'article : 7.Rapport capital / travail
>>> voir aussi l'article sur la novlangue dans l'article sur le néolibéralisme

« Il y a quelque chose de religieux, de magique dans la fascination exercée par la finance: le gain boursier apparaît comme le fruit d’un miracle. Les soubresauts financiers, n’ayant apparemment que peu de liens avec l’évolution de l’économie réelle, ont accrédité l’idée que la finance serait devenue autonome par rapport à la sphère productive. [...][...] Le travail est la seule source de la valeur créée et disponible pour la répartition. Comment se fait-il que depuis 15 ans le Down Jones ait augmenté d’environ 700% alors que dans le même temps la production américaine n’a augmenté que de 60% ? Comment se fait-il que le CAC 40 ait augmenté de près de 30% en 1997 et d’autant en 1998, alors que la production française n’augmente que de 2 à 3% par an ? » (Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/postface.html)


« Dans l'article intitulé « Bourse » du journal Le Progrès du jeudi 7 décembre 2006, il est dit que « … Le marché semble convaincu par la réorganisation à la tête du groupe Altran technologies ». Commentaire : le marché est un Sage. Il pense, réfléchit, analyse. »
(« La Bourse et la récupération des mots », http://collectifnord91.lautre.net/index.php?page=actualites&id=249)


Quand France Inter fait l'apologie de la bourse avant de faire la publicité du loto, page 10 du journal PIAF :
http://www.le-piaf.org/journaux/LePIAF_1.pdf

10.3.Methodes du capitalisme financier

Dernières modifications : 11.02.2007, 00:00



10.3.1.L'inflation

Dernières modifications : 06.03.2007, 18:44


« Pour les gens qui détiennent des avoirs financiers, l'inflation est l'ennemi public numéro 1, parce que l'inflation ronge la valeur des actifs monétaires . C'est pour cette raison que les marchés financiers ont ordonnés au gouvernement depuis 15 ou 20 ans : "votre priorité économique doit être d'amener l'inflation le plus près possible de 0". Et pour y arriver les gouvernement ont essentiellement augmenté les taux d'intérêts. Cela a été très efficace pour réduire l'inflation mais terriblement pénible pour l'économie réelle, là où les gens travaillent, produisent. Et ça a été une politique désastreuse pour les gouvernements aussi. Avec une économie qui tourne au ralenti et de hauts taux de chômage, il y a moins de gens qui paient des impôts alors que les coûts sociaux augmentent et votre service de la dette explose aussi. Si vous augmentez les taux d'intérêts pour ralentir l'économie, ça veut dire que vous devez payer les mêmes taux sur votre propre dette.» (extrait du documentaire « Turbulences » de Carole Poliquin, 1997)


« L'inflation est plus un problème pour ceux qui possèdent beaucoup d'argent (les détenteurs de capitaux) que pour ceux qui n'en ont pas ou peu. Et il est aussi plus un problème pour ceux qui prêtent que pour ceux qui empruntent... L'inflation, c'est l'euthanasie des rentiers, comme avait dit Keynes. En grignotant la valeur de l'argent, l'inflation est perçue par les rentiers comme une taxe sur la fortune. C'est comme s'ils possédaient alors une monnaie fondante, fondant d'autant plus que l'inflation est forte... Le nouvel ordre monétaire et financier mis en place ces dernières décennies au niveau international est conçu précisément pour ne plus être l'euthanasie des rentiers. » http://linflation.free.fr/pages/lenairuvitepag.html


« Bien sûr, si on confie le contrôle de la monnaie à une Banque Centrale Indépendante, c'est en affichant bien haut deux principes Friedmaniens [de Milton Friedman, économiste libérale], présentés comme fondateurs et légitimateurs de cette décision:
1- priorité absolue à la "lutte contre l'inflation" et à la "stabilité des prix"
2 - contrôle strict de la "masse monétaire", c'est-à-dire de la quantité d'argent que cette Banque Centrale va mettre en circulation dans l'économie. » http://linflation.free.fr/pages/lenairuvitepag.html


Les critères de la Banque Centrale Européenne ont été rédigés en 1992 pour Maastricht, puis avec le « Pacte de stabilité » en 1997. Ils consistent en
- un déficit public < 3% du PIB
- une dette publique < 60% PIB
- faire croître la masse monétaire (appelée M3) d'environ 4,5% par an (2% d'inflation + 2% de croissance + 0,5% terme correctif).

Autrement les états membres auront des sanctions financières.

