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1.Introduction

Dernières modifications : 19.01.2008, 17:29



1.1.Acquis sociaux

Dernières modifications : 09.03.2007, 17:41

Quoiqu'on en dise, c'est un fait indiscutable, nous vivons en France sur un socle de droits : le droit de vote au suffrage universel des femmes et des hommes, l'abolition de l'esclavage, l'abolition des privilèges, le droit de manifester, le droit d'association, le droit du travail, l'égalité des citoyens devant la loi et bien d'autres encore ... Des droits innombrables, précieux qui sont cependant le plus souvent inappliqués, intentionnellement, par lâcheté ou par manque de volonté politique. Ils nous paraissent si "naturels" qu'on en oublierait leurs origines historiques.

« Les services publics et les acquis sociaux, arrachés de haute lutte par des générations d’ouvriers et d’employés, ne résultent pas d’une grâce providentielle. Ils ne sont pas la propriété de l’État. Ils appartiennent à l’ensemble des citoyens. » (Raoul Vaneigem, 2004)


« Les acquis sociaux dont je parle, droit du travail, sécurité sociale, pour lesquels des hommes et des femmes ont souffert et combattu, sont des conquêtes aussi hautes et aussi précieuses et qui, en outre, ne survivent pas seulement dans les musées, les bibliothèques et les académies, mais sont vivantes et agissantes dans la vie des gens et commandent leur existence de tous les jours. C'est pourquoi je ne puis m'empêcher d'éprouver quelque chose comme un sentiment de scandale devant ceux qui, se faisant les alliés des forces économiques les plus brutales, condamnent ceux qui, en défendant leurs acquis, parfois décrits comme des «privilèges», défendent les acquis de tous les hommes et de toutes les femmes, d'Europe et d'ailleurs. » (Contre-feux, Pierre Bourdieu, 1998, p66-p67)


« Pour inventer l'idée de « public » par opposition à « privé », il a fallu des générations de juristes, de philosophes. Or tout ça, on le liquide et on s'en va. C'est pour cela que le sociologue intervient. On met en place des processus dont les effets n'apparaîtront que dans très longtemps. Il faudra du temps, parce qu'avant que le système hospitalier s'écroule, il y a encore des infirmières qui se dévouent, encore des tas de gens qui en quelque sorte sauvent le système presque malgré lui. Le système scolaire, c'est pareil. Le système scolaire français est en voie d'implosion. Alors, est-ce qu'on peut se taire quand on pense que... Il y a urgence. » (Pierre Bourdieu, Entretien avec Philippe Fritsch, Lyon, 11 février 1999, dans « Propos sur le champ politique », p46-47)



Quelques liens forts utiles sur les acquis sociaux


Les résistants : Texte de l'appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944
http://www.alternatives-images.net/

Passé et présent des luttes sociales en France
http://www.local.attac.org/paris19/article.php3?id_article=25

"Acquis sociaux" : Rien n’est jamais acquis !
http://www.monde-solidaire.org/spip/article.php3?id_article=1452

Histoire du droit des femmes de la Révolution à nos jours
http://www.planning-familial.org/themes/theme14-histoireFemmes/fiche01Precision01.php

Mais de quel “modèle social ” parle-t-on ?
http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3045

Mouvement social sur Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_social

Luttes sociales pendant la Deuxième guerre mondiale
http://www.musee-resistance.com/officiel/visGuid/peuHist/i-lutteSoc/temoign.asp

Chronologie des combats pour et contre l'émancipation des peuples
http://collectifnord91.lautre.net/outils/Chronologie_Quand_on_est_ensemble.pdf


Nous avons le devoir de raviver cette mémoire pour ne pas être orphelin d'une histoire qui a du sens, celle de l'émancipation des femmes et des hommes. Pour cela, il faut aussi lutter contre le culte de l'urgence, de la nouveauté prônée dans les médias à travers le dogme de la concurrence de l'information. C'est un système amnésique, le présent, dans sa course addictive, efface le passé et la possibilité de penser l'avenir.