« Jamais une année, la BCE n'a tenu son objectif de 4,5% ! Toujours au dessus, et pas qu'un peu. Résultat: par rapport à la progression théorique visée en 1998, ce sont environ 20% d'euros "en trop" qui ont été créés et mis en circulation, soit près de 1000 milliards d'euros sur une mase monétaire totale d'environ 6000 milliards. » http://linflation.free.fr/pages/lenairuvitepag.html


Bonne et mauvaise inflation


«Comme la vigne qui pour se bonifier à besoin de terres pauvres, la richesse monétaire ne peut exister que grâce à une pauvreté relative. [...] Le prix d'achat des logements (neufs ou anciens) n'est pas pris en compte dans l'inflation ! Normal, répondent les économistes, on considère que c'est de l'investissement! Or 55% des français sont "propriétaires" de leur logement (en fait, souvent locataires de leur banquier qui leur a prêté l'argent!). [...] L'idée que les Banques Centrales devraient suivre l'évolution du prix des actifs ne date pas d'aujourd'hui. Dans un ouvrage intitulé "Le pouvoir d'achat de la monnaie", l'économiste américain Irving Fischer faisait valoir en... 1911 que les responsables de la politique monétaire devraient arrêter un indice des prix basé sur un large panier de biens et services qui comprendraient également les valeurs financières et les biens immobiliers".» http://linflation.free.fr/pages/lenairuvitepag.html


Ainsi, les économistes monétaristes européens ont choisi unilatéralement de ne compter dans l'inflation que ce qui les arrange. C'est une rupture très nette entre les intérêts des financiers et les intérêts de la population. Si nous compterions le prix de l'immobilier qui augmentent de 5,10,15 % tous les ans, et les prix des biens courants, l'inflation dépasserait largement leur 2 ou 4,5%. Donc, la lutte contre l'inflation est un instrument politique pour affaiblir les politiques monétaires des Etats, et ainsi minimiser leurs pouvoirs, notamment au niveau social.

Hausse des prix de consommations courantes


Exemple fruits et légumes : Un paysan sur deux gagne moins que l'équivalent du SMIC, « une hausse du pouvoir d'achat afin que les ouvriers et les employés puissent avoir accès à nos produits. Les gens à faible ressource n'achètent plus que porc. Le veau, c'est fini ... » (Xavier Compain, agriculteur, Humanité Dimanche, 16 au 22 Novembre 2006, p20)


Le passage à l'euro

Trois Français sur quatre en sont persuadés (enquête TNS SOFRE, septembre 2004). La réalité est plus complexe. A partir de 2,5 millions de relevés de prix, l'INSEE estime que l'euro n'a eu qu'un effet très limité (de 0,26 %) sur la hausse des orix. Mais ce qui est vrai en moyenne ne l'est pas dans le détail. Certains prix, ceux de notre consommaton quotidienne, ont réellement dérapé. A partir d'un panier composé de 1000 produits de marque parmi les plus connues, l'INSEE lui-même a noté qu'en 2002 les prix alimentaires ont augmenté de 3,9% dans la grande distribution (soit deux fois plus que l'indice). Les « petits prix » - comme le petit noir au café, la baguette de pain ou les boissons et friandises dans les distributeurs automatiques – se sont envolés sous l'effet des arrondis. Pour une baguette à 4 francs par exemple, le prix converti (soit 0,6098 euro) est devenu rapidement 0,65 euro puis 0,70 euro pour faire un compte rond, soit un bond de 13% d'un coup. (Humanité Dimanche, 16 au 22 Novembre 2006, p20)


La place de cinéma a augmenté de 30% depuis 2001.

On a imposé la rigueur salariale soi-disant pour permettre aux entreprises d'investir. Or elles font des surprofits mais n'investissent pas et distribuent des dividendes énormes qui sont accumulés. Cette épargne, c'est de l'argent de rentier, de l'argent improductif. Augmenter les salaires, c'est un moyen de casser cette société financiarisée et de remettre en cause le modèle de développement actuel. (Dominique Plihon, Humanité Dimanche 16-22 Novembre 2006, p25)

Logement et rente foncière


La rareté crée de la valeur. Créer la pénurie de logement pour que les prix montent. On compte 3 millions de logements vides.

Le Logement en Chiffres: Exclusions et Inégalités
http://www.globenet.org/dal/index.php3?page=SOMMSITUCHIF
http://www.alternatives-economiques.fr/site/248_005_logement.html

En cinq ans, le prix au mètre carré a, par exemple, augmenté de près de 50 % à Toulouse et de 40 % à Lille.

« Depuis une cinquantaine d’années, le prix des logements a évolué parallèlement au revenu disponible des ménages, en dehors de quelques périodes atypiques comme autour de 1990 en Île-de-France. Aujourd’hui, en Île-de-France comme en régions, le ratio du prix des logements par rapport au revenu dépasse sa moyenne historique de 35 % environ. »
http://www.mon-immeuble.com/etudes/etu04/etudeSESLOGEMENT312.04.htm


"Le patrimoine net de l'ensemble des ménages, après déduction de l'inflation, a doublé en dix ans en France. [...] La rente foncière contribue à renforcer les inégalités de patrimoine entre propriétaires et locataires. [...] transfert des pauvres vers les riches, en simplifiant sans doute abusivement. Un transfert qui représente chaque année de l'ordre de 6 milliards d'euros supplémentaires depuis 1995. Et qui explique une partie sans doute non négligeable du sentiment de perte de pouvoir d'achat que ressentent les ménages, notamment ceux de la première partie de la distribution, qui sont rarement propriétaires. [...] Or, face à cet enrichissement sans cause - même différé - , la plupart des économistes, pourtant si prompts à dénoncer les rentes de toute sorte au nom de la recherche de l'efficacité et de la baisse des coûts, sont d'un silence assourdissant. Ils ne l'ont pas toujours été. Ainsi, John Stuart Mill, dans ses Principes d'économie politique (1848) : "Supposez qu'il existe une espèce de revenu qui tende constamment à augmenter, sans effort ni sacrifice de la part de ceux qui en jouissent, que ces propriétaires constituent dans la société une classe que le cours naturel des choses enrichit sans qu'ils fassent rien. Dans ce cas, l'Etat pourrait, sans violer les principes sur lesquels la propriété privée est établie, s'approprier la totalité ou une partie de cet accroissement de richesses à mesure qu'elle se produit. Ce serait, à proprement parler, prendre ce qui n'appartient à personne, ce serait employer au profit de la société une augmentation de richesses créées par les circonstances au lieu de l'abandonner sans travail à une classe particulière de citoyens. » [...] Un impôt a aujourd'hui pour finalité explicite de frapper l'enrichissement sans cause - c'est l'impôt sur les plus-values. Deux autres frappent l'accumulation du capital. L'impôt sur les successions, l'impôt de solidarité sur la fortune (dont l'assiette est très majoritairement constituée d'immobilier). Or la suppression de ces deux impôts est en première ligne dans les projets libéraux de réforme fiscale et, depuis dix ans, le premier n'a cessé d'être réduit. Leur réduction serait légitime si, frappant 'investissement ou le risque, leur existence contribuait à les décourager, donc à réduire le dynamisme et l'évolution de l'économie. Mais tel n'est pas le cas depuis dix ans: la rente foncière ne doit rien à l'investissement, comme toutes les rentes. Elle ne doit rien non plus à la prise de risque. Elle contribue seulement à renforcer les inégalités de patrimoine entre propriétaires et locataires. Et l'on voudrait réduire ou supprimer les seuls impôts qui tentent d'en affecter une fraction (mineure) à la collectivité ? De qui se moque-t-on ? (Denis Clerc, Alternatives économiques, janvier 2007, p49)


10.3.2.La lutte contre l'inflation crée le chômage

Dernières modifications : 11.02.2008, 12:00

La rigueur monétaire est adoptée en 1983 par le gouvernement socialiste. Tout est verrouillé au niveau budgétaire pour combattre l'inflation, pour avoir une monnaie forte. La monnaie ne peut plus être utilisée comme un levier pour relancer l'économie, c'est-à-dire en relevant les minimas sociaux, pour relever le pouvoir d'achat et donc relancer la consommation. Si l'économie ralentie, le chômage augmente, il y a donc moins de cotisations de travailleurs et d'employeurs, donc moins de recettes pour l'Etat, et en même temps les dépenses sociales augmentent pour indemniser les chômeurs et essayer de minimiser la pauvreté. La seule possibilité d'action, la seule variable d'ajustement reste alors le marché du travail. « Réformer », « flexibiliser », « ajustements structurels », autant de termes pour organiser la désorganisation de la société avec la précarité, l'insécurité, etc. Avec la création d'emplois intérimaires, la déréglementation des horaires de travail, etc.

Interventionnisme de Keynes


Pour l'économiste John Maynard Keynes (1883-1946), l'économie doit être poussée par la demande. En augmentant les revenus, notamment les petits revenus qui consomment plus que les hauts c'est connu. Les hauts revenus ont plus de chance d'épargner et de ne pas investir dans l'économie immédiatement. En augmentant les minimas sociaux, on augmente la capacité de consommer, on relance donc la consommation. Par exemple, en payant ses ouvriers, Henry Ford en faisait des clients. A force de baisser le coût du travail, il n'y aura bientôt plus de clients.

« [Keynes] : politiques discrétionnaires de régulation à la demande globale. Ces dernières consistent à régler le niveau de la demande de consommation et d'investissement en agissant sur les dépenses publiques, les impôts, le volume et le coût de crédit : on relance la demande en situation de sous-emploi ; on la freine face à un risque d'accélération.» (Jacques Généreux, Les vraies lois de l'économie, p14)


« L'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages montre que, en 2004, 5% de la population française n'avait « pas les moyens financiers de manger de la viande, du poulet ou du poisson tous les deux jours ». Dans la période récente, plusieurs éléments semblent indiquer une dégradation à cet égard : les enquêtes du Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) portant sur l'ensemble de la population montrent que les achats de fruits frais se sont réduits de 3%. » (Humanité Dimanche 16 au 22 novembre 2006 p19)


1983 : le tournant de la rigueur



Jacques Delors : « A ce moment là (1983), nous étions pris entre 2 alternatives. La première était de relancer à nouveau l'économie, mais nous l'avions fait une première fois, ça ne marchait pas. Ni le climat international, ni l'environnement psychologique des entrepreneurs ne le permettait. Ou bien d'aller jusqu'au bout de la politique de rigueur. En allant jusqu'au bout de la politique de rigueur, je savais que le taux de chômage continuerait à monter encore pendant quelques années. » Extrait sonore du documentaire « Le chômage a une histoire », de Gilles Balbastre, 2001. Vidéo accessible en ligne : http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php