Voir l'article : 11.4.1.Médias

« Tout le monde parle maintenant sans réfléchir et sans avoir le temps d’accumuler l’historique, les considérants, la mise en situation, la projection d’un événement quelconque. Les politiques malaxent une matière première faite d’attitudes et de comportements, mais qui ne passe plus par la délibération : l’opinion est une somme d’humeurs. [...] Le passage progressif de l’imprimé à l’image fait que le média dominant – qui fut très longtemps l’imprimé, puis la radio pendant une brève période – ne s’adresse pas au même organe. Il est impossible à l’image de s’adresser au raisonnement, elle ne s’adresse qu’à l’émotion. Avec l’image, cela va trop vite et c’est trop fort en densité. De ce fait, vous avez une déperdition sur le sens et la durée, sur la mise en perspective de tout événement. (…) notre système médiatique est en difficulté pour transporter du fond (…) la politique est inaudible dès qu’elle devient sérieuse (…) Parmi les messages qui arrivent au citoyen, vous en avez 95% qui sont des mots de commentateurs et seulement 5% qui sont des messages politiques – et encore, sélectionnés par petites phrases. (…) Alors, allez faire passer là-dessus un message de société… » (Michel Rocard, entretien avec les Inrockuptibles, réalisé en mars 1995,
http://lemondecitoyen.com/2006/09/11/debat-politique-lexigence-de-verite/ )


"En transformant le monde en un spectacle que le public est tenu de seulement contempler passivement, les médias fonctionnent comme de formidables machines à dépolitiser le corps social ..." (Alternative Libertaire n°210 (octobre 1998))


Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971
Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971


« [Les] contraintes de la concurrence se conjuguent avec les routines professionnelles pour conduire les télévisions à produire l'image d'un monde plein de violences et de crimes, de guerres ethniques et de haines racistes, et à proposer à la contemplation quotidienne un environnement de menaces, incompréhensible et inquiétant, dont il faut avant tout se retirer et se protéger, une succession absurde de désastres auxquels on ne comprend rien et sur lesquels on ne peut rien. Ainsi s'insinue peu à peu une philosophie pessimiste de l'histoire qui encourage à la retraite et à la résignation plus qu'à la révolte et à l'indignation, qui, loin de mobiliser et de politiser, ne peut que contribuer à élever les craintes xénophobes, de même que l'illusion que le crime et la violence ne cessent de croître favorise les anxiétés et les phobies de la vision sécuritaire. Le sentiment que le monde n'offre pas de prise au commun des mortels se conjugue avec l'impression que, un peu à la manière du sport de haut niveau qui suscite une coupure semblable entre les pratiquants et les spectateurs, le jeu politique est une affaire de professionnels, pour encourager, surtout chez les moins politisés, un désengagement fataliste évidemment favorable à la conservation de l'ordre établi. » (Contre-feux, Pierre Bourdieu, 1998)


1.2.Trois "leçons" historiques

Dernières modifications : 03.03.2007, 17:11

« L'histoire n'est amère qu'à ceux qui l'attendent sucrée. » (cité dans "Sans Soleil" de Chris Marker, 1982)


L'Histoire, on en fait un peu ce qu'on en veut, comme le progrès d'ailleurs. Utiliser l'histoire dans une argumentation est délicat. Un événement historique peut être vu, vécu, analysé de différentes manières suivant les sources, les déductions. Il est alors naturel d’être sceptique sur la sélection des événements et le sens qu'on leur attribue. Malgré tout, pour le sujet qui nous intéresse ici, je vais admettre trois "leçons" historiques.

Voir aussi : L'imaginaire historique des candidats à l'élection présidentielle (février 2007)
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fabriquenew/archives.php

Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire
http://cvuh.free.fr/

Sur le progrès:
« Le progrès me rend donc perplexe. Lorsqu'on invente socialement les droits de l'homme, les plus grands massacres qu'ait connus l'humanité historique sont perpétrés. Lorsque la machine vient libérer l'homme des tâches manuelles, le même homme devient asservi comme jamais au travail. Lorsque la science et la raison viennent triomphalement annoncer la mort de Dieu, alors se développent les mouvements religieux les plus violents depuis la naissance des grandes religions. Lorsque la biologie proclame que l'homme descend du singe, alors les espèces animales sont exterminés et les animaux domestiques traités comme des machines. Enfin, lorsque l'on proclame que la guerre doit être propre, elle se révèle d'une inhumanité monstrueuse parce qu'elle nie l'existence même de l'Autre dans la figure de l'Ennemi.» ("Illusion de la fatalité technique", Alain Gras, http://cetcopra.univ-paris1.fr/Documents/Illusion_de_la_fatalite.pdf)


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La première, c'est que la plupart de nos progrès sociaux n'ont été rendu possible que grâce à la mobilisation des classes populaires et à l'organisation collective. Cette affirmation est loin d'être partagée. Dans certains cas, notamment quand un dictateur est élu "démocratiquement" par le peuple, l'expérience montre ses limites. On pense bien sûr à l'élection d'Adolf Hitler en Allemagne en 1933. Cependant, il ne faut pas être dupe. Ce type de contre-exemple porte en lui-même une confrontation idéologique sur l'organisation de la société. En ce sens, il est brandi comme un épouvantail pour étouffer toute volonté de progrès social.

« Hitler a gagné l'adhésion de la majorité du peuple allemand non pas par le biais du fanatisme politique, mais par les techniques bien connues et toujours appréciées de redistribution sociale. L'égalitarisme du socialisme national a nourri la sympathie pour le régime national-socialiste. Il a renforcé le pouvoir de Hitler et libéré ces énergies qui ont conduit à la monstrueuse guerre de pillage et d'extermination. » (Götz Aly, Der Spiegel, cité dans Courier International n°757 du 4 au 11 mai 2005)


La thèse énoncée ci-dessus est fausse. L'adhésion du peuple à Hitler est manifestement antérieure aux réformes sociales. C'est une vision matérialiste étriquée de l'Histoire. Il serait plus instructif de comprendre pourquoi les personnels de la fonction publique obéissent à des ordres injustes, pourquoi les petites capitulations quotidiennes permettent les pires atrocités : Voir l'article : 12.2.Capitulations quotidiennes. Les phénomènes d'asservissement volontaire, d'instrumentalisation, d'indifférence ou d'impuissance existent encore aujourd'hui sous diverses formes. Voir l'article : 1.4.Agir pour l'émancipation. Il s'agit de comprendre comment les éviter tout en ne diabolisant pas de l'autre côté l'organisation collective. Il faut savoir que les classes dominantes, elles, ne s'embarrassent pas de complexes de ce type. Elles se mobilisent, s'organisent collectivement pour maintenir leur pouvoir, par des techniques de séduction ou de répression. (la carotte et le bâton). Voir l'article : 8.2.Classes dominantes. Il faut donc voir l'organisation, la réappropriation collective comme absolument nécessaire, tout en restant vigilant face aux instrumentalisations.

« A l'état isolé, une protestation individuelle est politiquement inefficace, et doit se coaliser avec d'autres pour pouvoir prétendre peser politiquement. D'où l'importance, pour les activistes, de construire et de consolider la dimension collective de leur mobilisation, c'est-à-dire, le plus souvent, de se doter d'une forme minimale d'organisation à même de maximiser le potentiel protestataire du groupe et d'assurer son existence dans la durée. » (Comment lutter ?, sociologie et mouvements sociaux, Lilian Mathieu, 2004, p88)


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Il est amusant de reprendre ici, une petite phrase de Friedrich Von Hayek, dans son livre si couramment cité « La route de la servitude », écrit en 1946. Dans celui-ci, il y décrit les dangers de l’étatisme, du socialisme, du planisme, dans un pamphlet parfois caricatural. Il y formule en substance les principes du dogme néo-libéral. Mais il écrit aussi ceci : « L'histoire intellectuelle des soixante ou quatre-vingts dernières années illustre parfaitement cette vérité qu'en matière d'évolution sociale, il n'y a d'inévitables que les choses qu'on pense être inévitables. » (p.41). C’est presque un slogan alter-mondialiste : « Un autre monde est possible ». La deuxième leçon historique que nous pouvons admettre, c'est que l'histoire ne s'arrête pas. En ce sens, il y a toujours de l'espoir pour un avenir meilleur.