« Jean-Pierre Chevénement : "En 1983, a sonné l'heure du grand tournant, le tournant libéral il faut bien le dire, le tournant de la rigueur, dans le cadre d'une fixité du taux de change entre le Franc et le Mark avec tous les efforts que cela impliquait."
Narrateur : " François Mitterand a donc tranché en la faveur de la défense du Franc qui se traduit par la mise en place d'un plan d'austérité budgétaire et sociale. La priorité donnée à la lutte contre l'inflation fait définitivement tourner à la gauche la page de 1981."
Marcel Rigout : " Il faut bien comprendre les choses, on ne pouvait pas continuer à mener une bataille prioritaire sur le chômage en même temps que la bataille sur le commerce extérieur et contre l'inflation. A partir de là, tous les efforts que nous pourrions faire étaient annulés par des mesures que vous connaissez, la casse dans beaucoup de secteurs. A partir de là, les deux millions de chômeurs ont été atteints, dépassés et ça a continué à grimper." » Extrait sonore du documentaire « Le chômage a une histoire », de Gilles Balbastre, 2001. Vidéo accessible en ligne : http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php



Jean Paul Fitoussi est Professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l'IEP de Paris, Président de l'OFCE et Secrétaire général de l'Association Internationale des Sciences Économiques, et il a publié une recueil d’entretiens, que je vous recommande chaleureusement, avec JC Guillebaud : « La politique de l’impuissance », 2005, Arléa :

« - JCG : « Vous êtes en train de dire qu’au fond, obsédé par la lutte contre l’inflation, on a littéralement consenti au chômage. »
- JPF : « Pis que ça ! On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque "banquier central" de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier. » (p. 45) (…)
- JCG : « Que pensez-vous des deux arguments martelés à cette époque [après 1982] à propos de l’inflation et du respect des grands équilibres ? Premièrement on a dit qu’il était légitime (y compris moralement) de lutter contre l’inflation parce qu’elle pénalisait les plus pauvres ; deuxièmement, qu’il fallait maintenir les grands équilibres par simple respect et générosité pour les générations à venir, afin de ne pas faire peser une charge trop lourde sur la tête de nos enfants. On a habillé, en quelque sorte, cette politique d’un discours de générosité… »
- JPF : « C’était un double mensonge. En augmentant les taux d’intérêts, et surtout en les maintenant à un niveau élevé une fois l’inflation vaincue, on savait qu’on favorisait ceux qui détiennent le capital financier, et que l’on excluait de l’accès aux biens durables (qui exigent un recours à l’emprunt) les catégories les plus vulnérables de la population. (…) Le second mensonge, c’est qu’en augmentant les taux d’intérêt on faisait du service de la dette un des postes les plus importants du budget de l’État. » (P. 46)»


10.3.3.Un résultat plus catastrophique qu'une guerre

Dernières modifications : 25.02.2007, 13:36

« Joseph Stiglitz auteur de La Grande Désillusion (Fayard, Paris, 2002), « prix Nobel d'économie » en 2001 et ancien économiste en chef à la Banque mondiale, relève, par exemple, que les politiques de transition dictées par le FMI à la Russie ont, au nom de la lutte contre l'inflation, réduit de 40 % la capacité de production russe en quelques années, « un résultat plus catastrophique qu'une guerre ». La forte dévaluation du rouble, en août 1998, permit d'inverser cette spirale du déclin. Et puis le FMI récidiva en Argentine... » » (Le grand bond en arrière de Serge Halimi, 2004, p35)


10.4.Nouvelle organisation des entreprises

Dernières modifications : 25.02.2007, 13:45

Distanciation : anonyme, etc. Dépossession, impersonnelle, travailleur = machine

" Une Firme Multi Nationale (FMN) est [...] juridiquement domiciliée dans un Etat. [...] Ces sociétés doivent s'adapter à la mondialisation [sic !] et utilisent des stratégies globales. Elles se détachent donc des intérêts de leurs pays si ceux-ci ne coïncident plus avec les leurs. Toute la planète est source de profits [...]. Depuis 1970, le nombre de FMN a augmenté de 400 % ! [...] La puissance et la structure des firmes sont le reflet de la puissance des Etats. Les nations les plus fortes possèdent le plus grand nombre de FMN. [Etats-Unis, Europe, Japon] " (La mondialisation, de Jean Pierre Paulet)


La mondialisation, de Jean Pierre Paulet, p47
La mondialisation, de Jean Pierre Paulet, p47