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Et enfin, nous pouvons constater que la plupart des expériences émancipatrices qui ont échouées, le furent soit par des conflits internes (trahison, conquêtes de pouvoir, ...), soit par des forces contre-révolutionnaires (répressions, coups d'Etats, dictatures, embargos, grèves patronales, etc.). Les classes dominantes s'accommodent très bien d'un régime autoritaire qui serve bien leurs intérêts. La dernière leçon : il ne faut jamais négliger les forces qui luttent contre l'émancipation et l'autonomie des peuples, qui font absolument tout pour éviter l'émergence de solutions alternatives durables.

Voir l'article : 6.5.La "liberté" par la répression

Nous n'aurons que ce que nous saurons prendre, Sorbonne, mouvement contre le CPE, mars 2006
Nous n'aurons que ce que nous saurons prendre, Sorbonne, mouvement contre le CPE, mars 2006


« Quand les opprimés utilisent des moyens de lutte généralement non-violents, comme Chavez, Allende, Arbenz au Guatémala dans les années 1950, Mossadegh en Iran, les Palestiniens pendant la période d’Oslo, on leur vole leurs terres, on se moque d’eux de toutes les façons, on ne les écoute pas, on les renverse etc. Et quand ils utilisent des moyens violents, comme la résistance irakienne aujourd’hui, le Hezbollah, le Hamas etc., l’immense majorité des intellectuels occidentaux [...] lèvent les bras au ciel et crient à la démocratie, à la non-violence et au respect des Droits de l’Homme. Je pense qu’il serait très aimable de la part des oppresseurs de dire aux opprimés, une fois pour toutes, quelles armes ils ont le droit d’utiliser. » (Quelques remarques sur la violence révolutionnaire, par Jean Bricmont. http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4321)


« Les eaux captives, que ce soient celles de l’habitude ou du despotisme, ne tolèrent pas la vie. La vie dépend de l’agitation de quelques individus excentriques. En hommage à cette vie, à cette vitalité, la communauté doit accepter des risques et une certaine part d’hérésie. L’Homme, s’il veut vraiment vivre, doit vivre dangereusement. » Herbert Read


1.3.Un combat permanent

Dernières modifications : 19.01.2008, 17:29

Aujourd'hui, certains droits sont remis en cause par un travail incessant de colonisation et de confusion des esprits auquel participent, passivement, les journalistes ou les simples citoyens, et surtout, activement, un certain nombre d'intellectuels Voir l'article : 11.4.Travail idéologique, symbolique. Les principes économiques libéraux sont devenus dominants, le consensus faisant vérité. Le marché "libre" est notre salut, la recherche du profit à court terme prime sur l'intérêt général pour les hommes et la planète. Ces principes n'ont même plus besoin d'être justifiés, ils sont diffusés sans arrêt depuis une vingtaine d'années. Ils s'imposent d'eux-mêmes comme un fait naturel, inévitable.

« Parce qu’il est énoncé au nom de la science économique. Ce discours néolibéral constitue un corps de doctrine d’autant plus pesant qu’à l’instar des pires orthodoxies, il ne se veut pas doctrine. Il se proclame science, vérité, au même titre que les réalités physiques (loi de la pesanteur ou principe d’Archimède). D’où l’expression - devenue fameuse - de " cercle de la raison " utilisée par les journalistes dominants - et au service de l’ordre dominant - pour définir la somme de leurs convictions et prescriptions économiques et sociales. " Cercle de la raison ", c’est une manière de suggérer que ceux qui à cette tribune se tiennent à l’extérieur de ce cercle exigeraient un travail de rééducation intellectuelle leur permettant de se débarrasser de toutes sortes de pathologies : " archaïsmes ", " retards ", " populismes ", etc. » (La pensée de marché, Acrimed : http://www.acrimed.org/article423.html)


« L'«inévitable» Alain Minc, essayiste et président du conseil de surveillance du Monde, explique: «Je ne sais pas si les marchés pensent juste, mais je sais qu'on ne peut pas penser contre les marchés. Je suis comme un paysan qui n'aime pas la grêle mais qui vit avec.» Il ajoutera: « La mondialisation est à l'économie ce que l'air est à l'individu ou la pomme à la gravitation universelle.» (Alain Minc, Le Débat, mai 1995 et Le Journal du Dimanche 19 Octobre 1997). Cette « naturalisation » de l'économie est l'envers de l'occultation de l'histoire par les médias. Sous l'Ancien Régime, les «privilèges» étaient aussi présentés et perçus comme «naturels», «inévitables», «incontournables», «éternels». Jusqu'à ce qu'une révolution les balaye. L’économie n’est pas une science. Elle n’est pas déconnectée du social, ni du politique. Il faut relativiser sa toute puissance et décortiquer son vocabulaire. » (« Informer sur l’information », Petit manuel de l’observateur critique des médias, de PLPL et Acrimed, mars 2004)



"Si les salariés pensent ça c'est qu'ils n'ont pas compris ce qu'est ce monde ... de compétition ... d'ouverture ... de concurrence. Un monde qui n'est plus celui de la France de l'Ouest sur un marché hexagonal, qui n'est plus le marché hexagonal dans l'Europe, qui est un monde où ces entreprises sont complètement immergées dans une concurrence mondiale. Nous n'avons pas fait suffisamment, et en particulier, nous à gauche, de pédagogie pour expliquer ça. Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'on a des gens qui refusent de manière magique, artificielle, quasiment comme si on n'était dans ... un monde de .. sortilèges. La réalité économique qui qu'on le veuille ou non est une réalité aussi forte que la loi de la pesanteur." (Christian Pierret, PS, Secrétaire d'État à l'industrie, (1997-2002), Extrait du documentaire "Moulinex, la mécanique du pire", de Gilles Balbastre, cité dans "Là-bas si j'y suis", http://w3.la-bas.org/article.php3?id_article=218)


En face, la résistance s'est organisée depuis une quinzaine d'années, prenant des formes diverses : manifestations, bénévolat, solidarités financières, désobéissance civile, révoltes, réappropriation, réquisition, festivals, forums, auto gestion, contre-sommets (OMC, G8, FMI, AGCS, etc.), expertises, associations, ONG, collectifs, syndicats, partis politiques, médias indépendants, etc. Au départ, le plus difficile a été de mettre des mots sur l'étonnant consensus adopté par les classes dirigeantes. Il a fallu comprendre quelle force attaquait nos acquis sociaux. Les premières esquisses de définition apparurent. Comme la pensée néolibérale se présentait comme l'unique voie à suivre, et qu'il ne semblait plus y avoir d'alternatives politiques, on l'a appelé la "pensée unique". (Article d'Ignacio Ramonet de 1995, http://www.monde-diplomatique.fr/1995/01/RAMONET/1144)