"Les années 1980-1990 sont des années de concentrations, de fusions, souvent brutales à l'origine [OPA (offres publiques d'achats), etc.], plus stratégiques par la suite. [...] On s'aperçoit que le "gigantisme" conduit souvent à des échecs. [...] Les firmes qui avaient formé des "conglomérats" disparates se recentrent sur un même secteur. [...] Il faut arriver à une domination dans un secteur à l'échelle mondiale. [...] Ces restructurations s'accompagnent souvent de licenciements dans une première phase ainsi que l'abandon de certains sites. [...] Les FMN ne sont pas uniquement des grosses firmes. [...] des PME dynamiques sont véritablement mondialisés. La taille importe peu, c'est sa valeur qui compte. [...] La "grande firme" n'est plus une "grande entreprise", mais le centre d'un système qui recherche, pour des durées temporaires, des hommes, de petites sociétés qui apportent de la valeur.[...] Une firme-réseau est une combinaison fluctuante, flexible, avec ses succès et ses risques. Les sociétés sous contrat sont donc comme des fusibles qui "sautent" en protégeant la maison-mère. Le système est formé d'un "centre" et d'une nébuleuse de sociétés : en 1990 Hewlett Packard comprenait 50 firmes indépendantes, et Hitachi 60. [...] on parle d'externalisation de la production. General Motors est entouré de 800 sociétés dont la mission est de travailler pour la grande firme (services, ingénierie, etc.)." (« La mondialisation », de Jean-Pierre Paulet, p42-43-44-46-47-48)


La mondialisation, de Jean Pierre Paulet, p49
La mondialisation, de Jean Pierre Paulet, p49


10.4.1.Sous-traitance

Dernières modifications : 25.02.2007, 13:48

Les petites entreprises sont pieds et mains liés à leurs principales clients, les emplois créés sont souvent précaires, il n'y a pas d'élus de personnels, ni de syndicats, la concurrence interne et externe est féroce. Les entreprises plus grosses, commanditaires gardent le coeur du secteur qui rapporte et mettent en concurrence les petites.

" Les entreprises sous-traitantes sont souvent dépendantes d’un petit nombre d’entreprises qui leur confient des travaux. Ainsi, dans l’habillement-cuir et l’industrie textile, plus de 40 % des entreprises sous-traitantes réalisent plus des deux tiers de leur chiffre d’affaires avec leurs trois clients les plus importants. Pour l’ensemble des entreprises de l’habillement- cuir, cette part n’est que de 23 % et pour le textile de 29 % (tableau 3). La concentration est encore plus marquée dans certaines spécialités, comme la fabrication d’étoffes et d’articles à maille : ce sont 72% des entreprises sous-traitantes qui réalisent dans ce domaine plus des deux tiers de leur chiffre d’affaires avec leurs trois premiers clients, contre 61 % pour l’ensemble des entreprises de fabrication d’étoffes et articles à maille." (http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP964.pdf)


"Depuis quelques années, les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire ont mis en place une nouvelle organisation du travail afin de baisser les coûts de production. Le principe est de faire massivement appel à la sous-traitance et à l’intérim."
http://lesfilmsdemars.free.fr/unmondemoderne/pdf/dp_unmondemoderne.pdf


"Sur le site de Saint-Nazaire, qui a connu jusqu'à 800 entreprises sous-traitantes en même temps, et où de multiples grèves ont révélé des abus récurrents, les contrôleurs ont ciblé les entrées du chantier, les ponts des cinq navires en construction. Dans certaines entreprises, les salariés triment plus de 50 heures, voire 60 heures par semaine, sans qu'on leur paye la moindre heure sup, même si les documents officiels s'approchent des 35 heures légales. Parfois, aucune feuille de pointage n'est produite." http://www.liberation.fr/actualite/economie/193945.FR.php


Pour plus d'informations, voir le documentaire "Un monde moderne" concernant les chantiers de Saint-Nazaire et les différentes actions en cours : http://www.unmondemoderne.com/suite.html

10.4.2.Compétition mondiale

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:58

" Tous ceux qui encensent la mondialisation en pensant qu'elle fera disparaître les emplois à basse qualification pour nous concentrer sur les emplois à haute qualification ne se rendent pas compte de l'impossibilité d'une telle évolution compte tenu de la taille et de la population de la France. Ils oublient que cette politique a pour contrepartie le développement d'une économie parallèle qui vient se substituer aux emplois à faible qualification qui ont disparu dans toute une partie du territoire. Ce qui a des effets en terme de sécurité et de dislocation sociale dont le coût est extrêmement élevé." (Jacques Sapir http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php)


M. Dominique Plihon a indiqué que les pays du Nord inondaient les marchés du Sud avec des produits dont les prix sont maintenus artificiellement bas par les subventions. Il faudrait au contraire subventionner les agricultures du Sud pour les aider à se moderniser. M. Dominique Plihon a achevé son intervention en expliquant qu'une libéralisation généralisée de tous les marchés n'était pas souhaitable, surtout pour les pays les moins avancés, en s'appuyant sur la théorie du protectionnisme éducateur. Aider les agriculteurs des pays du Sud pourrait avoir des retombées positives pour l'environnement. Cela éviterait par exemple que des paysans brésiliens très pauvres ne pratiquent une culture sur brûlis, qui épuise les sols, et conduit à la déforestation de vastes portions de territoires. http://www.senat.fr/rap/r03-233/r03-23356.html


La Mondialisation
http://dsedh.free.fr/transcriptions/plihon1.htm

Europe, précarité
http://www.memo-europe.uni-bremen.de/downloads/Euromemorandum_2006_French.pdf

La mondialisation financière
http://www.france.attac.org/spip.php?article6389

Michel Husson : Délocalisations, phénomène limité, pourtant une vraie menace. Il existe désormais des pays qui offrent à la fois les bas salaires et la matière grise. [...]
Les taux de chômage élevés ne sont pas liés aux délocalisations. La représentation selon laquelle les pays du Sud pomperaient nos emplois est fausse. Il existe des études évaluant à 10 % la proportion du chômage qui pourrait s'expliquer par la concurrence des pays à bas salaires. Le cœur du problème réside dans les dynamiques macroéconomiques locales. Le contre exemple ce sont les créations massives d'emplois en France entre 1997 et 2001 qui ne peuvent sérieusement être imputées à des relocalisations. Il ne faut donc pas superposer le problème des délocalisations et celui du chômage.
L'Europe pourrait être présentée comme une entité victime des pressions de la mondialisation alors que dans de nombreux domaines elle joue un rôle d'accélérateur : en particulier dans les négociations à l'OMC, où elle fait partie des puissances qui font pression sur les pays du Sud pour ouvrir leurs marchés publics aux entreprises européennes.(Le protectionnisme, un moyen pour des politiques alternatives ?, par Michel Husson et Jacques Sapir, 08.12.06, http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php)


Jacques Sapir : C'est donc une partie de la population qui devient la plus vulnérable, comme par hasard la population des cités. Du fait de cette concentration sur le travail peu qualifié, l'impact social des délocalisations est beaucoup plus important que l'effet économique qu'on observe si on regarde le pourcentage des entreprises qui se délocalisent. [...]
Le problème des délocalisations ne se pose pas tant en terme de surcroît de chômage qu'en terme d'inefficacité des politiques de lutte contre le chômage. [...]
on ne peut pas évoquer le rôle des multinationales sans introduire la notion de compétitivité du territoire. b>Les multinationales n'ont en effet pas de stratégies indépendantes de l'évaluation qu'elles font de la compétitivité des territoires sur lesquels elles s'installent. Or cette compétitivité des territoires dépend de l'État. On en revient donc aux politiques nationales. Certains gouvernements ont choisi des politiques - ils y ont été poussés certes - d'extraversion qui consistent à écraser délibérément le marché intérieur et à se tourner en exportateur-prédateur vers le reste du monde. (Le protectionnisme, un moyen pour des politiques alternatives ?, par Michel Husson et Jacques Sapir, 08.12.06, http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php )


Voir l'article : 6.6.Monopoles publics / privés
Voir l'article : 6.7.Infrastructures publiques

Dans une première phase le libre-échange a été une bonne chose. Mais si les entreprises se mettent à produire prioritairement pour les exportations, le lien entre les salaires et la formation de la demande dans l'économie est brisé et le salaire finit par être perçu comme un coût pour l'entreprise. A l'échelle mondiale, si toutes les entreprises se mettent à considérer le salaire comme un coût pur, vous entrez dans une logique mondiale de déflation et de compression de la demande. Emmanuel Todd, http://www.protectionnisme.eu/index.php?subaction=categorie&id_categorie=67784


Voir l'article : 2.Trop de "charges" sociales ?

10.4.3.Mercenaires

Dernières modifications : 03.03.2007, 10:20


"On sait qu'ils [les grands groupes bancaires internationaux] ont à leur disposition de véritables mercenaires qui sont envoyés dans les entreprises pour faire le sale boulot. Il y en a qui sont là pour installer, d'autres pour produire, puis d'autres ensuite pour fermer, qui n'ont aucuns états d' âme, qui doivent obtenir les fermetures aux plus bas coûts possibles." (Extrait du documentaire "L'affaire Clearstream expliquée à un ouvrier de Daewoo" de Denis Robert et Pascal Lorent)
Et la vidéo complète :
http://video.google.fr/videoplay?docid=-1767014830805225995&q=clearstream


Le film de Jean-Marc Moutout et Olivier Gorce : "Violence des échanges en milieu tempéré".
Work hard, play hard, émission de « Là-bas si j’y suis » du 10-11 février 2005
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=610
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=611
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=612

10.4.4.Criminalité financière

Dernières modifications : 02.03.2007, 21:33

Il y a une différence sensible entre le record de vitesse détenu par le TGV, plus de 500 km/h, et la vitesse d'exploitation commerciale autour de 300 km/h. Les règles rigoureuses de l'exploitation commerciale expliquent cette baisse de performance. Ainsi, on touche du doigt une incompatibilité, puisque la performance est toujours hors norme tandis que sa reproductibilité exige un minimum de règles. Peut-on alors aller jusqu'à la déduction suivante: vouloir reproduire la performance conduit inéluctablement à utiliser des méthodes qui appartiennent à un ordre délinquant, c'est-à-dire un ordre qui, comme l'étymologie l'indique, délaisse la règle, s'en détourne ? (La performance à l’épreuve de la surprise et de l’autorité, Daniel Marcelli, dans "La performance, une nouvelle idéologie ?", sous la direction de Benoît Heilbrunn, 2004, p 30-31)