« Le pensée unique est une expression que nous au Monde Diplomatique nous avons proposé en Janvier 1995. Nous avons proposé cette expression comme étant en quelque sorte une façon d'identifier ce qui était invisible, comme le sont les idéologies. Nous avons publié un éditorial qui s'intitulait "la pensée unique" où nous avons essayé de dire que finalement, alors qu'on nous dit que c'est la fin de l'histoire, la fin des idéologies et qu'il y a maintenant une sorte de réalisme économique, ce réalisme économique malgré tout fonctionne sur les bases d'une idéologie, comme une sorte de lithurgie, de dogme, c'est la répétition d'un certain nombre de principes, etc. Et ceci nous ait un peu imposé, il est obligatoire de penser comme cela, parce que nous dit on justement, il n'y a pas de pensée alternative, on ne peut pas pensée autrement. Cette pensée-là, on a appelé ça la pensée unique.[...] Nous avons aujourd'hui affaire à un totalitarisme. Après tout un totalitarisme c'est quoi, on n'en a connu un certain nombre. Les fascismes étaient des totalitarismes, le communisme stalinien était un totalitarisme, certaines religions sont totalitaires, quand elles dominent totalement. Un totalitarisme c'est quoi ? C'est quand une structure, un modèle de pensée a les réponses pour tous les comportements et toutes les attitudes de tous les individus d'une société. Rien n'échappe disons à cette sphère. Tout est déterminé ou prédéterminé. Aujourd'hui le libéralisme s'impose de la même manière. Les états s'y soumettent et les individus s'y soumettent également. Et d'autre part, tous les plères de cette religion qui sont nombreux, tous les organes, toutes les églises de cette nouvelle religion, nous incite tous les jours à accepter ce dogme. C'est un bien pour nous. Comme toute idéologie, il faut estimer non seulement que c'est un bien en soi, mais que c'est un bien pour chacun, et que même si nous souffrons c'est pour notre bien ou pour le bien de la collectivité. Objectivement, on peut dire que le libéralisme fonctionne comme un totalitarisme, d'autant plus oppressant que comme on le constate, il n'y a pas de système global à lui opposer. » (extrait de Quelques Choses de notre Histoire ... documentaire de Jean Druon, http://nonautraite.free.fr/index.php?page=11.php)


« Le mot "révolution" a été tellement galvaudé qu'on hésite à l'employer pour analyser les transformations idéologiques et économiques du dernier quart de siècle. À l'orée des années 80, la même classe sociale qu'aujourd'hui occupait les postes de commande. Aucune aristocratie ne fut détruite par une nuit du 4 août, aucun gouvernement « bourgeois » ne fut disloqué par une prise du palais d'Hiver. Ce sont souvent les mêmes forces sociales et politiques qui ont mué idéologiquement, passant de la défense d'un capitalisme tempéré par la redistribution et l'action publique à la mise en place d'un gouvernement d'entreprise orienté par les seuls verdicts du marché. S'il n'y eut pas de « révolution » en Occident, on assista néanmoins à la victoire d'idées jugées périmées depuis la fin du XIXe siècle, mais qui resurgirent avec suffisamment d'élan pour enclencher partout le grand bond en arrière du volontarisme politique et des tentations égalitaires. Bien des choses allaient changer ou s'infléchir durablement: le rapport de forces entre les principaux groupes sociaux, l'orientation des décisions économiques, l'identité de leurs bénéficiaires, les postulats des coalitions au pouvoir, le rôle des États. La crise économique des années 30 avait débouché sur des « réponses » politiques nationales fondamentalement différentes: nazisme en Allemagne, New Deal aux États-Unis, stabilité gouvernementale au Royaume-Uni, Front populaire en France. La stagflation des années 70 a semblé, en revanche, partout et quelle que fût la majorité en place, entraîner à plus ou moins long terme le retour au primat - voire au diktat - du marché, précipiter le délitement des syndicats, favoriser la casse des identités collectives. Même la victoire en France, en 1981, d'une coalition élue sur un programme beaucoup plus socialiste que celui de Léon Blum en 1936 ne put que retarder de quelques mois l'orchestration, à Paris, des nouvelles harmonies planétaires. Pourquoi la musique néolibérale fut-elle si forte qu'elle absorba aussi dans sa chorale ceux qui avaient consacré l'essentiel de leur existence à explorer les voies d'une autre partition ? » (Le grand bond en arrière, Serge Halimi, p9-10)


Pour une histoire plus détaillée et accessible en ligne


Le chômage a une histoire, documentaire de Gilles Balbastre
http://nonautraite.free.fr/index.php?page=14.php