« Ces experts considéraient que si la délinquance « ordinaire », celle qui porte atteinte aux personnes, aux biens et à l'autorité de l'État, constitue une menace réelle, la délinquance économique et financière n'est qu'artificielle. (...) La délinquance économique et financière continue de bénéficier d'une image de moindre gravité, et ceux qui sont poursuivis pour de tels faits se présentent comme des victimes et campent le plus souvent sur une position de déni. (...) Un privilège structurel : Pour le philosophe Michel Foucault, un clivage décisif a été introduit à la fin du XVIlle siècle entre les « illégalismes de biens » et les « illégalismes de droits ». Ce partage traduit alors dans la définition de l'ordre public une nouvelle forme de domination à base économique. De quoi s'agit-il ? Les illégalismes de biens concernant les atteintes aux personnes et à la propriété sont plutôt le fait des classes populaires ; elles sont stigmatisés en tant que marqueurs des « classes dangereuses » et deviennent l'objet principal de la répression. La bourgeoisie montante s'est réservé l'illégalisme des droits : « La possibilité de tourner ses propres règlements et ses propres lois ; de faire assurer tout un immense secteur de la circulation économique par un jeu qui se déploie dans les marges de la législation - marges prévues par ses silences ou libérées par une tolérance de fait. »(...) Tout d'abord, la « survie de l'entreprise » : tous les actes nécessaires à son développement et à sa survie en cas de défaillance sont valides. D'où la violence des rapports de concurrence et la fréquence des trucages financiers et comptables. Ensuite, la contestation a priori de toute intervention publique dans la vie des affaires. C'est pourquoi l'évasion fiscale ou le détournement massif des réglementations sont toujours justifiés par leurs promoteurs comme une résistance légitime à l'emprise abusive de l'Etat.(...) Les acteurs économiques entendent avoir la maîtrise des règles qui leur sont applicables quand ils trichent avec les règles formelles du capitalisme. » (Les privilèges de la délinquance économique et financière : Pierre Lascourmes, Directeur de recherche au CNRS, Cevipof, Sciences-po, dans Alternatives Economiques n°65 - Hors-série - Le Capitalisme-2005, p48)


Voir l'article : 6.4.Réglementer le "laissez faire"

« John Perkins, ancien membre respecté de la communauté bancaire : En gros, nous étions formés et notre travail consistait à construire l’empire américain. De créer des situations où le maximum de ressources étaient drainées vers ce pays, vers nos multinationales, notre gouvernement, et nous avons été très efficaces. Nous avons construit le plus grand empire de l’histoire du monde. Et nous l’avons fait au cours des 50 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, avec peu de moyens militaires en réalité. En de rares occasions, comme en Irak, les militaires interviennent mais uniquement en dernier recours.Cet empire, contrairement à tout autre empire de l’histoire du monde, a été crée d’abord par la manipulation économique, par la fraude, par la corruption de personnes avec notre mode de vie, et à travers les tueurs à gages économiques. J’en faisais partie.
AG : D’accord. Pour qui avez-vous travaillé ?
JP : Et bien, la compagnie pour laquelle je travaillais s’appelait Chas. T. Main à Boston, Massachusetts. Nous avions environ 2000 employés, et je suis devenu leur économiste en chef. J’avais 50 personnes sous mes ordres. Mais mon véritable job était de conclure des affaires. J’accordais des prêts à des pays, des prêts énormes, qu’ils ne pouvaient pas rembourser. Une des clauses du prêt - disons 1 milliard de dollars pour un pays comme l’Indonésie ou l’Equateur - était que le pays devait retourner 90% du prêt à des compagnies états-uniennes, pour reconstruire des infrastructures, des compagnies comme Halliburton ou Bechtel. Ce sont de grosses compagnies. Ces compagnies ensuite construisaient des réseaux électriques ou des ports ou des autoroutes qui ne servaient qu’aux quelques familles les plus riches de ces pays. Les pauvres de ces pays se retrouvaient en fin de compte avec une dette incroyable qu’ils ne pouvaient absolument pas payer. » (John Perkins, Confessions d’un tueur à gages économique - Democracy Now.,
http://www.e-torpedo.net/article.php3?id_article=522)


« Dans les années 1960 et 1970, les banques occidentales prêtent massivement aux pays du tiers-monde qui ont accédé à l'indépendance ou qui s'industrialisent. A partir de 1973, les Etats du Nord, en crise, prêtent au Sud pour relancer leur économie. Enfin alors que le nombre de pays du tiers-monde explorent différentes voies vers un développement indépendant des anciennes métropoles, la Banque mondiale accroît considérablement ses prêts pour mettre au pas ces pays tentés par une expérience socialiste ou nationaliste et aussi pour soutenir ses alliés stratégiques (Mobutu, Suharto, Pinochet, Videla, etc ...). Entre 1968 et 1980, la dette est multipliée par 12. Pour rembourser le Sud exporte de plus en plus. En 1979, l'augmentation des taux d'intérêt décidée par les Etats-Unis l'oblige à rembourser trois fois plus d'intérêts, tandis que l'effondrement du cours des matières premières provoque une chute des revenus. La situation n'est pas tenable. Dès 1982, la Mexique ne peut plus rembourser. C'est la crise de la dette. Pour éviter la faillite du système, les pays riches chargent le FMI de gérer la crise. Son but n'est pas d'aider les pays en difficulté mais de sauver la mise des créanciers. Il prête les fonds nécessaires à condition que le pays endetté rembourse en priorité sa dette et accepte de mener le politique décidée par ses experts : c'est l'ajustement structurel. Fin des subsides aux produits de première nécessité, réduction drastique des budgets sociaux, dévaluation, ouverture totales des marchés et libéralisation pour les produits du Nord (souvent subventionnés) concurrencent librement ceux du Sud : la potion est très amer. Une grande partie du budget des Etats du Sud passe sous le contrôle du FMI : c'est une nouvelle colonisation. Pour un dollar dû en 1980, le Sud en a remboursé 7,5 et en doit encore 4. » (éditions SYLEPSE, l'alter édition, juin 2003 interview avec Damien Millet et Eric Toussaint ( CADTM, 50 questions 50 réponses sur la dette ...))


« Dans les jours qui ont précédé le 11 septembre 2001, 4744 options à la vente d'action de United Airlines sont achetés ainsi que 4516 options d'American Airlines. Normalement, la CIA surveille 24 heures sur 24, les mouvements suspects sur les marchés d'actions et des capitaux. Comment se fait-il qu'on n'a pas révélé l'identité des bénéficiaires ? Et si les autorités américaines couvraient "le plus grand délit d'initiés de l'histoire" ? » http://www.cyberjournalisme.net/articles/face_cache.html


« Les guerres, les bombardements, ... La destruction crée des perspectives. Avec les bombardements en Irak en 1991 et les attentats du 11 Septembre 2001, les actions ont doublé. A quelque chose, malheur est bon. Dévastateur, accablant, bouleversant, mais du point de vue financier, mes clients ont fait de l'argent. » (Carlton Brown, commodities trader, coursier, extrait du documentaire The Corporation, 0:54:44, Mark Achbar, Jennifer Abbott, 2003, http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Corporation)




10.4.5.Paradis fiscaux

Dernières modifications : 01.03.2007, 17:59

« Les paradis fiscaux ne facilitent pas seulement les magouilles financières, ils sont au centre des stratégies des firmes et des flux bancaires internationaux, [..] ils représentent des piliers essentiels de la mondialisation économique. [...] Un tiers des investissements (stocks des investissements direct à l'étranger) des multinationales vont dans les paradis fiscaux. (CNUCED) [...] Que l'on considère l'actif (prêts et placements) ou le passif (dépôts et dettes), les centres financiers off-shore représentaient, début 2006, un peu plus de la moitié de l'activité internationale des banques. [...] Le développement des produits fincanciers sophistiqués, dont les manipulations sont complexes, réclament l'expérience de spécialistes : les banques d'investissement, des indépendants, et surtout les quatre grands du conseil international (KPMG, Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers et Deloitte Touche Thomatsu. Ils conseillent et vérifient les comptes des 500 plus grosses entreprises multinationales. « Peu importe la législation qui prévaut, les comptables et les conseillers juridiques trouveront un moyen de la contourner » [...] En fait, les entreprises des pays industrialisés et des pays émergents se servent des paradis fiscaux pour y établir des filiales qui vont aller investir ailleurs : peu taxées par définition, ce sont elles qui enregistreront les profits, tandis que leurs propres filiales dans les pays de destination finale, plus taxées, en feront peu. Le pratique utilisée est celle des « prix de transfert ». Ce sont les prix auxquels les différentes entreprises d'un même groupe se vendent des biens et des services. L'économiste américain Simon J. Pack s'est fait une spécialité de traquer les incohérences dans les prix des importations et des exportations américaines. Ses dernières trouvailles présentées l'été dernier révèlent un véritable florilège de manipulation : du sable importé d'Espagne à près de 2000 dollars la tonne (le prix mondial moyen est d'un peu plus de 10 dollars), des ampoules flash venues de France à plus de 300 dollars (prix mondial environ 70 cents), tandis que notre beau pays importait des Etats-Unis des mitrailleuses à 364 dollars pièce (valant plus de 2000 dollars) ou des pneus à moins de 8 dollars (valant près de 200 dollars) ... La fausse comptabilité d'Enron utilisait (...) 800 sociétés écrans dissimulées dans de multiples paradis fiscaux. » (Alternatives économiques – Novembre 2006)


Voir l'article : 8.3.5."Dictature" des experts, lobby
Voir l'article : 6.3.Contourner les démocraties

« Le secteur off-shore attire les professionnels expatriés qui ne restent que quelques années, concentrés dans des zones privilégiées qui continuent à côtoyer une économie interne assez pauvre. Les locaux ne disposent pas d'un niveau de qualification suffisant pour occuper les emplois rémunérateurs, mais doivent subir les coûts immobiliers croissants tirés par les achats des expatriés » (Alternatives économiques – Novembre 2006, p62)