Quelque chose de notre histoire, documentaire de Jean Druon
http://nonautraite.free.fr/index.php?page=11.php

Entretien avec Serge Halimi dans l'émission de radio "Là-bas si j'y suis"
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=568

Ce mouvement de résistance international nous procure des ressources précieuses, qui nous ont permis de prendre du recul par rapport à notre vécu, et de mieux comprendre les enjeux de la mondialisation néolibérale ("Agir local, penser global, "). Informés, conscients, nous avons aujourd'hui la responsabilité, à notre échelle, de refuser tout discours justifiant les inégalités dans le monde ainsi que le règne d'une classe des "intouchables", dominante, méprisante, et criminelle. Pour changer cet état de faits, car il s'agit de passer de la critique à la construction politique, nous avons plus de marges de manoeuvres que nous le pensons. Dernièrement le vote du 29 mai 2005 contre le projet de constitution européenne libérale, les mobilisations contre le CPE, l'adoption de la « charte pour une alternative au libéralisme » peuvent très concrètement en témoigner .

1.4.Agir pour l'émancipation

Dernières modifications : 23.02.2007, 11:23

La société étant faite par les hommes, par quelle logique absurde devons-nous nous incliner devant notre création ? Développons notre puissance d’agir en essayant de nous comprendre individuellement et collectivement.

« On nous vend un nouveau mensonge en guise d’histoire. Le mensonge de la défaite de l’espoir, le mensonge de la défaite de la dignité, le mensonge de la défaite de l’humanité. Le miroir du pouvoir nous propose en contrepoids sur la balance : le mensonge de la victoire du cynisme, le mensonge de la victoire de la servilité, le mensonge de la victoire du néolibéralisme. Au lieu de l’humanité, on nous offre des indices boursiers, au lieu de la dignité on nous offre la mondialisation de la misère ; au lieu de l’espoir, on nous offre le vide ; au lieu de la vie, on nous offre l’internationale de la terreur»." (Le sous-commandant Marcos, « Première déclaration de “La Realidad” contre le néolibéralisme et pour l’humanité », janvier 1996, in Sous-commandant Marcos, Ya basta!, Tome 2, Dagorno, 1996, p. 659.)


«Pour la première fois de son histoire, l'humanité connaît une période d'abondance. Parallèlement, la destruction de la nature n'a jamais été aussi exponentielle et la perte de la capacité normative de l'Etat aussi évidente. On tolère l'ordre meurtrier d'un monde qui accepte que les famines et les épidémies, pourtant évitables, tuent 100 000 personnes par jour. Et nous, les dominateurs, les Blancs, les riches, les informés, on reste silencieux, lâches, complices. [...] Sartre disait que, «pour aimer les hommes, il faut détester fortement ce qui les opprime».
(http://bombadabom.free.fr/economie_politique/_textes/JeanZiegler.pdf, Jean Ziegler)


« La menace ne vient donc pas de l'extérieur : ce qui guette l'humanité, c'est sa propre barbarie. [...]Les chiffres officiels, ceux du Pnud (Programme de Nations Unies pour le développement), par exemple, montrent qu'il suffirait d'une cinquantaine de milliards de dollars par an pour éradiquer la faim, permettre à tous l'accès à l'eau potable et aux soins de base. Comment peut-on prétendre qu'il est impossible de mobiliser une telle somme quand nous consacrons dix fois plus à la publicité ou à la consommation de stupéfiants et vingt fois plus à l'armement ? Contrairement à ce qu'affirme le discours dominant, les problèmes de l'humanité ne résultent pas principalement du manque de ressources naturelles, monétaires ou techniques. Quand on sait qu'aujourd'hui la fortune de 225 personnes est égale au revenu cumulé de 2.5 milliards d'humains, les propos de Gandhi prennent un tour prophétique : "Il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre au besoin de tous, mais pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun. » (Patrick Viveret, Télérama n°2883 - 13 avril 2005, http://abel.jerome.free.fr/ressources/Telerama_Viveret.pdf)


L'impossible neutralité


« L’impératif de neutralité axiologique n’est trop souvent devenu aujourd’hui que l’occasion d’une posture aristocratique, détachement des affaires d’ici-bas pour ceux qui tiennent à leur rôle dans ce monde en danger où ils ont tant d’intérêts matériels, où la justification de la pratique scientifique n’est plus que corporatiste – préférence pusillanime pour les améliorations microscopiques. » (Thierry Discepolo, Agone, Le travail intellectuel au risque de l'engagement, p31, http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_379.pdf)


« Selon Merleau Ponty, je suis d'abord au monde avant de réfléchir sur lui de manière consciente, et donc de prendre explicitement des décisions. [...] La liberté ne consiste pas alors pour lui « à se retrancher de toutes les inhérences terrestres, mais à les dépasser en les acceptant», car « la liberté n’est pas en deçà du monde, mais au contact avec lui ». Le non-engagement est donc illusoire [...]. » (DANIEL BENSAID & PHILIPPE CORCUFF, Agone, Le travail intellectuel au risque de l'engagement, p18-19, http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_379.pdf)


« Rien faire, ça n'existe pas, on n'est pas coupé du monde, quoi qu'il arrive, on agit. A partir de là, il faut choisir son action. Plus on se vit comme un individu, plus on est aliéné à la massification. Le mythe de l'individu est une figure de l'impuissance. Au contraire, nous sommes organiquement lié. » (A partir de l'entretien avec Miguel Benassayag et Angélique Del Rey, auteurs de "Connaître et agir",
http://www.bibliotheque-sonore.net/philosophie/connaitre/index.html)


« Nous ne sommes pas dans un monde extérieur à nous, nous faisons partie du monde. Changer le monde commence peut-être par devenir conscient qu'on y peut soit même quelque chose... Plus nombreux nous seront à avoir conscience de cela, plus de chances nous aurons de le construire mieux. Le monde, c'est nous. » (Un autre regard sur la richesse - http://www.caracoleando.org/article64.html)


« Jean-Marie Harribey : Vous insistez sur les deux dimensions du social, à la fois collective et individuelle (p. 33), « dehors et dedans » (p. 44) et sur le fait que la lutte doit être menée simultanément sur les deux plans.[...] Alain Accardo : Je ne lui reproche qu’une chose [au combat traditionnel objectiviste]: de méconnaître la réalité du système qu’il combat en la réduisant à ses seuls aspects objectifs, comme si les structures du système social étaient uniquement des structures externes et ne s’inscrivaient pas aussi dans les individus sous forme de structures internes de la subjectivité personnelle.[...] Quand on veut changer le monde, il faut aussi se changer soi-même, et cela commence ici et maintenant, car le monde est en nous tout autant que nous sommes en lui. » (Dialogue avec Alain Accardo, Jean-Marie Harribey, http://harribey.u-bordeaux4.fr/ledire/accardo2.pdf)


«Il ne faut pas se laisser enfermer dans la nécessité d’avoir des discours d’experts pour négocier. Les choses ne sont pas si compliquées comme ils veulent nous le faire croire ; les revendications et les luttes sont une affaire de choix politique et non pas du domaine de l’expertise dans lequel les classes dominantes veulent enfermer les mouvements sociaux.» (Passé et présent des luttes sociales en France, Annie Collovald, http://www.local.attac.org/paris19/article.php3?id_article=25)



Voir aussi ces articles stimulants


Contre le conformisme généralisé, de Cornelius Castoriadis, 2000
http://www.costis.org/x/castoriadis/conformisme.htm

Feu, le citoyen ? François Brune, Décembre 1997
http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/BRUNE/9631.html

Rouvrir l’espace du politique, à propos de deux essais de Jacques Rancière, Olivier Doubre, Politis 17 novembre 2005
http://www.politis.fr/article1517.html

Qui sont les économistes de la contestation ? , Le Monde, Sept 2001
http://hussonet.free.fr/ecco.pdf